04.04.2007
Politique et franc-maçonnerie (2) - des maçons engagés
Plutôt que de lister des francs-maçons engagés par ordre alphabétique ou par thématiques, je reviendrai - pour voir y avoir invité dans le premier volet de cette étude - sur le postulat que j'avais émis précédemment. Lorsque j'affirme que "l'idéal maçonnique est contextuel (même si perdurent en lui des valeurs dites universelles) et déterminé selon la culture propre à chaque individu", ceci est plus qu'une vaine affirmation, une croyance, mais le résultat d'une vaste interrogation sur ces maçons et maçonnes ayant milité au-delà et dans les loges.
Ainsi, questionnons-nous si l'idéal maçonnique est la cause d'un engagement ou la conséquence de la démarche initiatique ?
La devise : Liberté, Egalité, Fraternité - que nous connaissons bien en France pour être inscrite aux frontons des mairies françaises - fut intégrée à certaines batteries rituelles. Elle reprend ce que je nomme valeurs dites universelles.
Dans ses Constitutions, Anderson demandait que le maçon soit "libre et de bonnes moeurs". La liberté est aux balbutiements de la démarche initiatique. Mais cette liberté ne se définit pas que de manière formelle. S'il faut être libre de toutes tutelles quant à son propre individu, que dire de cette liberté spirituelle qui repousse les dogmes, les superstitions, l'esclavage de la pensée unique dont le XXe siècle nous en aura démontré toute l'horreur ? Plus conceptuellement, la liberté n'est pas qu'un droit de nos sociétés occidentales et démocratiques, c'est une raison d'être contre ce qui nous constitue et ce qui nous entoure. C'est un combat perpétuel entre nos chaînes et l'Esprit. A ce titre, la liberté fonde notre volonté d'Etre sur l'étant dans la perspective du Dasein (tel qu'il est exprimé par M. Heidegger dans son livre Sein und Zeint).
Egalité maintenant dans la mesure où le genre humain - quel que soit ses composantes culturelles, ethniques, religieuses, sexuelles - est un tout qui méconnaît une inégalité en soi. S'il existe des inégalités en fonctions par rapport à la situation originelle de chacun, la société - en corps constitué - doit résorber celles-ci. C'est la compréhension universelle de la concorde civique qui tenait autant à la cité romaine qu'elle s'inscrit dans des philosophies politiques dites "égalitaristes" telles que dans la conception de l'american way of life ou dans notre bonne vieille République. La franc-maçonnerie - en tant que société - reprend cette égalité en soi mais connaît, comme dans toutes sociétés, une inégalité en fonction.
La fraternité est au coeur de l'idéal maçonnique. Si la liberté s'entend individuellement et que l'égalité correspond à un universalisme, la fraternité tend à cimenter (ça tombe bien) la pierre à l'édifice. Si nous nous entendons comme des hommes libres car individus spirituels (et donc insaisissables, immatériels), égaux dans une société donnée et normée par la volonté collective, nous sommes frères car reliés par un au-delà : l'idéal maçonnique.
Or cet idéal demeure contextuel ; selon qu'il s'entend dans le profane ou dans le sacré. 
Pour bons nombres de maçons, la frontière entre profane et sacré est ténue, voir inexistante. Si la liberté a conduit un individu vers une démarche initiatique, l'égalité et la fraternité s'édifient comme les piliers du genre humain supportant ce toit spirituel, plus ou moins concret, dans l'au-delà. Pour ces maçons, la franc-maçonnerie n'est plus une société mais bien une proto-société aux balbutiements de l'Idéal. Plutôt que de parler de franc-maçonnerie "politique", c'est une maçonnerie révolutionnaire (au bon sens du terme). Il ressort de la démarche initiatique, une compréhension d'un Absolu qu'il faut apporter au plus grand nombre lorsque celui-ci saura l'entendre. D'où l'ingérence dans le débat public de francs-maçons qui estiment que le contexte est propice à la diffusion d'idées qui ne sont pas, à proprement parlé, maçonniques. C'est le cas du combat pour une laïcité orthodoxe que défend le Grand Orient sans que celle-ci n'appartienne à l'idéal, aux moeurs, à la compréhension même de la franc-maçonnerie. Si la franc-maçonnerie n'est pas religieuse et défend, de ce fait, un adogmatisme en loge. Le propos "laïcard" est totalement inexistant des textes et bien franco-français. Parmi les francs-maçons célèbres, Abd El Kader était certes défenseur de l'Algérie contre le colonisateur français mais n'était pas moins le représentant d'une école religieuse.
Pour conclure, je ne pense pas qu'il existe un idéal maçonnique qui oblige l'individu à s'engager dans la vie publique. Depuis la nuit des temps, les hommes se partagent selon leur compréhension du monde. Elle peut être interprétative ou littéraliste, spirituelle ou matérielle. Il existe des maçons qui sont venus en maçonneries par leurs engagements, d'autres qui en trouvent par leur démarche initiatique. C'est là toute la question entre l'Etre et l'Agir et, plus exactement, la marge de ces deux concepts contradictoires qui nous font homme.
Illustration :
fig. 1 : Portrait de Prouhdon, philosophe célèbre et franc-maçon.
fig. 2 : Illustration de la devise de l'armée républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort"
fig. 3 : Portrait de l'émir Abd El Kader peint par Ange Tissier.
Partenariat :
16:10 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Politique, Heidegger





