24.11.2007
Histoire de la franc-maçonnerie aux USA
La franc-maçonnerie aux USA naît dans le Massachusetts. Quoi que les origines légendaires veulent qu'elle fût implantée au début du XVIIIe siècle, les historiens de l'Ordre préfèrent 1733 comme date de naissance officielle. Les origines légendaires de la franc-maçonnerie aux USA proviennent certainement d'une colonisation britannique - et française - décriée par les pères fondateurs et irrémédiablement traumatisante dans le début de "l'idéologie américaine" que Montesquieu conceptualisa par "l'égalité des conditions". Ainsi, la franc-maçonnerie américaine débuterait avec le début même de l'identité américaine et ce personnage : Jonathan Belcher. Il est essentiel de s'arrêter un instant sur cette homme qui deviendra gouverneur du Massachusetts de 1730 à 1741. Celui qui aurait été initié à Boston - dans une "loge occasionnelle" - en 1704 deviendra célèbre dans l'Histoire pour se rendre à Londres (en tant que membre de la Chambre des Représentants de la province) contre la perception permanente de la couronne anglaise. Un début de révolution et une compréhension très nationale de l'histoire de l'Ordre.
La légende voudrait surtout que les premiers francs-maçons se soient réunis à Boston en 1720 dans la King's Chapel mais le manque de sources crédibles ne permettent pas d'affirmer cette version. Effectivement, le premier document attestant la présence maçonnique dans le "Nouveau Monde" date du 30 juillet 1733 et relate la nomination du Grand Maître provincial d'Amérique du Nord Henri Price par le Grand Maître d’Angleterre d'alors le victome de Montagu. La première loge se réunit ainsi à la taverne "La Grappe de raisin" sur King Street, à Boston toujours. La franc-maçonnerie américaine est née autour de la Grande Loge de Saint John, quoi que sa souveraineté limitée n'échappe pas au contexte historique. Dès 1734, Benjamin Franklin imprimera les Constitutions d'Anderson affirmant ainsi la portée de la franc-maçonnerie dans la colonie. Le 24 juin de la même année, il sera nommé Grand Maître de Provincial de Pennsylvanie et motivera la première volonté d'indépendance à la couronne britannique dans le cadre maçonnique.
Mais la franc-maçonnerie américaine est toujours inféodée au "Vieux Continent". La Grande Loge d'Écosse crée en 1752 la loge Saint Andrews (qui sera elle-même aux balbutiements de la Grande Loge du Massachusetts en 1759). D'autres Grandes Loges s'implanteront en Amérique. L'opposition entre Anciens et Modernes en sera d'ailleurs nourrie. La Grande Loge de Saint John était résolument dans le camp des Modernes alors que la Grande Loge du Massachusetts, dans celui des Anciens. Cette opposition maçonnique reflète une opposition historique. La Grande Loge de Saint John, à Boston, réunissait la bourgeoisie locale et aspirait largement à l'indépendance. Alors que sa rivale restait fidèle au Royaume-Uni, essentiellement composée de soldats (majoritairement irlandais) envoyés par la couronne britannique.
De cette date jusqu'à la guerre d'indépendance, les francs-maçons américains resteront largement divisés.
Parmi les 56 signataires de la déclaration d'indépendance de 1776, 50 environ auraient été francs-maçons. Benjamin Franklin vint à Paris en tant que "Ministre plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique septentrionale" où il devint de 1779 à 1781 Vénérable Maître de la loge les Neuf Sœurs qui organisa le soutien français à la cause américaine. Parmi les franc-maçons français, le marquis de La Fayette, jouera un rôle notable dans la guerre d'indépendance. Profitant du conflit, la Grande Loge de Pennsylvanie déclarera se séparera officiellement de la Grande Loge d'Angleterre en 1778. Après la guerre, le système des Grandes Loges à juridiction exclusive sur le territoire de chaque état de l'Union fut établi. Il posa quelques problèmes dans les états où co-existaient deux grandes loges ("ancienne" et "moderne"), mais il finit par s'imposer totalement au bout d'une vingtaine d'années.
En 1800, il y avait aux États-Unis 11 Grandes Loges, regroupant 387 loges et 16000 francs-maçons.
Le XIXe siècle est une époque à la fois trouble et lumineuse pour la franc-maçonnerie aux États-Unis d'Amérique avec des temps dramatiques autant qu'une augmentation signification des effectifs, du nombre d'ateliers et une certaine effervescence maçonnique.
C'est l'affaire Morgan qui marquera le trouble au sein de l'Ordre et vague d'antimaçonnisme sans précédant. En 1826, un certain William Morgan disparaît de Batavia, ville de l'État de New-York après avoir menacer d'exposer les secrets de la franc-maçonnerie. La découverte d'un corps non-identifié le 27 octobre 1827 déclenche des émeutes d'antimaçonniques. Sous la conduite du tribun Thurlow Weed, elles sont aux balbutiements d'un mouvement antimaçonnique qui portera le candidat aux élections de gouverneur général de l'État de New-York en 1830. Il s'en faudra de peu pour qu'il soit élu. De 1826 à 1846, la Grande Loge de New-York passera ainsi de 500 à 65 loges.
La franc-maçonnerie américaine reprit cependant sa progression et en 1850, elle comptait 28 Grandes Loges, regroupant 1835 loges et 66000 francs-maçons.
A l'exception en effectif, il nous faut aussi constater une expansion des rites. Au premier titre desquels, on retrouve le
REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté) qui - certes crée par Etienne Morin (un français vivant dans les Caraïbes) - sera développée par Henry Francken, Moses Hays et Joseph Myers pour que naisse la Suprême Conseil de la Juridiction Sud à Charleston en 1801. Albert Pike travaillera sur l'édifications des rituels du 4e au 32e degré en 1853 pour qu'à la fin du XIXe siècle le rite acquiert sa forme actuelle. Le Rite d'York sera lui aussi synthétisé et développé par des francs-maçons américain dans le courant à la fin du XVIIIe siècle et dans le courant du XIXe siècle ce qui démontre le lourd et le grand travail des frères outre-Atlantique.
Mais ce sera la Guerre de Sécession qui viendra de nouveau créer la division au sein de la franc-maçonnerie américaine. La franc-maçonnerie était aussi bien implantée chez les confédérés que chez les abolitionnistes avec une opposition frontale entre les deux parties. Si des francs-maçons américains célèbres - comme George Washington - étaient très clairement anti-esclavagistes, d'autres - comme Albert Pike - militaient dans l'autre direction.
Plutôt que de parler de la guerre elle-même - qui intéresse d'avantage les historiens - ses conséquences ont lourdement peser chez les frères. Autant qu'il put y avoir une conciliation entre Anciens et Modernes en Angleterre, la franc-maçonnerie américaine s'est entièrement dépolitisée à la suite de ce conflit traumatisant dans son histoire. Ceci explique certainement cela.
Pour poursuivre l'étude :
Edit :
Un article spécialement consacré aux loges Prince Hall sera publié pour le dossier du mois de février "Franc-maçonnerie et minorités".
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07.09.2007
Documentaire sur arte
Un documentaire-fiction sur le récit mythique de Giglamesh (intitulé A la recherche du roi Gilgamesh - le fantôme d'Uruk) et son personnage est au programme samedi 8 septembre sur la chaîne franco-allemande Arte. Pour avoir lu le résumé et entraperçu quelques images, je ne saurai que vous encourager à voir (et à même à enregistrer) ce documentaire prometteur.
19:30 Publié dans Actualités, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Actualités, Histoire, Gilgamesh, Arte, Documentaire
07.04.2007
Politique et franc-maçonnerie (3) - le "schisme" de 1877

Le "schisme" entre deux perspectives de la franc-maçonnerie intervient en 1877, date où le Grand Orient de France institua une nouvelle constitution dans laquelle la référence au Grand Architecte de l'Univers devient facultative et la croyance en un principe fondateur passe à la trappe. Dans les deux études précédentes, je m'interrogeai bien plus sur la coexistence du politique (au sens le plus large du terme) avec la démarche initiatique. Ici, et plus factuellement, sur les causes qui entraînèrent deux interprétations bien distinctes de l'Etre et de l'Agir maçonnique.
On ne pourrait comprendre la politisation du Grand Orient enfin assumé sans l'inscrire dans ce siècle tourmenté qu'est le XIXe et le passé révolutionnaire qui le précède.
Même si Barruel dans sa Mémoire pour servir à l'histoire du jacobinisme émet l'idée que les francs-maçons jouèrent un rôle central dans la Révolution française, l'histoire nous apprend que le Grand Orient de cette époque n'était pas si agissant que ça. Composé majoritairement d'aristocrates, l'ensemble des loges démissionnent de la vie publique, voir tombent en sommeil après les évènements de 1791. Ce ne sont que des maçons à titre individuel, ou dans des collectifs réduits, qui participent à la Révolution française. Toujours est-il que si la maçonnerie n'est pas une actrice de la Révolution comme on a voulu le prétendre, elle sera investie d'une culture révolutionnaire notable s'ouvrant à une déchristianisation, à un idéal de tolérance dont la personne de Chemin-Dupontès illustre bien les efforts entrepris.
C'est bien plus avec l'Empire que la franc-maçonnerie va être associé au pouvoir. Le Grand Orient et la quasi-totalité
des obédiences provinciales qui subsistent après la Révolution reprennent leurs travaux en 1796 sous le Directoire. En 1798, elles ne sont que trois en activité et il faudra encore attendre quelques années pour qu'elles se reconstituent entièrement. Après le coup d'Etat du 18 Brumaire, Bonaparte prend sous son aile la maçonnerie française selon un principe social et plus encore sociétaire. Pour lui, la franc-maçonnerie était un corps constitué à l'égal de la religion dont il fallait s'assurer qu'il marche au pas avec son gouvernement. Le Grand Orient et son obédience rivale : La Grande Loge Générale Ecossaise se disputent alors la primauté maçonnique. Bonaparte préfère mettre fin à ces hostilités qui profitent aux adversaires de son régime et les assujettit à un concordat. Le prince Joseph devient Grand Maître et le prince Louis Grand Maître adjoint. Tous les pontes de l'Empire sont placés dans la hiérarchie dont Cambacérès ou les maréchal d'Empire Ney, Kellermann et même Murat (pour ne citer qu'eux). Ce soutient à l'Ordre permet son expansion : la franc-maçonnerie comptera près de 1200 ateliers en 1814. Très mondaine, militaire, la population en loge se diversifie comptant de plus en plus de bourgeois, de fonctionnaires et de gens d'armes. Mais il ne faudrait pas voir en cette période un âge d'or sans ombre au tableau. A partir de 1810, les loges doivent être reconnu par l'Etat pour pouvoir se constituer. L'instrumentalisation de l'Ordre l'affaiblit et le politise à tels points qu'il est lié corps et âme au régime.
Avec la Restauration, la maçonnerie devient véritable le vivier des aspirations futures et passées. Il existe alors des loges "républicaines", "bonapartistes", "monarchistes" qui délaissent le rituel pour la chose publique. Inversement, certaines s'animent dans une optique de retrait du monde vers un ésotérisme qui n'était pas, alors, l'apanage de la franc-maçonnerie. Cette période incertaine entre 1814 et 1848 est le moment de toutes les divisions entre plusieurs interprétations de la maçonnerie qui se cherchent et les forces partisanes qui se constituent.
Si 1789 n'est pas "la" révolution maçonnique, 1848 connaîtra après coup une adhésion contrastée mais plutôt positive. Il faut dire qu'un bon nombre de maçons (toujours à titre individuel) y participent. Le gouvernement provisoire compte d'ailleurs Adolphe Crémieux ou Victor Schoelcher. Plusieurs mesures entreprises par celui-ci furent discutées en loge et les valeurs maçonniques apparaissent au grand jour. Le gouvernement reçoit également des délégations du Grand Orient, ce dernier lui apportant son agrément plein et entier. Mais rien n'est unanime en maçonnerie et l'aille droite rompt progressivement.
Avec le Second Empire, la tutelle du pouvoir s'accroît sur l'Ordre. Le prince Murat est élu Grand Maître du Grand Orient de 1854 à 1861, grande maîtrise qu'il exerce avec un autoritarisme à son paroxysme. En 1862, c'est au tour du maréchal Magnan d'assurer cette position. Profane au moment de sa nomination par Napoléon III, il acquiert en un jour les 33 degrés du Rite Ecossais. Le néo-bonapartisme réaffirme néanmoins la maçonnerie dans le parti révolutionnaire. Le Convent de 1865 donne au Grand Orient sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Mais au sein de l'obédience, et envers ces progrès mitigés quant à un changement constitutionnel, le Suprême Conseil de France (garant de la Tradition) s'oppose aux loges progressistes.
Mais ce n'est qu'en 1870 et par la proclamation de la IIIe République que la franc-maçonnerie politisée se conçoit dans ancrage social en tant que telle une force progressiste. Il faut dire que les évènements de la Commune font sortir les idées politiques des loges à la rue. En effet, le 29 avril 1871, 6000 frères défilaient du Louvre jusqu'aux portes Maillot et Dauphine pour que cessent les effusions de sang. Léo Meillet remettra le drapeau de la Commune de Paris avec ce propos : "C'est le drapeau de la Commune de Paris que la Commune va confier aux francs-maçons. Il sera placé au- devant de vos bannières et devant les balles homicides de Versailles. Quand vous les rapporterez, ces bannières de la franc-maçonnerie, qu'elles reviennent déchirées ou intactes, le drapeau de la Commune n'aura pas faibli... Ce sera la preuve de leur union inséparable." Si Mac-Mahon réprima les dernières illusions des libertaires, socialistes et radicaux, perdurent-elles encore 6 ans plutard lorsque les monarchistes quittent progressivement le devant de la scène publique politique dans l'hexagone avec la victoire des républicains aux législatives.
Depuis ce temps subsistent deux visions de la démarche initiatique sur lesquelles j'ai essayé, mes chers lecteurs, de vous donner une optique générale tant spirituelle, philosophique, qu'historique ; même si celle-ci reste bien en surface de la problématique et qu'elle fera, peut-être un jour, l'objet d'une publication bien plus détaillée.
Illlustrations :
Fig. 1 : Illustration - La franc-maçonnerie et la commune.
Fig. 2 : Portrait de Jean-Jacques Régis de Cambacérès par Eustache Maurin
Fig. 3: Portrait d'Adolphe Crémieux par Jean Lecomte du Nouy
Pour poursuivre l'étude :
12:10 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Politique, Histoire, Empire, Commune
19.03.2007
La mésopotamie
Mésopotamie - première partie
Mésopotamie - deuxième partie
Mésopotamie - deuxième partie
La Mésopotamie est le berceau de la civilisation et probablement celui des trois monothéismes du livre. Cette série documentaire (diffusée sur la chaîne Histoire) est assez généraliste et esthétiquement très belle (quoi qu'oeuvre de vulgarisation nécessaire afin de percevoir toute les subtilités de l'histoire).
09:05 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Histoire, Mésopotamie





