17.07.2007
Les druzes
Toutes les religions du livre ont invariablement étaient dissociées dans leur histoire entre une tendance littéraliste et une tendance gnostique. Si certaines d'entre elles - comme le judaïsme - ont assimilé la gnose après des siècles de tension. D'autres - à l'instar du catholicisme - l'ont rejetée. Que dire de la démarche initiatique qui, d'une manière ou d'une autre, s'est vue vulgarisée par l'institution ou annihilée par le temps et la répression. N'en déplaise aux mécanismes mentaux et à la logique implacable des adeptes de la chronologie, l'histoire ne se répète pas car l'on ne serait réduire l'homme à des exceptions et à des généralités. Toutefois, demeure une singularité historique et anthropologique au Proche-Orient, dans ce pays fragmenté et sans frontière où vivent les Druzes.
1. Qui sont les Druzes ?Les Druzes apparaissent dans l'Histoire au XIe siècle comme une population adhérant à une hétérodoxie de l'ismaélisme. Or, il serait bien réducteur de leur attribuer un certificat de naissance à cette époque. A vrai dire, on ignore encore d'où ils viennent et comment une communauté visiblement homogène adopta unanimement la même foi. Toutes les théories ont été émises au propos de cette population. Certains voudraient qu'ils soient descendants de croisés, qu'ils appartiennent à une ethnie de l'antiquité lointaine. On a même murmuré qu'il s'agissait de juifs islamisés réfutant l'orthodoxie et pratiquant leur culte en secret. Les fantasmes se sont déchaînés et se perpétuent encore. Si une étude génétique récente (2004) ferait d'eux un peuple indo-européen passivement assimilé par l'histoire, il est certain que les migrations et les mélanges de populations caucasiens, turco-mongoles et indo-européenne depuis la nuit des temps complexifient la preuve par l'ADN. Socialement, une certitude existe : lorsque l'on parle des Druzes, on fait référence à une communauté montagnarde. Ceci expliquerait peut-être cela.
2. La religion des Druzes
On parle de Duruz en arabe par référence à Muhammad bin Ismael Nashtakin ad-Darazi, prêcheur ismaélien d'origine turc et fondateur de ce mouvement. Malheureusement - et quoi que le personnage d'ad-Darazi nous soit connu -, nous ne possédons que peu des sources fiables sur les Druzes tant leur religion se réserve à une partie infime d'initiés (les ouqal). A lire le Livre des témoignages et des mystères de l'Unité, le Coran serait alors bicéphale : exotérique d'un côté et ésotérique de l'autre. La sharia'h est une simple question d'interprétation dans cette logique et seul un nombre restreint serait à même de comprendre la religion. C'est pourquoi reste-t-elle secrète et profondément initiatique.
Tout comme les chiites, les Druzes croient qu'il existe un imam caché et cet imam ne serait autre que le calife fatimide al-Hakim (985-1021) qui viendra de l'au-delà les guider. Qu'importe évidemment son enveloppe terrestre, il fut d'Adam jusqu'à Mohammed l'esprit de Dieu qui, au jour du jugement dernier, triera les croyants de la masse des impies. L'essentiel de la spiritualité des Druzes s'appuyant sur la métempsychose et les multiples émanations de Dieu, elle lui donne une teinte panthéiste (quoi que ce serait simplifier ce qui ne l'est pas). De cette philosophie, ils réprouvent la sharia'h même si leurs propres lois peuvent être profondément ostracistes. Toute la souplesse de leur foi consiste en une large acceptation de ce qu'est un prophète considérant Pythagore ou même Akhenaton comme des messagers de la sagesse divine - ou Dieu lui-même qui donne la sagesse, un djahhal (ignorant) ne peut de tout façon pas savoir. L'emblème de cette communauté, l'étoile d'Orient à cinq couleurs, représente justement les cinq émanations du divin : le vert pour l'intelligence, le rouge pour l'âme, le jaune pour le mot, son précédent est bleu et quant au blanc, il est l'immanence.
Quant à l'initiation druze en elle-même, seul un ouqal sait en quoi elle consiste exactement. On a dit les chevaliers francs initiés au "grand mystère" et que la franc-maçonnerie - en syncrétisme des traditions initiatiques d'orient et d'occident - aurait certaines ressemblances mais je ne m'aventurerai pas plus loin que la rumeur. Il s'avère néanmoins qu'il y ait une hiérarchie dans l'approche au sacré. Trois ordres émailleraient la vie d'un Druze. Selon le premier ordre, il devrait suivre la sharia'h (version druze, évidemment) par laquelle l'homme s'adresse à Dieu. Dans un deuxième temps, le croyant est amené à comprendre les voix prophétiques (donc la Vérité). Dans le troisième et dernier temps, il reçoit la gnose afin d'entreprendre sa quête visant à comprendre l'unité avec l'Unique.
ConclusionLa religion des Druzes est probablement la meilleure synthèse entre le platonisme (et une certaine forme de gnosticisme) avec l'islam. Loin d'être figée dans le temps, elle a été influencée par le soufisme et un bon nombre de philosophies qui lui sont étrangères à l'origine. Si les Druzes ont tendance à se replier sur eux-mêmes, ceci prouve qu'une certaine forme de tolérance envers l'étranger illustre cette communauté dans un Proche-Orient à feu et à sang.
Quant aux similarités avec la franc-maçonnerie, s'il existe une séparation très nette entre profane et sacré, des influences similaires et probablement un fragment de spiritualité partagé, je ne saurai affirmer si l'un est au balbutiement de l'autre comme le suggère la légende levantine.
Illustrations :
Fig 1. Un initié ou ouqal en tenue traditionnelle.
Fig 2. L'étoile druze.
Pour poursuivre l'étude :
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15.05.2007
Peut-on être musulman et franc-maçon ?
Suite à un dossier (déjà ancien) sur l'Express, je m'interrogerai dans cette étude si l'on peut être musulman et franc-maçon ? La franc-maçonnerie, depuis le 15 juillet 1978, a été officiellement condamnée par l'ICJ (Islamic International College) faisant des musulmans francs-maçons des apostats. Si j'ai décidé de placer cet article sous forme de question, et dans la rubrique religion, c'est essentiellement dans l'optique de la foi musulmane et de cette double appartenance qui concernent de nombreux frères et soeurs en France et à l'étranger.
La franc-maçonnerie souffre de son passé en terre musulmane.
Implantée par les occidentaux dès 1738 en Turquie (Izmir), elle sera dans sa première décennie presque exclusivement réservée aux chrétiens (et plus minoritairement aux juifs). Il en va de même en Egypte où elle débarque en 1798 avec les armées napoléoniennes et même le colon britannique en Inde - quoi que l'Ordre existait depuis 1728 dans le sous-continent - n'initiera le premier indien qu'en 1775. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que les colonisateurs ou occidentaux vivant en exil consentent à initier les autochtones. Dans l'Empire ottoman, les lois libérales de 1865 favoriseront l'expansion de la maçonnerie. Le sultan le sultan Mehmed Mourad V sera d'ailleurs reçu comme un bon nombre d'intellectuels, militaires et politiciens occidentalisés. Des loges se netterront à parler turc et des frères francophones de toutes confessions se réunissent dans la loge l'Union d'Orient créer par Louis Amiable. Mais l'arrivée au diwan de Abdoulhamid II (1876 à 1909) freinera cet élan pourtant si prometteur.
On aurait pu penser, naïvement, que la franc-maçonnerie française si active au XIXe siècle, si politisée, aurait favorisé l'échange culturel dans l'empire colonial. On aurait pu le penser mais il s'avère qu'en Algérie, Maroc et Tunisie, les musulmans sont rares dans les ateliers. L'initiation de l'émir Abd-El-Kader en 1864 sera une exception à la ségrégation en vigueur. D'ailleurs, il ne sera pas initié en Algérie (là où était son combat) mais bien en Egypte, à Alexandrie. D'autres élites auront les clés du temple mais dans cette singularité qui ne permet pas d'affirmer que la maçonnerie s'ouvrit au monde musulman et encore moins à sa société. Egypte, disais-je, dont la pratique maçonnique souffre du même apartheid que l'époque imposa entre occidentaux et autochtones.
Evidemment, dans certaines régions comme l'Iran, la franc-maçonnerie aura son âge d'or au XXe siècle. Jusqu'en 1979, elle se porte plutôt bien dans ce pays. Il faut dire que les élites occidentalisées sont nombreuses, le poids des ayatollah se réduit et, par des circonstances historique, elle n'est pas assimilée comme "chrétienne" ou "occidentale". Des confréries, que l'on nommerait aujourd'hui "paramaçonniques", font le pont entre la spiritualité "traditionnelle" et l'Ordre. C'est le cas de la Anjouman-i oukhouwwat qui mêle soufisme aux rites maçonniques. Son fondateur Zahir al-Davla sera aux balbutiements de la "refondation" (il s'avère que quelques loges militaires furent implantés dans l'Empire Perse au XIXe siècle) et rejoindra avec plusieurs de ses disciples le Réveil de l'Iran (loge fondée en 1907 par une patente du GODF). En Turquie, la franc-maçonnerie est porteuse de valeurs. Avec la victoire des Jeunes-turcs en 1909, l'Empire les loges en sommeil rouvrent dans l'Empire ottoman. Mais aussi, et comme en Iran, la Turquie va adapté la franc-maçonnerie à la mystique soufiste et à la culture nationale en créant par exemple un "rite turc" comme il existe un "rite français".
Ainsi le XXe siècle est le temps de la consolidation au Makrech, mais de la mort annoncée de l'Ordre au Maghreb. Réaction envers le colonisateur ? C'est le cas au Maroc où la maçonnerie connut son sommeil pour renaître de ses cendres en 1961, arabisée mais désormais fière de sa proximité avec l'occident. La franc-maçonnerie est aussi victime du panarabisme. Nasser l'interdit en 1962 et que dire des autres dictatures où l'appartenance à l'Ordre vaut la peine de mort... Même la franc-maçonnerie a une visibilité en Turquie, au Liban, au Maroc, en Afrique subsaharienne et dans le sous-continent indien, les francs-maçons Jordaniens et Syriens doivent se cacher. L'Ordre est bien minoritaire dans ce monde musulman pour souffrir de l'obscurantisme des régimes en place mais également de l'antimaçonnisme virulent de certaines autorités musulmanes qu'elles soient sunnites ou chiites.
Mais loin de la pression sociale, politique et religieuse de ces pays, nombreux musulmans en occident rejoignent nos loges donnant raison à l'Histoire et aux ponts qui ont été jetés entre deux traditions bien différentes dans la nature (la franc-maçonnerie n'étant pas une religion) mais si similaires dans le fond.
Alors peut-on être musulman et franc-maçon ?
La franc-maçonnerie, par son histoire et ses influences, est largement basée sur une mystique judéo-chrétienne et s'inscrit dans un système symbolique très indo-européen.
A première vue, des musulmans pourraient se sentir assez mal à l'aise avec ses références ; mais à première vue
seulement. La franc-maçonnerie n'impose pas une spiritualité mais développe des outils symboliques pour y accéder et pour y répondre. Ainsi, les outils peuvent faire l'objet d'un rapprochement avec l'islam. Le Temple a une signification symbolique équivalente avec la Ka'aba. Tout comme lui, elle est construit par l'homme (Abraham et son fils Ismaël en l'occurrence) et Dieu s'incarne dans cette édification dont il est lui-même architecte (la Pierre Noire a l'angle oriental de la Ka'aba aurait été donnée par l'ange Gabriel à Abraham). Mais aussi sel, lune, soleil, pavé mosaïque, voûte étoilée et bien d'autres se retrouvent ainsi tant dans l'Ordre qu'ils prennent tout leur sens en islam.
Quant aux références à la maçonnerie opérative, la civilisation islamique a prouvé par l'histoire la haute technicité de ses corps de métiers et son attachement à l'architecture. Apprentis, compagnons et maîtres maçons appartiennent encore aux sociétés musulmanes et cela bien avant l'avènement de cette religion. Egalement, l'islam synthétisa à sa doctrine une myriade de traditions issues du paganisme et des religions antérieures : mazdéisme, judaïsme et christianisme. De ce fait, cette religion n'est pas étrangères aux valeurs de l'autre - quelqu'il soit - et connaît des proximités spirituels avec tous les monothéismes. La franc-maçonnerie n'est pas une question de religion (en cela elle n'est pas christique, sauf rares exceptions) mais bien l'interrogation et l'interprétation du croyant envers sa propre foi.
A l'instar des oulémas, le Vatican a condamné et condamne encore la franc-maçonnerie. Elle place les catholiques - selon le droit canon - en position de péché grave. Le judaïsme, sans avoir "légiféré" sur la franc-maçonnerie, tient cette pratique pour de l'avoda zara (l'idolâtrie). Bien des frères protestants et orthodoxes se sentent en difficultés face à leurs églises réciproques et l'antimaçonnisme qui, parfois, y a la peau dure. Etre musulman et franc-maçon demande - comme être juif et franc-maçon ou catholique et franc-maçon - deux ouvertures : celles du croyant et celle de l'homme d'esprit. L'un et l'autre ne sont pas incompatibles surtout car la franc-maçonnerie repose - je l'ai dis ci-dessus - sur un bon nombre de symboles qui existent en islam ou s'adaptent aisément à la foi musulmane. De plus, il n'y a théoriquement pas de clergé en islam et les propos des uns ou des autres n'équivalent pas formellement au Coran dont aucune sourate ne condamne les pratiques maçonniques, bien au contraire. Car elle s'attache au Livre quelqu'il soit par gnose, à la fraternité entre tous les hommes, à la paix en tous contextes et à cette guerre intérieure que mène l'homme pour repousser ses passions et son ignorance, la franc-maçonnerie est une institution aussi musulmane que certains la voient chrétienne ou d'essence hébraïque.
Je conclurai mon étude en forme de plaidoyer en m'adressant à vous, mes lecteurs, quelque soit votre confession et vos croyances. J'ai un rêve secret. Je rêve qu'il existerait un lieu où les religions abrahamiques pourraient s'enrichir l'une de l'autre et vivre en parfaite harmonie. J'aime à croire que ce lieu habite mon atelier et bien d'autres. Or, ils perdurent des barrières mentales, des barrières qu'une loge dite "de saint Jean" ou un grade de "chevalier rose-croix" érigent encore. Il m'a fallu - autant que non-chrétien - une ouverture d'esprit pour accepter ce propos ou une surdité à la hauteur de celui-ci. Mais je crois qu'il serait peut-être de réconcilier, au moins dans nos loges, tous les maçonnes et les maçons en créant un rite qui abolisse l'enceinte qui rend parfois ce temple, auquel nous aspirons toutes et tous, inaccessible pour bien des gens.
Illustrations :
Fig.1 Un frère égyptien en décors
Fig.2 Portrait d'Abd-El-Kader
Fig.3 La Ka'aba
Pour poursuivre l'étude :
10:55 Publié dans Franc-maçonnerie, Religions | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Religions, Franc-maçonnerie, Islam, Aimable, Abd-El-Kader
04.03.2007
René Guénon et l'islam
Voici un bon reportage sur René Guénon, sa spiritualité islamique et son apport dans celle-ci. Dommage que le documentaire ne fait pas référence à son engagement maçonnique (du moins, ce n'est pas explicite) qui n'était en rien délié, à mon humble avis, de cet aspect de sa vie. Reportage intéressant - disais-je - car il illustre le parcours d'un homme hors du commun et surtout nous parle d'un islam spirituel et élevé qui manque cruellement dans le manichéisme ambiant.
A voir et à revoir.
20:55 Publié dans Religions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Religions, Guénon, Islam, Soufisme





