03.01.2008

La spiritualité maçonnique

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La spiritualité maçonnique ne saurait être unique, dogmatisée comme il peut en être pour les religions révélées. Plusieurs interprétations, écoles de pensées, apports divers et variés, complexifient cet universel qui relie les branches de la franc-maçonnerie entre elles. S'il aurait été plus juste sage de "spiritualités maçonniques" avec la marque circonspecte du pluriel et en faire un décompte scientifique, la rigueur intellectuelle m'impose toutefois de l'étudie au singulier, dans l'absolu, afin d'esquisser un cadre assez large pour qu'il appelle le plus infime des détails. Les lecteurs pardonneront mon propos fort introductif mais ce sujet appelle plus un essais qu'un article forcément lapidaire.
1. Spiritualité et franc-maçonnerie
Le spiritualité s'entend communément comme la qualité de ce qui attrait à l'esprit (au spirituel). Elle est, par définition, la sphère intime de l'immatériel sur laquelle se greffe une perception du monde. Perception qui n'est pas fondamentalement systémique, figée sur la raison, une croyance ou - plus largement - un postulat de réalité. Mais si l'on associe la spiritualité à une philosophie quelconque, cette perception se meut en idée du monde indubitablement réfléchie et conceptualisée.
La franc-maçonnerie n'est certes pas une philosophie mais s'édifie telle une démarche initiatique portant avec elle l'identité du sujet et, par cela-même, son idée du monde. La somme des individualités en une collectivité d'individus a su favoriser l'émergence de ce que nous appelons "tradition" mais que j'aurai tendance à dénommer "système" pour qu'il soit coordonné par une loi (ou entendue comme telle).
Née en occident, forgée par la philosophie théiste, la franc-maçonnerie ne pouvait être inspirée que par la Bible et une mythologie inhérente à celle-ci.
En effet, les "pères fondateurs" de la franc-maçonnerie étaient des pasteurs éclairés par la philosophie libérale et par l'avènement des Lumières. Dans ce contexte philosophique, les choses de l'esprit ne dépassaient pas encore le cadre du religieux. La spiritualité maçonnique s'entendait alors sur une idée du monde que l'on peut qualifier de "théocentrée".
Toutefois, il serait faux d'affirmer que la spiritualité maçonnique est chrétienne (tant par le système qui la gouverne que dans l'idée du monde qui la meut). Que ce soit le mythe de Hiram développé par le Chevalier de Ramsay aux élucubrations du pasteur Anderson, la référence biblique se voit détournée, interprétée vers une perspective plus large : le noachisme. Forme de panthéisme, le noachisme - qui se veut être la foi de Noé - est une spiritualité initiatique basée sur la perception du sacré plutôt que sur la réponse au dogme.
Perception du sacré qui unit toutes les spiritualités maçonniques dans la mesure où celles-ci entendent la loi à l'origine du système initiatique comme fondateur et au-delà de la fondation de l'être en soi. C'est un absolu.
2. Les spiritualités maçonniques
Chacune des spiritualités maçonniques perçoit le sacré d'une manière différente. Ce qui forme leur unité fait également leurs différences et c'est sur cette base que je vais les traiter.
Je différencie deux formes de spiritualités maçonniques : la franc-maçonnerie occultiste et la franc-maçonnerie philosophique. Evidemment, ces "catégories" contiennent plusieurs branches mais - comme je l'ai écris précédemment - mon propos ne se veut qu'introductif.
A. La franc-maçonnerie occultiste
La spiritualité maçonnique - d'après le spectre de l'occultisme - est certainement la plus plaisante à traîter car riche de personnages hauts en couleurs et signes intriguants. Cependant, elle est décevante d'un point de vue intellectuel. Elle entend le sacré - et par là même la démarche initiatique - comme une réalité autre dont on peut se rapprocher par la gnose et agir dessus grâce à l'intermédiaire des sciences divines. Ainsi, il n'est pas étonnant que l'alchimie, la magie et autres pratiques s'est immiscée dans des rites maçonniques de cette tendance.
B. La franc-maçonnerie philosophique
Par philosophique, il faut entendre que la perception du sacré s'établit sur une philosophie. A ce titre, Georg Wilhem Friedrich Hegel, Auguste Comte, Henri Bergson et bien d'autres ont su influencer leur époque concevant le sacré selon la pertinence de leurs pensées. En terme général, on peut émettre le postulat que la franc-maçonnerie philosophique conçoit le sacré de manière conceptuel (c'est-à-dire la sphère de l'Esprit). C'est de loin la spiritualité maçonnique la plus répendue dans l'hexagone.
Conclusion
La spiritualité maçonnique comme nous venons de le voir a eu besoin de mythes fondateurs pour élaborer son sytème rituel et accentuer en gravité la démarche initiatique qui lui est inhérente. Que se soit Noé et son arche, le Temple de Salomon ou Hiram, ils forment une représentation symbolique de ce que nous nommons "sacré" en différence au profane. 

17.07.2007

Les druzes

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Toutes les religions du livre ont invariablement étaient dissociées dans leur histoire entre une tendance littéraliste et une tendance gnostique. Si certaines d'entre elles - comme le judaïsme - ont assimilé la gnose après des siècles de tension. D'autres - à l'instar du catholicisme - l'ont rejetée. Que dire de la démarche initiatique qui, d'une manière ou d'une autre, s'est vue vulgarisée par l'institution ou annihilée par le temps et la répression.  N'en déplaise aux mécanismes mentaux et à la logique implacable des adeptes de la chronologie, l'histoire ne se répète pas car l'on ne serait réduire l'homme à des exceptions et à des généralités. Toutefois, demeure une singularité historique et anthropologique au Proche-Orient, dans ce pays fragmenté et sans frontière où vivent les Druzes.

1. Qui sont les Druzes ?

Les Druzes apparaissent dans l'Histoire au XIe siècle comme une population adhérant à une hétérodoxie de l'ismaélisme. Or, il serait bien réducteur de leur attribuer un certificat de naissance à cette époque. A vrai dire, on ignore encore d'où ils viennent et comment une communauté visiblement homogène adopta unanimement la même foi. Toutes les théories ont été émises au propos de cette population. Certains voudraient qu'ils soient descendants de croisés, qu'ils appartiennent à une ethnie de l'antiquité lointaine. On a même murmuré qu'il s'agissait de juifs islamisés réfutant l'orthodoxie et pratiquant leur culte en secret. Les fantasmes se sont déchaînés et se perpétuent encore. Si une étude génétique récente (2004) ferait d'eux un peuple indo-européen passivement assimilé par l'histoire, il est certain que les migrations  et les mélanges de populations caucasiens, turco-mongoles et indo-européenne depuis la nuit des temps complexifient la preuve par l'ADN. Socialement, une certitude existe : lorsque l'on parle des Druzes, on fait référence à une communauté montagnarde. Ceci expliquerait peut-être cela.

2. La religion des Druzes

f6e8ae223464dc39da176a144c56c37e.pngOn parle de Duruz en arabe par référence à Muhammad bin Ismael Nashtakin ad-Darazi, prêcheur ismaélien d'origine turc et fondateur de ce mouvement. Malheureusement - et quoi que le personnage d'ad-Darazi nous soit connu -, nous ne possédons que peu des sources fiables sur les Druzes tant leur religion se réserve à une partie infime d'initiés (les ouqal). A lire le Livre des témoignages et des mystères de l'Unité, le Coran serait alors bicéphale : exotérique d'un côté et ésotérique de l'autre. La sharia'h est une simple question d'interprétation dans cette logique et seul un nombre restreint serait à même de comprendre la religion. C'est pourquoi reste-t-elle secrète et profondément initiatique.

Tout comme les chiites, les Druzes croient qu'il existe un imam caché et cet imam ne serait autre que le calife fatimide al-Hakim (985-1021)  qui viendra de l'au-delà les guider. Qu'importe évidemment son enveloppe terrestre, il fut d'Adam jusqu'à Mohammed l'esprit de Dieu qui, au jour du jugement dernier, triera les croyants de la masse des impies. L'essentiel de la spiritualité des Druzes s'appuyant sur la métempsychose et les multiples émanations de Dieu, elle lui donne une teinte panthéiste (quoi que ce serait simplifier ce qui ne l'est pas). De cette philosophie, ils réprouvent la sharia'h même si leurs propres lois peuvent être profondément ostracistes. Toute la souplesse de leur foi consiste en une large acceptation de ce qu'est un prophète considérant Pythagore ou même Akhenaton comme des messagers de la sagesse divine - ou Dieu lui-même qui donne la sagesse, un djahhal (ignorant) ne peut  de tout façon pas savoir. L'emblème de cette communauté, l'étoile d'Orient à cinq couleurs, représente justement les cinq émanations du divin : le vert pour l'intelligence, le rouge pour l'âme, le jaune pour le mot, son précédent est bleu et quant au blanc, il est l'immanence.

Quant à l'initiation druze en elle-même, seul un ouqal sait en quoi elle consiste exactement. On a dit les chevaliers francs initiés au "grand mystère" et que la franc-maçonnerie - en syncrétisme des traditions initiatiques d'orient et d'occident - aurait certaines ressemblances mais je ne m'aventurerai pas plus loin que la rumeur. Il s'avère néanmoins qu'il y ait une hiérarchie dans l'approche au sacré. Trois ordres émailleraient la vie d'un Druze. Selon le premier ordre, il devrait suivre la sharia'h (version druze, évidemment) par laquelle l'homme s'adresse à Dieu. Dans un deuxième temps, le croyant est amené à comprendre les voix prophétiques (donc la Vérité). Dans le troisième et dernier temps, il reçoit la gnose afin d'entreprendre sa quête visant à comprendre l'unité avec l'Unique.

Conclusion

La religion des Druzes est probablement la meilleure synthèse entre le platonisme (et une certaine forme de gnosticisme) avec l'islam. Loin d'être figée dans le temps, elle a été influencée par le soufisme et un bon nombre de philosophies qui lui sont étrangères à l'origine. Si les Druzes ont tendance à se replier sur eux-mêmes, ceci prouve qu'une certaine forme de tolérance envers l'étranger illustre cette communauté dans un Proche-Orient à feu et à sang.

Quant aux similarités avec la franc-maçonnerie, s'il existe une séparation très nette entre profane et sacré, des influences similaires et probablement un fragment de spiritualité partagé, je ne saurai affirmer si l'un est au balbutiement de l'autre comme le suggère la légende levantine.

Illustrations :
Fig 1. Un initié ou ouqal en tenue traditionnelle.
Fig 2. L'étoile druze.

Pour poursuivre l'étude :

11.06.2007

Comment devient-on franc-maçon ?

La question : "Comment entre-t-on en franc-maçon ?" m'a été plusieurs fois posée par des lecteurs du blog Jakin & Boaz. Une fois n'est pas coutume, je donnerai à mes réponses une version achevée. Elle se destine à ceux qui souhaitent intégrer l'Ordre avec bonne foi mais aussi dont le doute et le nombre des lectures poussent parfois à jeter l'éponge. Evidemment, la franc-maçonnerie n'est pas fraternité prosélyte et ne souffre d'ailleurs pas d'un manque de recrutement (du moins en Europe). N'interprétez pas ce petit guide comme la promotion d'une obédience plutôt qu'une autre, d'un rite plutôt qu'un autre, mais comme une invitation objective pour les profanes - s'apprêtant à franchir le cap - à s'interroger justement sur leurs motivations, leur démarche initiatique et leur éviter de jeter l'éponge par manque d'informations. C'est sur cette première étape que je commencerai.

Etape 1 : S'interroger

Je commencerai mon article par une généralité : on y entre lorsqu'une certaine maturité intervient ou un besoin l'exige. N'entendez pas par "maturé" un facteur élitiste qui réserverait la franc-maçonnerie aux vieux sages ou aux universitaires mais bien une "maturité" psychique. En cela, il faut avoir le recul suffisant pour ne pas comprendre ce qu'est la franc-maçonnerie et ce qu'elle vous apportera. On n'entre pas en franc-maçonnerie comme dans un club ou comme dans une association "ordinaire". Besoin maintenant car si la franc-maçonnerie est exigeante, il faut que vous ayez une aspiration à y entrer. La franc-maçonnerie vous coûtera du temps car l'assiduité et les déplacements sont nombreux et elle vous obligera à un travail d'introspection. De surcroît, la capitation (la "cotisation") n'est pas dérisoire. Ne voyez pas cela comme un rapport gagnant-gagnant (on ne gagne rien à être franc-maçon si ce n'est du travail supplémentaire) mais bien comme un sacrifice nécessaire pour atteindre autre chose. Quel est cet "autre chose"? C'est à vous de le définir selon vos attentes et vos implications.

Etape 2 : Quelle obédience ?

Une fois le stade du questionnement franchi, il faut savoir où vous mettez les pieds. Si malheureusement on ne choisit pas toujours ses frères et/ou ses soeurs, inévitablement vous devez avoir une certaine cohésion dans votre démarche sinon vous serez très vite déçu(e). Selon vos exigences, votre aspiration, votre engagement, votre genre, vous serez amenés à entrer dans une obédience. Sans stéréotyper les différentes obédiences, certaines constances m'amènent à dresser le tableau suivant. Evidemment, je ne peux pas vous parler de toutes les obédiences car, non seulement elles sont nombreuses en France, il faudrait aussi aborder celles à l'étranger. Je vous livre là qu'une mosaïque simplifiée avec quelques exemples :

  • Franc-maçonnerie "régulière" : réservée aux hommes, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle se destine plutôt aux théistes car le franc-maçon prête serment sur un volume de la Loi Sacrée et entendra dans le Grand Architecte de l'Univers (GADLU) une équivalence conceptuelle à Dieu. Sachez toutefois que la franc-maçonnerie régulière ne reconnaît pas officiellement les initiations pratiquées dans les autres franc-maçonneries.
    Exemples d'obédiences "régulières": Grande Loge Nationale Française (GLNF), Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB), Grande Loge Suisse Alpina (GLSA), etc ...
  • Franc-maçonnerie "traditionnelle" : théoriquement masculine, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle n'impose pas une vision dogmatique des symboles mais certains frères athées ou matérialistes pourraient s'y sentir mal à l'aise quant à la référence au Grand Architecte de l'Univers et à la présence des Trois Grandes Lumières (Equerre, Compas, Volume de la Loi Sacrée) sur l'Autel des serments. La franc-maçonnerie traditionnelle reconnaît toutes les autres franc-maçonneries et entretient généralement avec elles des rapports fraternels.
    Exemples d'obédiences "traditionnelles" : Grande Loge de France (GLDF), Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO, en France et à l'étranger), Loge Nationale Française (LNF), Grande Loge de Belgique (GLB), etc ... 
    Il existe également une franc-maçonnerie traditionnelle féminine et/ou mixte :
    - Féminine exclusivement : Grande Loge Féminine de France (GLFF), etc...
    - Mixte : Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (OITAR), etc...
  • Franc-maçonnerie "libérale" : elle aborde les thématiques politiques et sociales mais pas uniquement. Comme la franc-maçonnerie "traditionnelle", elle n'impose pas de vision dogmatique des symboles mais souvent le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée disparaissent des rites. La franc-maçonnerie "libérale" peut être :
    - Masculine exclusivement : Grand Orient de France
    (GODF), Grand Orient de Belgique (GOB), Grand Orient de Suisse (GOS), etc ...
    - Mixte : Fédération du Droit Humain (DH, en France et à l'étranger), Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), etc ...

Il existe bien plus de franc-maçonneries que ces catégories et bien plus d'obédiences que celles citées en exemples (celles-ci ont d'ailleurs des spécificités - outre l'implantation géographique - qui pourraient faire l'objet de plusieurs articles) mais pour ne pas complexifier tout cela, restons sur ce schéma. A ce propos, il se peut que vous soyez convié à visiter des sites d'autres obédiences plus petites que celles-ci. La taille et le nombre des membres ne veulent pas dire que ces obédiences ne sont pas sérieuses. Toutefois méfiez-vous, il existe des soi-disantes obédiences et ordres se réclamant de la franc-maçonnerie mais qui n'ont strictement rien à voir avec celle-ci et qui peuvent aisément être considérées comme sectes. Un bon moyen de vérifier la réputation des obédiences est tout simplement de voir si celle-ci appartiennent aux organisations internationales maçonniques (comme le CLIPSAS) ou qu'elles sont reconnues par d'autres obédiences de notoriété nationale.

Etape 3 : Quel rite ?

Une fois l'obédience choisie, reste à prendre en cause le rite pratiqué au sein de la loge. C'est là plus une dimension de spiritualité, d'attirance, plutôt qu'autre chose. Certains rites comme le RER (Rite Ecossais Rectifié) sonnent très christiques sans pour autant être chrétiens. D'autres comme le RFT (Rite Français Traditionnel) ou le REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté) le sont beaucoup moins. Le MM (Memphis-Misraïm) est plutôt ésotérique. Ceci est très schématique et, évidemment, bien trop succinct pour en faire un tableau. Je vous conseille vivement de vous renseigner sur les rites pratiqués au sein de l'obédience et celui de la loge dans laquelle vous serez amenés à recevoir la lumière.

Etape 4 : Entrer en franc-maçonnerie

Il existe en fait deux moyens pour entrer en franc-maçonnerie :

  1. Vous connaissez un franc-maçon (ou une franc-maçonne) qui se révèle à vous et vous invite à le (la) rejoindre. Dans ce cas, n'hésitez pas à lui poser le plus large éventail de question : sur son obédience, sur le rite qu'il pratique, sur sa loge. Si vous rencontrez le moindre doute - ou que vous souhaitez entrer en maçonnerie mais pas là où il (elle) est - n'hésitez pas à décliner courtoisement l'invitation mais de demander qu'il (elle) vous mette en relation avec des frères et/ou des soeurs dans une structure qui conviendra plus à vos aspirations.
  2. Vous ne connaissez aucun franc-maçon (ou franc-maçonne) et dans ce cas vous n'avez qu'une possibilité : écrire à une obédience (voir à plusieurs obédiences, si plusieurs conviennent à vos aspirations) afin qu'elle vous mette en relation avec un frère (ou une soeur) qui acceptera de devenir votre parrain (ou marraine). Je ne peux pas vous donner des conseils pour votre lettre mis à part de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité quant à vos motivations. Mettez y toutes vos tripes, votre coeur aussi et un peu de votre esprit.

Une fois ces quatre étapes franchises, il vous faudra faire oeuvre patience, de persévérance et surtout garder intactes la ou les raisons qui vous amènent à entrer en franc-maçonnerie car bien d'autres épreuves vous attendent et cela pendant tout votre parcours maçonnique.

Des élements de réponses avec :

29.05.2007

La démarche initiatique

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Plutôt que d'emmurer mon propos à la seule dimension du temple maçonnique, j'ai voulu élargir ma réflexion à cette démarche qui conduit un individu vers une démarche initiatique. Sans prévaloir d'une quelconque obédience, doctrine, spiritualité, il s'avère que la démarche initiatique emprunte une voie quasi-similaire quant aux personnes qui l'empruntent. Ma réflexion a pour but de donner des éléments de réponses sur cette curiosité qui amène une personne socialement bien intégrée, parfois à l'abri de tous besoins ou au-delà de ses besoins imminents à rentrer dans une société initiatique. Plutôt que de parler d'un "essais" (je n'en ai pas la prétention ou pas encore le courage), je vous délivre là mes quelques observations.

La démarche initiatique n'a strictement rien à voir avec la foi ou la croyance. On dirait communément que c'est un processus d'éveil, je lui préfère un langage plus conceptuel en affirmant qu'elle est la réalisation de l'étant (ce qui est en soi) vers l'Etre (ce qui est au-delà de soi). Plus qu'une recherche de la gnose ou une approche du réel, elle tend vers un Absolu. La connaissance, en effet, est reléguée en une dimension secondaire car elle ne peut être que le savoir de l'étant (c'est-à-dire une connaissance dans l'espace et dans le temps) et non un savoir empirique qui dépasse l'ère de l'expérience. En cela, la gnose métamorphose le cadre initial du profane vers celui du sacré sans pour autant le concevoir. En recevant la connaissance, l'initié devient un être duel, contradictoire car il demeure profane parce qu'étant et sacré pour s'apprécier dans l'Etre. Ainsi, l'initié ne le sera jamais vraiment tant il se borne à la gnose (car, j'insiste, celle-ci n'est pas empirique).

f354678e9532117d6e452f7587dfc687.jpgDe ce fait, la démarche initiatique s'achemine comme la conciliation de ce-que-je-suis-en-soi et de ce-qui-j'aspire-à-être d'où le pourquoi elle ne cesse jamais et qu'une grande majorité des sociétés initiatiques ont a un système graduel d'initiation. Si la gnose n'est pas Etre, elle permet néanmoins de se percevoir en elle et vis-à-vis du profane, donc en soi. La phrase de Socrate : "Connais-toi toi-même et tu connaîteras l'univers et les dieux", résume fort bien l'ambition de la démarche initiatique et des "moyens" qui y sont consacrés. La franc-maçonnique emprunte la voie du symbolisme, les kabbalistes prennent celle de l'herméneutique, les sociétés issues de la rose-croix s'enquièrent de l'ésotérisme, le bouddhisme s'appuie sur la méditation et la grande majorité des confréries soufistes font la synthèse de tous ces "outils" spirituels. Si je limite mon propos à des stéréotypes concernant ces diverses traditions qui demanderaient chacune une étude plus détaillés, elles sont toutes teinter par le système de Plotin qui réaffirme le propos de Socrate précédemment cité.

Pour conclure, la démarche initiatique est vraisemblablement une quête spirituelle mais non une spiritualité en soi. D'où l'incompréhension des religions envers les sociétés initiatiques. Car les religions pourvoient à un salut en conséquence au respect des dogmes, elles méprisent souvent la voie spirituelle tout en la détenant. Dans une étude précédente intitulée sobrement L'initiation (et dont je fais - par ces quelques observations - que de compléter mon propos), je vous donnais l'étymologie suivante du verbe "Initier" : "[il] provient étymologiquement du verbe  latin initiare, c'est-à-dire commencer." Tout est dis et pour ma part je ne cesserai jamais de m'interroger sur ma propre démarche.

Illustrations :
Fig.1 "Création" (Dessins pour la Bible) par Marc Chagall, 1960
Fig.2 Buste de Poltin

Pour poursuivre l'étude :

05.02.2007

L'initiation

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Il n'y avait pas meilleur moyen d'inaugurer cette catégorie sur les sociétés initiatiques que d'écrire un article sur leur similarité en l'initiation.

"Initier" provient étymologiquement du verbe  latin initiare, c'est-à-dire commencer. Sémantiquement, une initiation est l'action d'un commencement. Ceci suppose irrémédiablement une séparation entre ce qui fut et ce qui adviendra. Évidemment, le sens originel de ce terme va devenir dans le langage commun l'acte de réception d'un savoir.

Pourtant, l'initiation suppose cette distinction entre l'être accompli et l'être inaccompli, entre l'être ignorant et l'être savant. Ainsi, elle est la scission, le passage, entre deux états.
Le premier état est constitué. Il définit l'être en soi que l'on peut qualifier d'étant. En cela, l'individu demeure tel qu'il est. C'est-à-dire qu'il s'incarne dans tout ce que son état peut comporter en son essence matérielle. Mais également dans son essence spirituelle, ses sentiments, ses connaissances.      
Le second état est advenant. Il suppose que l'étant se sublime dans l'Etre. Sans renier sa propre nature, il dépasse son statut existant pour acquérir une dimension en élévation. Autrement dit, l'étant passe d'une sphère d'incarnation à une une sphère d'Etre désincarnée, un "au-delà".
Ainsi, on peut dire de l'initiation qu'elle est la préparation entre ces deux états. Elle marque autant la disparition de l'un que l'avènement de l'autre.

La pratique initiatique existe depuis la nuit des temps et dans toutes les sociétés humaines. Mircea Eliade (Traité d'histoire des religions) l'a démontré dans les civilisations polynésiennes mais des exemples plus proches de notre civilisation existent. Vu l'orientation de ce blog, je prendrai trois exemples significatifs chez les esséniens et dans la franc-maçonnerie.
Dans l'Ecrit de Damas et dans les Manuscrits de la Mer Morte, la pratique initiatique est explicitement mentionnée. Elle demandait au "candidat" de se délier de sa situation initiale en effectuant des épreuves (dont l'étude de la Torah pendant un an). Apte à être initié et "éprouver" comme il se doit, il prêtait un serment sur l'Alliance sur laquelle il jurait de ne pas dévoiler les secrets de la Règle. Reçu parmi les membres de la communauté, le novice sera amené à évoluer constamment. Par ailleurs, les textes insistent entre la rupture du monde "profane" avec la sainteté des "Fils de la Lumière".
A la différence du contexte religieux des esséniens, le rite d'initiation dans la franc-maçonnerie suppose également des épreuves appelées "voyages". Comme l'exilé qui est amené à partir sur les routes, l'individu se sépare de ce qu'il fut dans la terre de ses certitudes : matériellement par le dépouillement des métaux et sa vêture "ni nu, ni vêtu" ; spirituellement lorsqu'il meurt symboliquement dans le cabinet de réflexion. Les trois voyages qui suivent cet étape figurent  la mort de l'étant, la purification dans la désincarnation puis l'élévation dans l'Etre, à la lumière. A l'instar des esséniens, l'initié prête serment et s'engage à ne pas divulguer les secrets de l'ordre. Cela car l'initiation est, certes, un (nouveau) commencement mais aussi la réception d'un savoir particulier.

L'initiation est une pratique civilisationnelle, graduelle et surtout généralisée à toutes les étapes de la vie. Ce qui distingue une initiation en soi d'une société initiatique demeure sur ce renouveau suscité et le cadre dans où il se pratique. On ne serait comprendre leur spiritualité, leur philosophie, sans comprendre le fondement de celles-ci : l'initiation.   

Pour poursuive l'étude :