23.02.2007

Le cosmos

13aa0ac26d8b15f7f64c42e2dd54c414.jpgAvant d'étudier plusieurs cosmogonies, il me fallait définir le cosmos en soi et traduire l'essence du monde (c'est-à-dire la cosmologie) selon les deux axiomes qui nous intéresserons à l'avenir.

Le kosmos grec désigne le monde ordonné tant dans sa dimension matérielle que spirituelle. Il s'oppose au concept de chaos qui est, bien plus que le vide, la confusion. Dans cette vision, le monde obéit à des lois. L'imperceptible et le perceptible y répondent. Chaque sphère de conscience régit sa subalterne selon ce triptyque bien connue des sociétés indo-européennes (en l'occurrence : dieux, puissances,  hommes). La religion est un moyen d'intercession qui n'a comme rôle un échange réciproque, à parts égales, entre les hommes, les puissances et les dieux pour que les hiérophanies, les émanations et interventions de toutes sortes entre les mondes ne chamboulent pas l'ordre du monde : le cosmos. Par exemple, dans l'hindouisme, le culte de Shiva suppose pèlerinages et offrandes pour le créateur du monde n'ouvre pas son troisième oeil qui le détruirait. On endort Shiva pour ses interventions dans la vie de tous les jours. Ainsi, les balances sont équilibrées.
Rajoutons que cette pensée conceptualisée par les philosophes Grecs va influencer la science pendant des siècles. La thèse astronomique de Ptolémée de Thébaïde (l'Almageste) suppose un macrocosme : le cosmos, dans lequel une série de microcosmes : les étoiles, le soleil et la terre sont soutenus par des sphères invisibles d'une matière invisible. Le cosmos de Ptolémée ne contient et ne peut engendrer le chaos.

Pour les sémites, le concept de cosmos n'existe pas en soi.
Dans la mythologie mésopotamienne, tout est question d'états. En effet, il existe une succession d'états de humain au divin (et vice-versa) qui repose sur une bipolarisation du monde : l'Anu (le ciel) et l'Apsû (les eaux souterraines). Pour simplifier, la vie humaine vient des abîmes de la terre et la divinité provient du  ciel. Quoi qu'il en soit, l'un et l'autre sont dominés par un principe créateur : dieu. Le chaos n'est qu'un état du monde. Tout comme il existe la vie et la mort, la femme et l'homme, les hommes et les dieux, etc ... ; il y a l'Etre et le Néant. Le Néant n'est pas le contraire de la création, il est une partie intégrale de celle-ci. 
La Bible hébraïque - qui n'est autre qu'un livre de tradition sémitique - va reprendre à son compte ses affirmations. Dieu crée la terre ex nihilo. Une Terre et des Cieux dans lesquels se forment les eaux, la terre et les cieux. Les "ténèbres" sont l'état désincarné. Autrement dit, le concept de Néant est dichotomique. Il est à la fois créé par Dieu et n'est animé par Son Etre. De ce fait, il est la vie et l'absence de vie, la création et la non-création, le tout et le rien à la fois. Toutefois, il demeure en Dieu.
Pour la sagesse sémitique, le "cosmos" est inhérent au divin. Ce n'est pas un échange de bonnes intentions qui affermit l'ordre mais la seule volonté divine. Le livre de Job nous apprend que la vie pieuse n'épargne pas du drame, n'apporte pas la fortune, mais amène à l'illumination. C'est là une différence notable avec la conception cultuelle indo-européenne.

Je conclurais sur un constat approprié à l'ancrage maçonnique du bloc.
La franc-maçonnerie est mu par deux réalités : sa naissance en occident et sa recherche vers l'orient. Par l'occident, elle comprend le cosmos en un universel : l'Etre. Par l'orient, le chaos intègre cet ordre. Plus que le vide ou la confusion des Grecs, il est le Néant dans sa vision sémitique. A mon sens, l'expression Ordo ab Chao (l'ordre né du chaos) tend à un nouvel ordre dans cette niche, cette dimension immatérielle et vierge qu'est l'esprit humain renaissant au-delà de ce qu'il fut.

Illustration :
Nuit étoilée de Vincent Van Gogh (1889)

Pour poursuivre l'étude :