17.02.2007
L'épineuse question de la régularité

Ayant été reçu maçon dans une loge juste et parfaite, un franc-maçon reconnaîtra par ses signes, paroles et attouchements son égal comme son frère. Évidemment, les rites pratiqués nuancent ou appuient les symboles communs à la franc-maçonnerie mais - au delà de la méthode et de l'interprétation - ils restent universels à l'Ordre. Alors pourquoi existe-t-il une maçonnerie dite "régulière" et une maçonnerie "libérale" ?
Depuis le 4 septembre 1929, la question de la régularité déchaîne les passions. A cette date, the United Grand Lodge of England (la Grande Loge Unie d'Angleterre) publia à les fameux landmarks de la discorde. Mais 1929 n'était qu'un épisode de plus, un acte de divorce entre deux conceptions de la maçonnerie que le XIXe siècle agité et partisan déclencha. Le Grand Orient de France et la Grande Loge Unie d'Angleterre avaient déjà rompu leurs relations diplomatiques en 1878 (suite à la modification de sa constitution en 1877).
Après la victoire définitive du camps républicain sur les monarchistes à l'Assemblée Nationale, le Grand Orient de France - très politisé et impliqué dans cette victoire - voulut certainement se débarrasser de cet oeil étranger, monarchiste et théiste des frères anglais qui n'avait plus un droit de regard dans l'hexagone. Quoi qu'il en soit, le Grand Orient de France se considérait toujours maçonnique et appartenant pleinement à la fraternité universelle (ce qui expliquerait ses initiations féminines avec parcimonie et prudence extrême).
Après la réconciliation des Anciens et des Modernes (qui se finalisera par la création de la Grande Loge Unie d'Angleterre en 1813), la maçonnerie anglaise ne s'interrogeait plus sur la légitimité des autres maçonneries mais bien sur leur "régularité". Fallait-il définir encore ce qui appartient - ou non - à la règle. Avant 1877, cette question ne se posait pas vraiment ou la réconciliation voulait que l'on ne se la pose guère. Il existait des textes fondateurs (dont les Constitutions d'Anderson (des Modernes) et l'Ahiman Rezon (des Anciens, de Dermott) desquels s'inspirent les landmarks. Par ailleurs, il ne faut pas négliger le long travail d'archiviste et d'historien dont firent preuves les maçons du XIXe qui vit la résurgence de certains textes "oubliés" par les ateliers.
Les landmarks seraient ainsi le résultat de cette conciliation débutée un siècle auparavant. Mais plus encore, ils constituent une véritable charte traditionnelle qui définit la confrérie dans son cadre statuaire et institutionnel.
Si la Grande Loge Unie d'Angleterre voulait se prémunir contre la multiplication des "maçonneries" (et surtout contre la maçonnerie libérale), il résulte des landmarks la création d'une troisième forme de maçonnerie qui contredit le principes de "territorialité" et de "fraternité exclusive" (j'appelle "fraternité exclusive" le principe voulant que les Grandes Loges n'entretiennent pas de relations avec la maçonnerie libérale). C'est le cas de la Grande Loge de France (GLDF) ou de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO) par exemple qui, quoi qu'étant régulière dans le fond, ne le sont pas dans la forme. On désigne ses obédiences respectueuses de la tradition mais indépendantes structurellement de la Règle par : maçonnerie "traditionnelle".
Vous l'aurez compris, ce concept de régularité est une interprétation des textes fondateurs, motivée par le contexte politique interne à la franc-maçonnerie. Interprétation qui comprend la franc-maçonnerie comme un universalité restreinte par cette définition unique et sans équivalence de l'Ordre. Si cette maçonnerie régulière se justifie (pour empêcher des dérives sectaires, la politisation à l'extrême ou même un manque de lisibilité du paysage maçonnique déjà bien confus), je regrette qu'elle soit brandie comme un droit canon, un dogme intangible qui oppose et amenuise les vertus maçonniques dont la fraternité inhérente à celles-ci et la liberté de conscience au centre même de son idéal. Peut-être cette maçonnerie traditionnelle - mais non régulière - finira par devenir le pont entre deux compréhensions de la maçonnerie et de les réconcilier. Personnellement, je l'espère.Pour poursuivre l'étude :
10:55 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Régularité, Modernes, Anciens, Anderson, Dermott, Libérale





