03.01.2008

La spiritualité maçonnique

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La spiritualité maçonnique ne saurait être unique, dogmatisée comme il peut en être pour les religions révélées. Plusieurs interprétations, écoles de pensées, apports divers et variés, complexifient cet universel qui relie les branches de la franc-maçonnerie entre elles. S'il aurait été plus juste sage de "spiritualités maçonniques" avec la marque circonspecte du pluriel et en faire un décompte scientifique, la rigueur intellectuelle m'impose toutefois de l'étudie au singulier, dans l'absolu, afin d'esquisser un cadre assez large pour qu'il appelle le plus infime des détails. Les lecteurs pardonneront mon propos fort introductif mais ce sujet appelle plus un essais qu'un article forcément lapidaire.
1. Spiritualité et franc-maçonnerie
Le spiritualité s'entend communément comme la qualité de ce qui attrait à l'esprit (au spirituel). Elle est, par définition, la sphère intime de l'immatériel sur laquelle se greffe une perception du monde. Perception qui n'est pas fondamentalement systémique, figée sur la raison, une croyance ou - plus largement - un postulat de réalité. Mais si l'on associe la spiritualité à une philosophie quelconque, cette perception se meut en idée du monde indubitablement réfléchie et conceptualisée.
La franc-maçonnerie n'est certes pas une philosophie mais s'édifie telle une démarche initiatique portant avec elle l'identité du sujet et, par cela-même, son idée du monde. La somme des individualités en une collectivité d'individus a su favoriser l'émergence de ce que nous appelons "tradition" mais que j'aurai tendance à dénommer "système" pour qu'il soit coordonné par une loi (ou entendue comme telle).
Née en occident, forgée par la philosophie théiste, la franc-maçonnerie ne pouvait être inspirée que par la Bible et une mythologie inhérente à celle-ci.
En effet, les "pères fondateurs" de la franc-maçonnerie étaient des pasteurs éclairés par la philosophie libérale et par l'avènement des Lumières. Dans ce contexte philosophique, les choses de l'esprit ne dépassaient pas encore le cadre du religieux. La spiritualité maçonnique s'entendait alors sur une idée du monde que l'on peut qualifier de "théocentrée".
Toutefois, il serait faux d'affirmer que la spiritualité maçonnique est chrétienne (tant par le système qui la gouverne que dans l'idée du monde qui la meut). Que ce soit le mythe de Hiram développé par le Chevalier de Ramsay aux élucubrations du pasteur Anderson, la référence biblique se voit détournée, interprétée vers une perspective plus large : le noachisme. Forme de panthéisme, le noachisme - qui se veut être la foi de Noé - est une spiritualité initiatique basée sur la perception du sacré plutôt que sur la réponse au dogme.
Perception du sacré qui unit toutes les spiritualités maçonniques dans la mesure où celles-ci entendent la loi à l'origine du système initiatique comme fondateur et au-delà de la fondation de l'être en soi. C'est un absolu.
2. Les spiritualités maçonniques
Chacune des spiritualités maçonniques perçoit le sacré d'une manière différente. Ce qui forme leur unité fait également leurs différences et c'est sur cette base que je vais les traiter.
Je différencie deux formes de spiritualités maçonniques : la franc-maçonnerie occultiste et la franc-maçonnerie philosophique. Evidemment, ces "catégories" contiennent plusieurs branches mais - comme je l'ai écris précédemment - mon propos ne se veut qu'introductif.
A. La franc-maçonnerie occultiste
La spiritualité maçonnique - d'après le spectre de l'occultisme - est certainement la plus plaisante à traîter car riche de personnages hauts en couleurs et signes intriguants. Cependant, elle est décevante d'un point de vue intellectuel. Elle entend le sacré - et par là même la démarche initiatique - comme une réalité autre dont on peut se rapprocher par la gnose et agir dessus grâce à l'intermédiaire des sciences divines. Ainsi, il n'est pas étonnant que l'alchimie, la magie et autres pratiques s'est immiscée dans des rites maçonniques de cette tendance.
B. La franc-maçonnerie philosophique
Par philosophique, il faut entendre que la perception du sacré s'établit sur une philosophie. A ce titre, Georg Wilhem Friedrich Hegel, Auguste Comte, Henri Bergson et bien d'autres ont su influencer leur époque concevant le sacré selon la pertinence de leurs pensées. En terme général, on peut émettre le postulat que la franc-maçonnerie philosophique conçoit le sacré de manière conceptuel (c'est-à-dire la sphère de l'Esprit). C'est de loin la spiritualité maçonnique la plus répendue dans l'hexagone.
Conclusion
La spiritualité maçonnique comme nous venons de le voir a eu besoin de mythes fondateurs pour élaborer son sytème rituel et accentuer en gravité la démarche initiatique qui lui est inhérente. Que se soit Noé et son arche, le Temple de Salomon ou Hiram, ils forment une représentation symbolique de ce que nous nommons "sacré" en différence au profane. 

27.11.2007

Les Grandes énigmes de la Franc-maçonnerie (Ph. Benhamou)

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"Croyez-vous vraiment tout savoir sur la franc-maçonnerie? 

Trois siècles après la fondation de la première grande loge à Londres, en 1717, tout semble avoir été dit, raconté et écrit sur la franc-maçonnerie. 

Pourtant, celle-ci fait toujours autant travailler notre imagination.

Pour le meilleur... et pour le pire! Son caractère discret et même secret favorise l'éclosion des rumeurs les plus folles:

  • La franc-maçonnerie, une invention des Templiers?
  • Rosslyn Chapel, premier temple maçonnique?
  • La Révolution française, un complot maçonnique?
  • La Flûte enchantée, un opéra à clés?
  • Les Protocoles des Sages de Sion, un manifeste judéo-maçonnique?
  • La franc-maçonnerie, une secte satanique?
 

Derrière la légende « noire» de la franc-maçonnerie se cachent parfois une part de vérité et, plus souvent, une bonne dose de fantasme et d'affabulation. 

Ce livre retrace l'origine des légendes qui parsèment l'histoire de la franc-maçonnerie. Des commanderies templières à la pyramide du Louvre, il démêle le vrai du faux et propose des pistes pour éclairer les questions restées sans réponse jusqu'à aujourd'hui. 

Amateurs de mystères, la vérité dépasse la fiction !"


A la lecture de la quatrième de couverture (quelque peu racoleuse) du dernier livre de Philippe Benhamou, on pourrait croire avoir en main un titre de la fameuse collection noire de chez Robert Laffont, Les Enigmes de l’Univers, qui fit et fait encore les délices des amateurs de phénomènes "mystérieux z’et inexpliqués". 

A la lecture, on se trouve rapidement plongé dans un ouvrage qui, s’il n’apporte pas grand-chose de neuf sur les sujets qu’il traite, n’en est pas moins passionnant.  Le style est alerte, descriptif, parfois humoristique. On ne peut reprocher que quelques répétitions (agaçantes) et erreurs minimes. 

Ce livre n’intéressera bien entendu pas les anti-maçons virulents (pléonasme ?). Par contre, tant le profane intéressé par la chose maçonnique que le Franc-Maçon y trouveront matière à réflexion et, pourquoi pas ?, à recherche et approfondissement.
 
SDC
 
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24.11.2007

Histoire de la franc-maçonnerie aux USA

Pour avoir largement contribuer à l'article Franc-maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique sur l'encyclopédie libre Wikipédia, je me permets de reprendre l'essentiel de la partie historique qui m'a demandé des heures et des heures de travail. Car ce n'est pas dans la "tradition" de Jakin & Boaz de faire du copier/coller, les lecteurs du précédant article y verront une perception bien plus subjectif que l'encyclopédisme l'exige.

477b3aa371a6cc5da9fdcf2c4ac5b5ad.jpgLa franc-maçonnerie aux USA naît dans le Massachusetts. Quoi que les origines légendaires veulent qu'elle fût implantée au début du XVIIIe siècle, les historiens de l'Ordre préfèrent 1733 comme date de naissance officielle. Les origines légendaires de la franc-maçonnerie aux USA proviennent certainement d'une colonisation britannique - et française - décriée par les pères fondateurs et irrémédiablement traumatisante dans le début de "l'idéologie américaine" que Montesquieu conceptualisa par "l'égalité des conditions". Ainsi, la franc-maçonnerie américaine débuterait avec le début même de l'identité américaine et ce personnage : Jonathan Belcher. Il est essentiel de s'arrêter un instant sur cette homme qui deviendra gouverneur du Massachusetts de 1730 à 1741. Celui qui aurait été initié à Boston - dans une "loge occasionnelle" - en 1704 deviendra célèbre dans l'Histoire pour se rendre à Londres (en tant que membre de la Chambre des Représentants de la province) contre la perception permanente de la couronne anglaise. Un début de révolution et une compréhension très nationale de l'histoire de l'Ordre.

La légende voudrait surtout que les premiers francs-maçons se soient réunis à Boston en 1720 dans la King's Chapel mais le manque de sources crédibles ne permettent pas d'affirmer cette version. Effectivement, le premier document attestant la présence maçonnique dans le "Nouveau Monde" date du 30 juillet 1733 et relate la nomination du Grand Maître provincial d'Amérique du Nord Henri Price par le Grand Maître d’Angleterre d'alors le victome de Montagu. La première loge se réunit ainsi à la taverne "La Grappe de raisin" sur King Street, à Boston toujours. La franc-maçonnerie américaine est née autour de la Grande Loge de Saint John, quoi que sa souveraineté limitée n'échappe pas au contexte historique. Dès 1734, Benjamin Franklin imprimera les Constitutions d'Anderson affirmant ainsi la portée de la franc-maçonnerie dans la colonie. Le 24 juin de la même année, il sera nommé Grand Maître de Provincial de Pennsylvanie et motivera la première volonté d'indépendance à la couronne britannique dans le cadre maçonnique.

Mais la franc-maçonnerie américaine est toujours inféodée au "Vieux Continent". La Grande Loge d'Écosse crée en 1752 la loge Saint Andrews (qui sera elle-même aux balbutiements de la Grande Loge du Massachusetts en 1759). D'autres Grandes Loges s'implanteront en Amérique. L'opposition entre Anciens et Modernes en sera d'ailleurs nourrie. La Grande Loge de Saint John était résolument dans le camp des Modernes alors que la Grande Loge du Massachusetts, dans celui des Anciens. Cette opposition maçonnique reflète une opposition historique. La Grande Loge de Saint John, à Boston, réunissait la bourgeoisie locale et aspirait largement à l'indépendance. Alors que sa rivale restait fidèle au Royaume-Uni, essentiellement composée de soldats (majoritairement irlandais) envoyés par la couronne britannique.

De cette date jusqu'à la guerre d'indépendance, les francs-maçons américains resteront largement divisés.

Parmi les 56 signataires de la déclaration d'indépendance de 1776, 50 environ auraient été francs-maçons. Benjamin Franklin vint à Paris en tant que "Ministre plénipotentiaire des États-Unis d'Amérique septentrionale" où il devint de 1779 à 1781 Vénérable Maître de la loge les Neuf Sœurs qui organisa le soutien français à la cause américaine. Parmi les franc-maçons français, le marquis de La Fayette, jouera un rôle notable dans la guerre d'indépendance. Profitant du conflit, la Grande Loge de Pennsylvanie déclarera se séparera officiellement de la Grande Loge d'Angleterre en 1778. Après la guerre, le système des Grandes Loges à juridiction exclusive sur le territoire de chaque état de l'Union fut établi. Il posa quelques problèmes dans les états où co-existaient deux grandes loges ("ancienne" et "moderne"), mais il finit par s'imposer totalement au bout d'une vingtaine d'années.

En 1800, il y avait aux États-Unis 11 Grandes Loges, regroupant 387 loges et 16000 francs-maçons.

Le XIXe siècle est une époque à la fois trouble et lumineuse pour la franc-maçonnerie aux États-Unis d'Amérique avec des temps dramatiques autant qu'une augmentation signification des effectifs, du nombre d'ateliers et une certaine effervescence maçonnique.
C'est l'affaire Morgan qui marquera le trouble au sein de l'Ordre et vague d'antimaçonnisme sans précédant. En 1826, un certain William Morgan disparaît de Batavia, ville de l'État de New-York après avoir menacer d'exposer les secrets de la franc-maçonnerie. La découverte d'un corps non-identifié le 27 octobre 1827 déclenche des émeutes d'antimaçonniques. Sous la conduite du tribun Thurlow Weed, elles sont aux balbutiements d'un mouvement antimaçonnique qui portera le candidat aux élections de gouverneur général de l'État de New-York en 1830. Il s'en faudra de peu pour qu'il soit élu. De 1826 à 1846, la Grande Loge de New-York passera ainsi de 500 à 65 loges.
La franc-maçonnerie américaine reprit cependant sa progression et en 1850, elle comptait 28 Grandes Loges, regroupant 1835 loges et 66000 francs-maçons.
A l'exception en effectif, il nous faut aussi constater une expansion des rites. Au premier titre desquels, on retrouve le41b1b04ce8489e86790662d55c92f082.gif REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté) qui - certes crée par Etienne Morin (un français vivant dans les Caraïbes) - sera  développée par Henry Francken, Moses Hays et Joseph Myers pour que naisse la Suprême Conseil de la Juridiction Sud à  Charleston en 1801. Albert Pike travaillera sur l'édifications des rituels du 4e au 32e degré en 1853 pour qu'à la fin du XIXe siècle le rite acquiert sa forme actuelle. Le Rite d'York sera lui aussi synthétisé et développé par des francs-maçons américain dans le courant à la fin du XVIIIe siècle et dans le courant du XIXe siècle ce qui démontre le lourd et le grand travail des frères outre-Atlantique.  

Mais ce sera la Guerre de Sécession qui viendra de nouveau créer la division au sein de la franc-maçonnerie américaine. La franc-maçonnerie était aussi bien implantée chez les confédérés que chez les abolitionnistes avec une opposition frontale entre les deux parties. Si des francs-maçons américains célèbres - comme George Washington - étaient très clairement anti-esclavagistes, d'autres - comme Albert Pike - militaient dans l'autre direction.
Plutôt que de parler de la guerre elle-même - qui intéresse d'avantage les historiens - ses conséquences ont lourdement peser chez les frères. Autant qu'il put y avoir une conciliation entre Anciens et Modernes en Angleterre, la franc-maçonnerie américaine s'est entièrement dépolitisée à la suite de ce conflit traumatisant dans son histoire. Ceci explique certainement cela.

Pour poursuivre l'étude :

Edit :
Un article spécialement consacré aux loges Prince Hall sera publié pour le dossier du mois de février "Franc-maçonnerie et minorités".

15.11.2007

Hiram et après ? (Collectif, Jiri Pragman dir.)

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"Ce jeu rituel montre que le travail sur un mythe - celui d'Hiram - peut prendre une consonance très actuelle... Ici, des travailleurs reviennent des funérailles de Maître Hiram et débattent de sa succession. Ces échanges amènent à (se) poser des questions sur le chantier du Temple de Salomon mais aussi sur le fonctionnement démocratique de la société, la gestion de la Cité et le fonctionnement de la Loge elle-même.

Le jeu apporte également une réflexion sur la parole perdue et sur la transmission.

Ce premier Carnet d'Hiram est complété par des informations et réflexions sur le mythe d'Hiram et son meurtre, leur utilisation en Franc-Maçonnerie, et par plusieurs textes de référence."

 

"Hiram et après ? " est ce que je qualifierais d’O.L.N.I. : un Objet Littéraire Non-Identifié.

Est-ce une pièce de théâtre maçonnique ?  Oui, mais c’est plus que ça.

Est-ce une réflexion sur la démocratie ?  Oui, mais ce n’est pas tout.

Est-ce un travail sur le mythe d’Hiram ?  Oui, mais pas uniquement. 

Ce curieux petit livret est tout cela à la fois. Très bien écrit, surtout dans la partie plus théâtrale, il nous propose un aperçu complet du mythe d’Hiram en Franc-Maçonnerie et des textes bibliques sur la construction du Temple de Salomon. 

Seul bémol, les citations longues et envahissantes (pratiquement la moitié du texte à certains endroits), comme si les auteurs, qui ont pourtant un indéniable talent littéraire, craignaient de dénaturer le propos en le réécrivant. 

Que dire au final ?  Que c’est un livre à lire et qu’on attend de voir la suite de la série.
 
SDC 
 
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02.11.2007

Quel avenir pour la franc-maçonnerie aux USA ?

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Boston est probablement le centre de l'identité américaine. Quiconque a entendu parler de ce morceau d'Amérique garde en souvenir la Boston Tea Party (1773), prémice de libération contre l'Empire britannique. La ville fondée en 1630 par ces mêmes puritains qui fuyaient le vieux continent devint le centre culturel et intellectuel d'un nouveau monde et, forcément, d'un homme nouveau. La ville inspira bon nombre d'écrivains, de penseurs et de scientifiques. Aussi, nul ne s'étonnera que la franc-maçonnerie américaine y est née et qu'elle compte encore de nombreux frères dans la ville historique.
Mais au-delà de l'Histoire, c'est bel et bien l'avenir qui est compromis pour l'Ordre. Si Boston ne cessera probablement jamais d'être ce qu'elle est, on peut s'interroger sur la franc-maçonnerie américaine tant dans son devenir que dans son identité. 
Car un premier constat s'impose : la franc-maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique a perdu en l'espace d'un demi-siècle près de la moitié de ses membres. De plus de quatre millions dans les années 60, elle atteint péniblement un million et demi de frères aujourd'hui (source MSA, Paul Bessel). L'âge moyen en loge se situerait entre 60 et 70 ans dans la quasi-totalités des Etats. La logique mathématique annoncera-t-elle la fin de la franc-maçonnerie aux Etats-Unis d'Amérique ?
Il faut toutefois rester circonspect en présence de tels calculs car ils ne prennent pas en compte la franc-maçonnerie dite libérale en pleine expansion (quoi qu'elle demeure toujours singulière), la franc-maçonnerie "noire" qui appartient à cette classification et la fameuse "co-masonry" : terme générique qui désigne autant les ordres paramaçonniques pour femmes (à l'exemple de l'Eastern Star) que la franc-maçonnerie féminine à proprement parlée. Aussi, si les statistiques sont déficients, il n'en demeure pas moins que la franc-maçonnerie américaine régresse considérablement.
Bien conscients de la situation, les frères de l'autre côté de l'Atlantique tentent d'endiguer le typhon en accentuant les moyens de recrutement. Vu de l'hexagone, faire de la publicité pour l'Ordre s'apparenterait à du prosélytisme. Mais, dans le pays des mille religions et autant de chaînes de télévision consacrées aux divers communautés (ethniques, religieuses, professionnelles, etc...), il est bien normal de passer dans les salles de cinéma, de placarder des affiches en centre ville, d'acheter de l'espace publicitaire entre les programmes télévisés, de créer des sites internet pour faire la promotion de la vieille confrérie souvent ringardisée.
Des exemples étayent cette triste réalité. A cite souvent à ce titre le site internet de la Grande Loge du Massachusetts : Ask A Freemason conçut sur le même modèle que ses homologues catholiques, israélites, protestants, musulmans etc... Plus anecdotique peut-être, souvenez-vous de ce sponsor automobile curieux : le Scottish Rite (correspondant au Rite Ecossais Ancien & Accepté) sur un nascar.
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Mais ces efforts de recrutement interviennent peut-être tardivement car les causes du dédain populaire sont aussi nombreuses qu'incompréhensibles dans un pays durablement marqué par l'Ordre.
Père fondateur de la nation, Georges Washington est le premier des 14 présidents ayant été francs-maçons. Des symboles américains jusqu'à la Constitution du pays, une nette influence de la franc-maçonnerie s'y fait ressentir. Un certain déisme étatique, une doctrine libérale, le rapport à la patrie jusque dans son expression dans les mythes et la culture populaire américaine qui, dans une interprétation très anglo-saxonne de l'Ordre, demeurent au centre des valeurs traditionnelles. D'où son succès chez les WASP (white american anglo-saxon protestants) proches de l'électorat républicain. Nul ne s'étonnera que Homer Simpson (représentant de la bofitude américaine) se voit initier dans la société des "tailleurs de pierre" au cours de cet épisode d'anthologie : Homer le Grand.
A force d'être entendue comme une force conservatrice, la franc-maçonnerie a été rejetée par les élites intellectuelles du pays et la classe moyenne. Ségrégationniste durant de la ségrégation, patriotique à l'extrême quand cette valeur s'effondra dans l'opinion populaire, communautariste alors  que le communautarisme était décriée par une élite bien pensante, la vieille confrérie fut en décalage avec les générations ou absente de ses combats. Reprise par la subculture, décriée par les pontes de la théorie du complot, dogmatique à son paroxysme, la franc-maçonnerie américaine ne pèse plus lourd dans le débat d'opinion et encore moins sur les consciences.
Lorsque l'on parle de l'avenir de la franc-maçonnerie américaine, un comparatif s'impose avec la franc-maçonnerie "européenne". Jamais dans l'histoire, le nombre de frères et de soeurs n'a croît à ce point dans le vieux continent. Ce n'est pas le fait d'une facilité "libérale" (comme on peut l'entendre dire) mais bien d'un regain d'intérêts pour l'Ordre. Si l'on estime que le XXIe siècle est une période qui marque l'essoufflement de la franc-maçonnerie dans la vie politique européenne, il n'en demeure pas moins qu'elle s'illustre encore comme une école de pensée, un laboratoire d'idées incomparable. Evidemment, on peut le contester, l'amoindrir ou le nier mais, en parallèle, le cousin d'Amérique se réduit doucement à peu de chagrin alors qu'il abandonne doucement la société qu'il a lourdement bâti. Les efforts de recrutement entrepris sont, souvent, au détriment du symbolisme et de la démarche initiatique en soi. Ainsi, il possible dans certaines grandes loges américaines de devenir maître en un jour ! Démentiel ? Non, tout simplement un signe de détresse dans un Ordre qui n'a que deux choix : se transformer pour mieux convenir à la société qui est la sienne ou renouer avec des valeurs (tolérance, fraternité, liberté) et la démarche initiatique qu'il a - somme toute - oublié.  
Pour poursuivre l'étude :

24.10.2007

La critique d'Occultistes et francs-maçons (J.Cécius)

Dans un article précédant, je vous annonçais la publication du livre de Jacques Cécius Occultistes et francs-maçons. SDC vous en fait à présent la critique :

728107693e8bcd549d505b8a7d724062.jpg"Quels seraient les liens entre l’occultisme et la franc-maçonnerie ?  Les grandes figures de l’occultisme étaient-elle membres de la Fraternité maçonnique ?  Et certains francs-maçons – et non des moindres – n’ont-ils pas flirté avec certains mouvements occultistes ?"

Voilà en quelques lignes (extraites de la 4ème de couverture), les questions essentielles auxquelles Jacques Cécius se propose de répondre à travers son nouvel ouvrage Occultistes et francs-maçons.  Pour ce faire, il nous brosse à grands traits les portraits des principaux occultistes des 19ème et 20ème siècles.  Occultistes qui furent en marge de la franc-maçonnerie, comme Helena Petrovna Blavatsky, Charles Webster Leadbeater ou Rudolph Steiner, pour ne citer qu’eux, ou qui furent réellement des Frères ou des Sœurs, comme Annie Besant, Oswald Wirth ou Robert Amadou.  L’auteur nous invite, à travers la vie de ces personnalités, à voyager dans ces galaxies de l’Etrange que sont la Société théosophique, l’Eglise gnostique et autres Rosicruciannismes. 

Il n’est pas facile de critiquer un livre dont on connait (un peu) l’auteur, surtout lorsque c’est une personne que l’on apprécie, tant on craint d’être trop complaisant ou trop sévère.  Jacques Cécius nous propose des portraits, parfois tracés au vitriol (sans jeu de mots) de Personnages (le P majuscule s’impose ici) inquiétants, délirants ou attachants, mais toujours intrigants.  Il ne peut cacher son admiration pour certains, ni sa répugnance pour d’autres, et c’est là sa grande réussite.  Loin de nous assommer avec de longues tirades ampoulées ou de froides définitions, il fait revenir à la vie devant nous, au fil des pages, ces femmes et ces hommes…  du spiritisme littéraire en quelque sorte. 

Je n’ai qu’un regret, c’est la pléthore de citations, certains passages faisant penser à un «cadavre exquis».  Connaissant la rectitude proverbiale de l’auteur, son but n’est nullement de «pomper» d’autres écrivains, mais bien de nous donner une information exacte. 

En résumé, Occultistes et francs-maçons est un excellent ouvrage, accessible à tous, qui mérite d’être lu tant par les profanes que par les Maçons. 

P.S.  Le texte de la page 215 est de toute beauté.  Merci, Jacques, pour ces quelques lignes plus personnelles.

SDC

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11.06.2007

Comment devient-on franc-maçon ?

La question : "Comment entre-t-on en franc-maçon ?" m'a été plusieurs fois posée par des lecteurs du blog Jakin & Boaz. Une fois n'est pas coutume, je donnerai à mes réponses une version achevée. Elle se destine à ceux qui souhaitent intégrer l'Ordre avec bonne foi mais aussi dont le doute et le nombre des lectures poussent parfois à jeter l'éponge. Evidemment, la franc-maçonnerie n'est pas fraternité prosélyte et ne souffre d'ailleurs pas d'un manque de recrutement (du moins en Europe). N'interprétez pas ce petit guide comme la promotion d'une obédience plutôt qu'une autre, d'un rite plutôt qu'un autre, mais comme une invitation objective pour les profanes - s'apprêtant à franchir le cap - à s'interroger justement sur leurs motivations, leur démarche initiatique et leur éviter de jeter l'éponge par manque d'informations. C'est sur cette première étape que je commencerai.

Etape 1 : S'interroger

Je commencerai mon article par une généralité : on y entre lorsqu'une certaine maturité intervient ou un besoin l'exige. N'entendez pas par "maturé" un facteur élitiste qui réserverait la franc-maçonnerie aux vieux sages ou aux universitaires mais bien une "maturité" psychique. En cela, il faut avoir le recul suffisant pour ne pas comprendre ce qu'est la franc-maçonnerie et ce qu'elle vous apportera. On n'entre pas en franc-maçonnerie comme dans un club ou comme dans une association "ordinaire". Besoin maintenant car si la franc-maçonnerie est exigeante, il faut que vous ayez une aspiration à y entrer. La franc-maçonnerie vous coûtera du temps car l'assiduité et les déplacements sont nombreux et elle vous obligera à un travail d'introspection. De surcroît, la capitation (la "cotisation") n'est pas dérisoire. Ne voyez pas cela comme un rapport gagnant-gagnant (on ne gagne rien à être franc-maçon si ce n'est du travail supplémentaire) mais bien comme un sacrifice nécessaire pour atteindre autre chose. Quel est cet "autre chose"? C'est à vous de le définir selon vos attentes et vos implications.

Etape 2 : Quelle obédience ?

Une fois le stade du questionnement franchi, il faut savoir où vous mettez les pieds. Si malheureusement on ne choisit pas toujours ses frères et/ou ses soeurs, inévitablement vous devez avoir une certaine cohésion dans votre démarche sinon vous serez très vite déçu(e). Selon vos exigences, votre aspiration, votre engagement, votre genre, vous serez amenés à entrer dans une obédience. Sans stéréotyper les différentes obédiences, certaines constances m'amènent à dresser le tableau suivant. Evidemment, je ne peux pas vous parler de toutes les obédiences car, non seulement elles sont nombreuses en France, il faudrait aussi aborder celles à l'étranger. Je vous livre là qu'une mosaïque simplifiée avec quelques exemples :

  • Franc-maçonnerie "régulière" : réservée aux hommes, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle se destine plutôt aux théistes car le franc-maçon prête serment sur un volume de la Loi Sacrée et entendra dans le Grand Architecte de l'Univers (GADLU) une équivalence conceptuelle à Dieu. Sachez toutefois que la franc-maçonnerie régulière ne reconnaît pas officiellement les initiations pratiquées dans les autres franc-maçonneries.
    Exemples d'obédiences "régulières": Grande Loge Nationale Française (GLNF), Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB), Grande Loge Suisse Alpina (GLSA), etc ...
  • Franc-maçonnerie "traditionnelle" : théoriquement masculine, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle n'impose pas une vision dogmatique des symboles mais certains frères athées ou matérialistes pourraient s'y sentir mal à l'aise quant à la référence au Grand Architecte de l'Univers et à la présence des Trois Grandes Lumières (Equerre, Compas, Volume de la Loi Sacrée) sur l'Autel des serments. La franc-maçonnerie traditionnelle reconnaît toutes les autres franc-maçonneries et entretient généralement avec elles des rapports fraternels.
    Exemples d'obédiences "traditionnelles" : Grande Loge de France (GLDF), Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO, en France et à l'étranger), Loge Nationale Française (LNF), Grande Loge de Belgique (GLB), etc ... 
    Il existe également une franc-maçonnerie traditionnelle féminine et/ou mixte :
    - Féminine exclusivement : Grande Loge Féminine de France (GLFF), etc...
    - Mixte : Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (OITAR), etc...
  • Franc-maçonnerie "libérale" : elle aborde les thématiques politiques et sociales mais pas uniquement. Comme la franc-maçonnerie "traditionnelle", elle n'impose pas de vision dogmatique des symboles mais souvent le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée disparaissent des rites. La franc-maçonnerie "libérale" peut être :
    - Masculine exclusivement : Grand Orient de France
    (GODF), Grand Orient de Belgique (GOB), Grand Orient de Suisse (GOS), etc ...
    - Mixte : Fédération du Droit Humain (DH, en France et à l'étranger), Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), etc ...

Il existe bien plus de franc-maçonneries que ces catégories et bien plus d'obédiences que celles citées en exemples (celles-ci ont d'ailleurs des spécificités - outre l'implantation géographique - qui pourraient faire l'objet de plusieurs articles) mais pour ne pas complexifier tout cela, restons sur ce schéma. A ce propos, il se peut que vous soyez convié à visiter des sites d'autres obédiences plus petites que celles-ci. La taille et le nombre des membres ne veulent pas dire que ces obédiences ne sont pas sérieuses. Toutefois méfiez-vous, il existe des soi-disantes obédiences et ordres se réclamant de la franc-maçonnerie mais qui n'ont strictement rien à voir avec celle-ci et qui peuvent aisément être considérées comme sectes. Un bon moyen de vérifier la réputation des obédiences est tout simplement de voir si celle-ci appartiennent aux organisations internationales maçonniques (comme le CLIPSAS) ou qu'elles sont reconnues par d'autres obédiences de notoriété nationale.

Etape 3 : Quel rite ?

Une fois l'obédience choisie, reste à prendre en cause le rite pratiqué au sein de la loge. C'est là plus une dimension de spiritualité, d'attirance, plutôt qu'autre chose. Certains rites comme le RER (Rite Ecossais Rectifié) sonnent très christiques sans pour autant être chrétiens. D'autres comme le RFT (Rite Français Traditionnel) ou le REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté) le sont beaucoup moins. Le MM (Memphis-Misraïm) est plutôt ésotérique. Ceci est très schématique et, évidemment, bien trop succinct pour en faire un tableau. Je vous conseille vivement de vous renseigner sur les rites pratiqués au sein de l'obédience et celui de la loge dans laquelle vous serez amenés à recevoir la lumière.

Etape 4 : Entrer en franc-maçonnerie

Il existe en fait deux moyens pour entrer en franc-maçonnerie :

  1. Vous connaissez un franc-maçon (ou une franc-maçonne) qui se révèle à vous et vous invite à le (la) rejoindre. Dans ce cas, n'hésitez pas à lui poser le plus large éventail de question : sur son obédience, sur le rite qu'il pratique, sur sa loge. Si vous rencontrez le moindre doute - ou que vous souhaitez entrer en maçonnerie mais pas là où il (elle) est - n'hésitez pas à décliner courtoisement l'invitation mais de demander qu'il (elle) vous mette en relation avec des frères et/ou des soeurs dans une structure qui conviendra plus à vos aspirations.
  2. Vous ne connaissez aucun franc-maçon (ou franc-maçonne) et dans ce cas vous n'avez qu'une possibilité : écrire à une obédience (voir à plusieurs obédiences, si plusieurs conviennent à vos aspirations) afin qu'elle vous mette en relation avec un frère (ou une soeur) qui acceptera de devenir votre parrain (ou marraine). Je ne peux pas vous donner des conseils pour votre lettre mis à part de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité quant à vos motivations. Mettez y toutes vos tripes, votre coeur aussi et un peu de votre esprit.

Une fois ces quatre étapes franchises, il vous faudra faire oeuvre patience, de persévérance et surtout garder intactes la ou les raisons qui vous amènent à entrer en franc-maçonnerie car bien d'autres épreuves vous attendent et cela pendant tout votre parcours maçonnique.

Des élements de réponses avec :

07.06.2007

L'antimaçonnisme

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Traiter de l'antimaçonnisme est à la fois aisé et complexe. Aisé car les documents anciens jusqu'aux pamphlets contemporains ne manquent pas. Tracer une histoire de l'antimaçonnisme de ses origines à aujourd'hui sur des sources objectives serait un travail relativement facile tant les ennemis de la franc-maçonnerie sont nombreux et la verve à l'encontre de l'Ordre prolifère depuis des siècles. Mais justement, la complexité s'appuie sur cette difficile synthèse que la somme des critiques et la diversité de celles-ci obligent de faire. En effet, il n'existe pas un antimaçonnisme mais de multiples antimaçonnismes dont les motivations d'hostilité ne s'expliquent pas toujours dans un manichéisme agréable au plan intellectuel. Alors plus qu'une histoire de l'antimaçonnisme avec ces divers visages, je vais tenter de comprendre ce qui conduit, parfois, des individus à haïr la franc-maçonnerie sans jamais ne l'avoir côtoyer de près ou de loin.

Dans ces Réflexions sur la question juive, Jean-Paul Sartre expliquait qu'un individu, lisse sous tous rapports, aimant son prochain, intégré dans la société, modéré, peut être antisémite. L'antisémitisme serait alors un sentiment, allant du peu à la virulence passionnelle des fanatiques de toutes doctrines. Fort de ce constat - et à bien des égards - l'antimaçonnisme et l'antisémitisme sont des schémas psychiques quasi-identiques et la similitude des attaques envers les uns et les autres accréditerait la thèse de Sartre. Pourtant, si ce rapprochement existe dans les faits, les différences s'accroissent dans le fond. Il n'est pas impensable d'imager l'existence des francs-maçons antisémites et de juifs démontrant une franche hostilité envers à la franc-maçonnerie. Mais qu'est-ce qui distingue ces deux sentiments de la haine ?
Probablement car cette spécificité identitaire de l'homme juif (qui s'accepte ainsi par sa culture, son inconscient collectif, sa religion, etc ... ) ne peut s'appliquer au franc-maçon. S'il existe bel et bien une identité maçonnique car toutes spiritualités reposent sur une compréhension du Moi envers l'autre, on ne saurait mettre sur le plan d'égalité le fait de se comprendre comme juif et celui qui veut que l'on soit maçon. Evidemment, il y a une part culturelle à la franc-maçonnerie. Il y a même un inconscient collectif dont je peux en parler personnellement sachant que j'appartiens à la quatrième génération de francs-maçons dans ma famille. Mais c'est sur le point de vue religieux que le judaïsme et la franc-maçonnerie connaissent réciproquement leurs limites En effet, la franc-maçonnerie est une démarche initiatique, intime, privée, au seul regard des initiés et dans l'individualisation effective de la spiritualité.  Si l'on peut se comporter en franc-maçon dans la défense d'une institution (que ce soit l'Ordre dans son universalité ou dans le parti de son obédience), on ne se posera jamais comme garant de la démarche initiatique. Bien sur, il existe des tensions entre une maçonnerie dite régulière et une maçonnerie dite libérale dont l'épicentre du conflit se porte sur la définition du symbole du Grand Architecte de l'Univers (ou GADLU). Mais je confirmerai mon propos en argumentant qu'il s'agit bien d'un dogme (du grec δόγμα, croyance établie par une institution), il ne définit pas la démarche initiatique. Admettons que l'on comprenne le GADLU comme Dieu, la démarche initiatique pose l'individu selon sa propre spiritualité et l'engage à se porter vers un au-delà indéfinissable par nature. D'où le pourquoi, la franc-maçonnerie repose sur une culture chrétienne mais n'est pas christique.
Ainsi l'antisémite verra le juif dans ce qu'il présume être les facteurs de l'identité juive : les rapports communautaires, l'attachement à Israël, l'appartenance à une ethnie, à une religion, etc ... Alors que l'antimaçon confinera son sentiment d'hostilité à la franc-maçonnerie et aux francs-maçons dans ce qu'il n'est pas : un membre de l'Ordre, un initié.

C'est sur cette base que repose la majorité des antimaçonnismes. On reproche aux frères et aux soeurs l'aspect occulte de l'Ordre et des rites pour que les personnes qui y sont extérieurs d'esprit ou de fait méconnaissent. Ces liens indécelables qui tissent la fraternité paraissent également suspects.  La perception du complot est évidente pour l'antimaçon tant que tout ce qui ne transparaît pas s'illustre dans l'étrangeté. Que dire de plus sinon qu'il y a un rapport des peurs endémiques à l'humanité envers l'inconnu ? L'antimaçonnisme - pour être doctrinal - est l'exacerbation de ces peurs sur une logique d'appartenance ou, plutôt, de non appartenance formant un sentiment, un sentiment dont l'histoire a prouvé qu'il pouvait être assassin.

 

Pour poursuivre l'étude :

15.05.2007

Peut-on être musulman et franc-maçon ?

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Suite à un dossier (déjà ancien) sur l'Express, je m'interrogerai dans cette étude si l'on peut être musulman et franc-maçon ? La franc-maçonnerie, depuis le 15 juillet 1978, a été officiellement condamnée par l'ICJ (Islamic International College) faisant des musulmans francs-maçons des apostats. Si j'ai décidé de placer cet article sous forme de question, et dans la rubrique religion, c'est essentiellement dans l'optique de la foi musulmane et de cette double appartenance qui concernent de nombreux frères et soeurs en France et à l'étranger.

La franc-maçonnerie souffre de son passé en terre musulmane.

Implantée par les occidentaux dès 1738 en Turquie (Izmir), elle sera dans sa première décennie presque exclusivement réservée aux chrétiens (et plus minoritairement aux juifs). Il en va de même en Egypte où elle débarque en 1798 avec les armées napoléoniennes et même le colon britannique en Inde - quoi que l'Ordre existait depuis 1728 dans le sous-continent - n'initiera le premier indien qu'en 1775. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que les colonisateurs ou occidentaux vivant en exil consentent à initier les autochtones. Dans l'Empire ottoman, les lois libérales de 1865 favoriseront l'expansion de la maçonnerie. Le sultan le sultan Mehmed Mourad V sera d'ailleurs reçu comme un bon nombre d'intellectuels, militaires et politiciens occidentalisés. Des loges se netterront à parler turc et des frères francophones de toutes confessions se réunissent dans la loge l'Union d'Orient créer par Louis Amiable. Mais l'arrivée au diwan de Abdoulhamid II (1876 à 1909) freinera cet élan pourtant si prometteur.
696c2faa761052efdddc1103b5899310.jpgOn aurait pu penser, naïvement, que la franc-maçonnerie française si active au XIXe siècle, si politisée, aurait favorisé l'échange culturel dans l'empire colonial. On aurait pu le penser mais il s'avère qu'en Algérie, Maroc et Tunisie, les musulmans sont rares dans les ateliers. L'initiation de l'émir Abd-El-Kader en 1864 sera une exception à la ségrégation en vigueur. D'ailleurs, il ne sera pas initié en Algérie (là où était son combat) mais bien en Egypte, à Alexandrie. D'autres élites auront les clés du temple mais dans cette singularité qui ne permet pas d'affirmer que la maçonnerie s'ouvrit au monde musulman et encore moins à sa société. Egypte, disais-je, dont la pratique maçonnique souffre du même apartheid que l'époque imposa entre occidentaux et autochtones.
Evidemment, dans certaines régions comme l'Iran, la franc-maçonnerie aura son âge d'or au XXe siècle. Jusqu'en 1979, elle se porte plutôt bien dans ce pays.  Il faut dire que les élites occidentalisées sont nombreuses, le poids des ayatollah se réduit et, par des circonstances historique, elle n'est pas assimilée comme "chrétienne" ou "occidentale". Des confréries, que l'on nommerait aujourd'hui "paramaçonniques", font le pont entre la spiritualité "traditionnelle" et l'Ordre. C'est le cas de la Anjouman-i oukhouwwat qui mêle soufisme aux rites maçonniques. Son fondateur Zahir al-Davla sera aux balbutiements de la "refondation" (il s'avère que quelques loges militaires furent implantés dans l'Empire Perse au XIXe siècle) et rejoindra avec plusieurs de ses disciples le Réveil de l'Iran (loge fondée en 1907 par une patente du GODF). En Turquie, la franc-maçonnerie est porteuse de valeurs. Avec la victoire des Jeunes-turcs en 1909, l'Empire les loges en sommeil rouvrent dans l'Empire ottoman. Mais aussi, et comme en Iran, la Turquie va adapté la franc-maçonnerie à la mystique soufiste et à la culture nationale en créant par exemple un "rite turc" comme il existe un "rite français".
Ainsi le XXe siècle est le temps de la consolidation au Makrech, mais de la mort annoncée de l'Ordre au Maghreb. Réaction envers le colonisateur ? C'est le cas au Maroc où la maçonnerie connut son sommeil pour renaître de ses cendres en 1961, arabisée mais désormais fière de sa proximité avec l'occident. La franc-maçonnerie est aussi victime du panarabisme. Nasser l'interdit en 1962 et que dire des autres dictatures où l'appartenance à l'Ordre vaut la peine de mort... Même la franc-maçonnerie a une visibilité en Turquie, au Liban, au Maroc, en Afrique subsaharienne et dans le sous-continent indien, les francs-maçons Jordaniens et Syriens doivent se cacher. L'Ordre est bien minoritaire dans ce monde musulman pour souffrir de l'obscurantisme des régimes en place mais également  de l'antimaçonnisme virulent de certaines autorités musulmanes qu'elles soient sunnites ou chiites.

Mais loin de la pression sociale, politique et religieuse de ces pays, nombreux musulmans en occident rejoignent  nos loges donnant raison à l'Histoire et aux ponts qui ont été jetés entre deux traditions bien différentes dans la nature (la franc-maçonnerie n'étant pas une religion) mais si similaires dans le fond.

Alors peut-on être musulman et franc-maçon ?

La franc-maçonnerie, par son histoire et ses influences, est largement basée sur une mystique judéo-chrétienne et s'inscrit dans un système symbolique très indo-européen.
A première vue, des musulmans pourraient se sentir assez mal à l'aise avec ses références ; mais à première vued4d7c9c12bc402668efe66f36b390e9e.jpg seulement. La franc-maçonnerie n'impose pas une spiritualité mais développe des outils symboliques pour y accéder et pour y répondre. Ainsi, les outils peuvent faire l'objet d'un rapprochement avec l'islam. Le Temple a une signification symbolique équivalente avec la Ka'aba. Tout comme lui, elle est construit par l'homme (Abraham et son fils Ismaël en l'occurrence) et Dieu s'incarne dans cette édification dont il est lui-même architecte (la Pierre Noire a l'angle oriental de la Ka'aba aurait été donnée par l'ange Gabriel à Abraham). Mais aussi sel, lune, soleil, pavé mosaïque, voûte étoilée et bien d'autres se retrouvent ainsi tant dans l'Ordre qu'ils prennent tout leur sens en islam.
Quant aux références à la maçonnerie opérative, la civilisation islamique a prouvé par l'histoire la haute technicité de ses corps de métiers et son attachement à l'architecture. Apprentis, compagnons et maîtres maçons appartiennent encore aux sociétés musulmanes et cela bien avant l'avènement de cette religion. Egalement, l'islam synthétisa à sa doctrine une myriade de traditions issues du paganisme et des religions antérieures : mazdéisme, judaïsme et christianisme. De ce fait, cette religion n'est pas étrangères aux valeurs de l'autre - quelqu'il soit - et connaît des proximités spirituels avec tous les monothéismes. La franc-maçonnerie n'est pas une question de religion (en cela elle n'est pas christique, sauf rares exceptions) mais bien l'interrogation et l'interprétation du croyant envers sa propre foi.   
A l'instar des oulémas, le Vatican a condamné et condamne encore la franc-maçonnerie. Elle place les catholiques - selon le droit canon - en position de péché grave. Le judaïsme, sans avoir "légiféré" sur la franc-maçonnerie, tient cette pratique pour de l'avoda zara (l'idolâtrie). Bien des frères protestants et orthodoxes se sentent en difficultés face à leurs églises réciproques et l'antimaçonnisme qui, parfois, y a la peau dure. Etre musulman et franc-maçon demande - comme être juif et franc-maçon ou catholique et franc-maçon - deux ouvertures : celles du croyant et celle de l'homme d'esprit. L'un et l'autre ne sont pas incompatibles surtout car la franc-maçonnerie repose - je l'ai dis ci-dessus - sur un bon nombre de symboles qui existent en islam ou s'adaptent aisément à la foi musulmane. De plus, il n'y a théoriquement pas de clergé en islam et les propos des uns ou des autres n'équivalent pas formellement au Coran dont aucune sourate ne condamne les pratiques maçonniques, bien au contraire. Car elle s'attache au Livre quelqu'il soit par gnose, à la fraternité entre tous les hommes, à la paix en tous contextes et à cette guerre intérieure que mène l'homme pour repousser ses passions et son ignorance, la franc-maçonnerie est une institution aussi musulmane que certains la voient chrétienne ou d'essence hébraïque.

Je conclurai mon étude en forme de plaidoyer en m'adressant à vous, mes lecteurs, quelque soit votre confession et vos croyances. J'ai un rêve secret. Je rêve qu'il existerait un lieu où les religions abrahamiques pourraient s'enrichir l'une de l'autre et vivre en parfaite harmonie. J'aime à croire que ce lieu habite mon atelier et bien d'autres. Or, ils perdurent des barrières mentales, des barrières qu'une loge dite "de saint Jean" ou un grade de "chevalier rose-croix" érigent encore. Il m'a fallu - autant que non-chrétien - une ouverture d'esprit pour accepter ce propos ou une surdité à la hauteur de celui-ci. Mais je crois qu'il serait peut-être de réconcilier, au moins dans nos loges, tous les maçonnes et les maçons en créant un rite qui abolisse l'enceinte qui rend parfois ce temple, auquel nous aspirons toutes et tous, inaccessible pour bien des gens. 

Illustrations :
Fig.1 Un frère égyptien en décors
Fig.2 Portrait d'Abd-El-Kader
Fig.3 La Ka'aba

Pour poursuivre l'étude :

05.05.2007

Framasonismo kaj esperanto

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Créé par le docteur Louis-Lazare Zamenhof (1859-1917) en 1887, l'espéranto s'est doucement imposé en un peu plus d'un siècle. Langue construite, on estime ses locuteurs entre 2 à 3 millions répartis dans le monde. La facilité de sa grammaire aidant, son vocabulaire reposant largement sur les langues indo-européennes et une musique certaine quant à prononciation font de l'espéranto une langue relativement facile à apprendre. Mais notre article s'intitulant Framasonismo kaj esperanto (ou Franc-maçonnerie et espéranto), nous nous attarderons sur les liens entre notre vieille confrérie et cette langue nouvelle pétrie d'idéaux.

b0a5790d19656a3f5a324910bd5b8e88.gifZamenhof construisit cette langue dans l'idée qu'elle soit une internacia lingvo (langue internationale). Non qu'elle devienne hégémonique comme l'est l'anglais à présent, l'allemand en Europe Centrale, le russe en Europe de l'Est ou le français dans des temps plus reculés, mais qu'elle unisse l'humanité par un moyen de compréhension neutre et universaliste que peut être l'espéranto. Zamenhof pensait ainsi qu'elle formerait un lien fraternel entre les hommes et éviterait ainsi les guerres dues à l'incompréhension des nations et des cultures tout en maintenant celles-ci. Un bel idéal qui conquit nombreux francs-maçons au début du XXe siècle et qui en séduit encore aujourd'hui.

Il est vrai que l'idéal maçonnique et de l'idéal espérantiste se rapproche même si les deux empruntent deux voies bien distinctes.
Toujours est-il que des maçons de toutes obédiences essayèrent d'accroître cette proximité de l'un et l'autre. Dès lors, le Congrès Mondial espérantiste de Boulogne-sur-Mer de 1905 donna naissance à l'association Esperanto Masona. La loge Les Vrais Experts (GODF) fut la première a adressé en 1906 le voeu "d'initier" les frères à l'espéranto. De même qu'en 1913, l'atelier dénommé Esperanto naquit au sein de la Grande Loge de France. Celui-ci s'engagea à travailler exclusivement dans cet idiome et il semblerait qu'il fonctionne encore à l'heure actuelle. Dans la même année l'association Esperanto Masona devient la Universala Framasona Ligo suite au congrès de Berne. Exclusivement masculine, la ligue s'ouvrit aux soeurs en 1992

Une question qui préoccupe encore les francs-maçons et espérantistes reste en suspens : Zamenhof est-il franc-3463701c66c7f4711e958fecf19de812.jpgmaçon ? A vrai dire, personne ne le sait vraiment. Bien qu'il semble apparaître sur la liste des francs-maçons célèbres de la Grande Loge Nationale de Pologne, nul n'a trouvé une trace concrète de son activité maçonnique supposée.

Evidemment, rapproché franc-maçonnerie et espéranto est chose aisée. Francs-maçons et espérantistes s'animent d'un idéal universel, fraternel, au-delà des particularismes, des religions, des ethnies, etc... Ils constituent chacun une forme de communauté avec une culture propre à chacune d'entre elles. Pourtant, les liens entre l'un et l'autre ne sont pas à généraliser. La majorité des francs-maçons ne parlent pas un mot d'esperanto et les espérantistes n'appartiennent pas tous à nos loges. Des presque 300 ans de la franc-maçonnerie, le dernier siècle est à peine marqué par l'espéranto. Toutefois, en espérantiste et en franc-maçon, il me fallait bien en parler un peu.

Illustrations :
Fig 1.Portrait de Louis-Lazare Zamenhof
Fig 2.Affiche du centenaire de l'espéranto
Fig 3.Drapeau espérantiste

Pour apprendre l'espéranto :