12.04.2007

Le culte de Mithra

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Trop longtemps dans l'histoire, on a minoré l'importance du culte de Mithra et son apport dans la société occidentale. Certaines thèses avanceraient même qu'il inspira bien plus la franc-maçonnerie que le christianisme l'ait pu faire. Les mythes fondateurs sont ce qu'ils sont, ce culte reste néanmoins intéressant tant dans sa spiritualité que par sa concurrence historique avec le christianisme.

Le dieu Mithra est d'origine iranienne, voir même indienne car présent dans le védisme comme dieu de la lumière. Il est également une des figures mineures d'Ahura Mazda (les yazatas dans le zoroastrisme).  Son culte fut importé en occident par les soldats romains et des esclaves originaires d'Asie, étant certainement initiés à une forme hérétique du mazdéisme d'alors. On peut également supposé que le mithraïsme qui nous est décrit revient tout simplement à une pratique gréco-romaine "d'adoption" d'une déité  (comme il en fût pour Bacchus ou Iris) avec l'institution d'une école mystique qui tend à l'hénothéisme. Mais quittons ces hypothèses pour revenir à la réalité historique. En effet, selon Plutarque, le mithraïsme aurait été introduit en Italie au Ier siècle av. J.C et commence son expansion au sein de l'empire Romain. Très vite, cette religion devient concurrente du christianisme et deviendra religion officielle de l'empire en 274 dans sa forme latinisée et syncrétique du Sol Invictus pour devenir un siècle plus tard illégale avec l'institutionnalisation du christianisme en religion d'Etat.

Les mystères de Mithra n'ont pas grand chose à voir avec le christianisme au point de vue spirituel et mystique. 
Le mithraïsme se base essentiellement sur des symboles et interprétations du combat de Mithra contre le taureau primordial. Par celui-ci, il libéra les âmes dans le monde et engendra les cycles de la vie. Le symbole du corbeau,  messager du dieu soleil qui demande à Mithra de sacrifier le taureau, nous démontre que le mithraïsme est une forme hénothéisme oriental. Il s'appuie sur la conscience et la révélation des mystères de la vie qui font de Mithra un dieu de "lumière".
Plutôt que comparer le christianisme et le mithraïsme dans leurs spiritualités, il existe des similarités qui sont, elles, cultuelles. En effet, Mithra naît un 25 décembre (date du solstice), les cultes ont lieu le dimanche (jour du soleil), la représentation iconographie du "bon pasteur" est partagé par le christianisme et le mithraïsme. Plus inquiétant encore, l'eucharistie chrétienne avec le vin et le pain est pratiquée par les adeptes de Mithra. Tout indique, historiquement, que le mithraïsme influença le christianisme sur ces points.

L'aspect le plus intéressant du mithraïsme est certainement le caractère initiatique sur lequel le culte s'appuie. Les disciples se réunissaient dans des mithraea (cavités naturelles aménagées) où la pratique rituelle s'amorçait sur une initiation graduelle. Ainsi le nouvel initié se voyait octroyé le grade de corax et suivaient :

  • le nymphus,
  • le miles,
  • le leo,
  • le perses,
  • l'heliodromus ;
  • le pater.

Chaque degré était représenté par un masque distinctif et des symboles respectifs. A chaque passage d'un degré à un autre, une part de la gnose était révélée à l'initié qui subissait épreuves et voyages pour la mériter. Au premier degré, l'initié était baptisé par le sang d'un taureau, puis par l'eau pure et, enfin, enduit de miel. On pratiquait à des degrés divers les voyages du "chaud", du "froid", des jeûnes, etc... La liturgie était basée sur un rituel de forme et en langue grecque (déjà en usage dans la religion romaine) et empruntait autant des formules persanes qu'une vocalisation latine. On concluait évidemment le culte par des agapes frugales et fraternelles selon le terme même des initiés.

Il est probable que le mithraïsme aurait pu s'imposer comme la religion de l'antiquité et survivre à sa rivalité avec le christianisme. Pourtant, son tord fut l'association croissante de Mithra avec la quasi-totalité des panthéons nationaux. Egalement, son exclusivité masculine à l'initiation le desservit auprès des femmes et - plus encore - chez les épouses que le christianisme ne repoussaient pas.
Quoi qu'il en soit, le culte des mystères de Mithra pose à la société occidentale de nombreuses questions. Sur le christianisme d'abord, sur la spiritualité des sociétés païennes ensuite, sur une "mondialisation des religions" qui paraît véritable dès cette époque et, ensuite, sur ces écoles de mystères qui firent couler quantité d'encre dans les siècles qui nous précèdent.

Illustration :
Mithra sacrifiant le taureau (Musée du Louvre)

 

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