02.11.2007

Quel avenir pour la franc-maçonnerie aux USA ?

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Boston est probablement le centre de l'identité américaine. Quiconque a entendu parler de ce morceau d'Amérique garde en souvenir la Boston Tea Party (1773), prémice de libération contre l'Empire britannique. La ville fondée en 1630 par ces mêmes puritains qui fuyaient le vieux continent devint le centre culturel et intellectuel d'un nouveau monde et, forcément, d'un homme nouveau. La ville inspira bon nombre d'écrivains, de penseurs et de scientifiques. Aussi, nul ne s'étonnera que la franc-maçonnerie américaine y est née et qu'elle compte encore de nombreux frères dans la ville historique.
Mais au-delà de l'Histoire, c'est bel et bien l'avenir qui est compromis pour l'Ordre. Si Boston ne cessera probablement jamais d'être ce qu'elle est, on peut s'interroger sur la franc-maçonnerie américaine tant dans son devenir que dans son identité. 
Car un premier constat s'impose : la franc-maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique a perdu en l'espace d'un demi-siècle près de la moitié de ses membres. De plus de quatre millions dans les années 60, elle atteint péniblement un million et demi de frères aujourd'hui (source MSA, Paul Bessel). L'âge moyen en loge se situerait entre 60 et 70 ans dans la quasi-totalités des Etats. La logique mathématique annoncera-t-elle la fin de la franc-maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique ?
Il faut toutefois rester circonspect en présence de tels calculs car ils ne prennent pas en compte la franc-maçonnerie dite libérale en pleine expansion (quoi qu'elle demeure toujours singulière), la franc-maçonnerie "noire" qui appartient à cette classification et la fameuse "co-masonry" : terme générique qui désigne autant les ordres paramaçonniques pour femmes (à l'exemple de l'Eastern Star) que la franc-maçonnerie féminine à proprement parlée. Aussi, si les statistiques sont déficients, il n'en demeure pas moins que la franc-maçonnerie américaine régresse considérablement.
Bien conscients de la situation, les frères de l'autre côté de l'Atlantique tentent d'endiguer le typhon en accentuant les moyens de recrutement. Vu de l'hexagone, faire de la publicité pour l'Ordre s'apparenterait à du prosélytisme. Mais, dans le pays des mille religions et autant de chaînes de télévision consacrées aux divers communautés (ethniques, religieuses, professionnelles, etc...), il est bien normal de passer dans les salles de cinéma, de placarder des affiches en centre ville, d'acheter de l'espace publicitaire entre les programmes télévisés, de créer des sites internet pour faire la promotion de la vieille confrérie souvent ringardisée.
Des exemples étayent cette triste réalité. A cite souvent à ce titre le site internet de la Grande Loge du Massachusetts : Ask A Freemason conçut sur le même modèle que ses homologues catholiques, israélites, protestants, musulmans etc... Plus anecdotique peut-être, souvenez-vous de ce sponsor automobile curieux : le Scottish Rite (correspondant au Rite Ecossais Ancien & Accepté) sur un nascar.
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Mais ces efforts de recrutement interviennent peut-être tardivement car les causes du dédain populaire sont aussi nombreuses qu'incompréhensibles dans un pays durablement marqué par l'Ordre.
Père fondateur de la nation, Georges Washington est le premier des 14 présidents ayant été francs-maçons. Des symboles américains jusqu'à la Constitution du pays, une nette influence de la franc-maçonnerie s'y fait ressentir. Un certain déisme étatique, une doctrine libérale, le rapport à la patrie jusque dans son expression dans les mythes et la culture populaire américaine qui, dans une interprétation très anglo-saxonne de l'Ordre, demeurent au centre des valeurs traditionnelles. D'où son succès chez les WASP (white american anglo-saxon protestants) proches de l'électorat républicain. Nul ne s'étonnera que Homer Simpson (représentant de la bofitude américaine) se voit initier dans la société des "tailleurs de pierre" au cours de cet épisode d'anthologie : Homer le Grand.
A force d'être entendue comme une force conservatrice, la franc-maçonnerie a été rejetée par les élites intellectuelles du pays et la classe moyenne. Ségrégationniste durant de la ségrégation, patriotique à l'extrême quand cette valeur s'effondra dans l'opinion populaire, communautariste alors  que le communautarisme était décriée par une élite bien pensante, la vieille confrérie fut en décalage avec les générations ou absente de ses combats. Reprise par la subculture, décriée par les pontes de la théorie du complot, dogmatique à son paroxysme, la franc-maçonnerie américaine ne pèse plus lourd dans le débat d'opinion et encore moins sur les consciences.
Lorsque l'on parle de l'avenir de la franc-maçonnerie américaine, un comparatif s'impose avec la franc-maçonnerie "européenne". Jamais dans l'histoire, le nombre de frères et de soeurs n'a croît à ce point dans le vieux continent. Ce n'est pas le fait d'une facilité "libérale" (comme on peut l'entendre dire) mais bien d'un regain d'intérêts pour l'Ordre. Si l'on estime que le XXIe siècle est une période qui marque l'essoufflement de la franc-maçonnerie dans la vie politique européenne, il n'en demeure pas moins qu'elle s'illustre encore comme une école de pensée, un laboratoire d'idées incomparable. Evidemment, on peut le contester, l'amoindrir ou le nier mais, en parallèle, le cousin d'Amérique se réduit doucement à peu de chagrin alors qu'il abandonne doucement la société qu'il a lourdement bâti. Les efforts de recrutement entrepris sont, souvent, au détriment du symbolisme et de la démarche initiatique en soi. Ainsi, il possible dans certaines grandes loges américaines de devenir maître en un jour ! Démentiel ? Non, tout simplement un signe de détresse dans un Ordre qui n'a que deux choix : se transformer pour mieux convenir à la société qui est la sienne ou renouer avec des valeurs (tolérance, fraternité, liberté) et la démarche initiatique qu'il a - somme toute - oublié.  
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