18.06.2007
La corde à noeuds
Il s'agit d'une corde sur laquelle sont formés des noeuds, souvent des noeuds de 8, également espacés. Ses extrémités peuvent parfois prendre la forme de houppes. Dans ce cas, on l'appellera "houppe dentelée".
En loge et sur le tapis de loge, on la retrouve consacrant un espace dans lequel prend place le rituel, et les symboles du premier grade. Cet espace sacré, ce temple (temenos), est fermé au Septentrion, à l'Orient et au Midi, et est ouvert en Occident pour former l'interface entre l'espace sacré intérieur, et le monde profane extérieur.
Ce symbole de la Maç:. a une longue vie puisqu'il est directement tiré de la maçonnerie opérative. Le livre "La Franc-Maçonnerie pour les Nuls" nous explique qu'il était d'abord un outil de mesure pour les apprentis qui ne savaient ni lire, ni écrire. Tous les apprentis disposant d'une telle corde pouvait donc tracer et mesurer sur la base d'une même mesure. L'association de cet outil à la géométrie pythagoricienne permettait, en outre, de construire un angle droit en remplacement de l'équerre. (13 noeuds, 3^2 + 4^2 = 5^2) De manière plus symbolique, la corde à noeuds permet donc de fixer le temple, de le construire, de lui donner corps.
La symbolique de la corde à noeuds semble avoir beaucoup évolué avec le temps. Plusieurs interprétations sont offertes, sur plusieurs niveaux.
Historiquement, on retrouve l'usage de cordes à noeuds dès l'antiquité, et dans les civilisations oubliées. Les incas, par exemple, utilisaient des assemblages de cordes à noeuds, appelés kippus, pour coder et conserver toute sorte de connaissances, des simples comptes qui font les bons amis, aux rituels et repérages astrologiques. Dans un certain sens, la corde à noeud était la représentation d'une structure, d'un principe supérieur (créateur ?), qui lie le monde physique au monde spirituel. Certains auteurs, nous dit Bertheaux, poussent l'étude jusqu'à y voir une représentation de certains Dieux, pour prendre alors une place très importante dans certains rituels de magie. Dans sa représentation Maç:. habituelle, on peut, par ailleurs, reconnaître le signe de l'infini dans l'entrelacement formant les noeuds sur la corde, ce qui offre des potentialités symboliques pour le coup infinies, dans de nombreux domaines.
Ce symbole est corrélatif d'un autre symbole, celui de la Chaîne d'Union fraternelle qui unit symboliquement tous les FF:. Mac:. régulièrement initiés. Les noeuds de la corde à noeuds représentent les maillons de cette chaîne, et prennent alors le nom de lacs d'amour. Dans cette représentation symbolique, qui est d'ailleurs souvent la première représentation proposée, chaque noeud a la même valeur, est au même niveau que les autres noeuds.
Dans une synthèse, on peut alors dire que la corde à noeuds représente la Maç:. dans son unité : puisqu'elle représente chacun des maillons de la Chaîne d'Union fraternelle, formant ainsi l'espace sacré, consacré, nécessaire à la construction de notre chantier, dans l'harmonie et la tolérance, ainsi que la représentation de notre prise de conscience, de notre appartenance au grand infini de la vie.
Merci à mon frère et ami E:. R:. pour cette étude.
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28.04.2007
Le Grand Architecte de l'Univers (GADLU)

La référence au GADLU (ou Grand Architecte De L'Univers) fut largement polémique dans l'histoire mouvementée de la franc-maçonnerie. J'en avais fais une timide référence concernant le schisme de 1877 et il me fallait naturellement y revenir dans une étude consacré à ce thème si déterminant concernant la philosophie maçonnique et sa spiritualité.
L'expression du Grand Architecte de l'Univers proviendrait de la Renaissance. Usage des alchimistes (scientifiques de l'époque), des astronomes, des philosophes et artistes, le Grand Architecte serait une allégorie désignant le Dieu. Anderson dans ses Constitutions de 1723 en fera référence dans sa lecture toute personnelle de l'histoire : "Adam, notre premier ancêtre, crée à l'image de Dieu, le Grand Architecte de l'Univers, dut avoir les sciences libérales, particulièrement la géométrie, inscrites dans son coeur (...)". Le Grand Architecte de l'Univers est alors une notion déiste dont les sciences libérales - et "particulièrement la géométrie" - relient la créature envers son Créateur. Il est le démiurge, l'architecte à l'origine du monde et l'ordonnateur de celui-ci.
La franc-maçonnerie définit alors sa spiritualité à l'égard du divin. Le Grand Architecte de l'Univers d'Anderson devient entièrement conceptuel tel qu'on put l'exprimer le Deus sive Natura de Spinoza ou le Dieu "Horloger" de Voltaire dans un domaine plus "académique". Et c'est bien cette conceptualisation qui crée l'opposition des Modernes et des Anciens. Dermott, dans l'Ahiman Rezon, n'entendra pas cette notion comme une allégorie spiritualiste mais bien telle une métaphore théiste. Si pour les Modernes le Grand Architecte de l'Univers est peut-être Dieu. Pour les Anciens, Dieu peut être le Grand Architecte de l'Univers. Ce propos rhétorique engagera un véritable combat idéologique entre deux interprétations de la franc-maçonnerie. Si les Anciens soutenaient une franc-maçonnerie catholique, résolument religieuse, les Modernes exigent de l'Ordre la conciliation des esprits par un Grand Architecte de l'Univers adogmatique. L'histoire nous apprend que ces deux visions finiront par s'entendre en 1813.
Or cet acte d'union fut faussé par l'évolution de la pensée au cours du XIXe siècle.
La maçonnerie - qui a toujours vécu avec son temps - connaîtra des phases philosophiques qui l'éloigneront du déisme "originel" et de la réaction théiste. Le positivisme religieux d'Auguste Comte est une étape essentielle dans l'histoire des pensées car il est la première tentative afin de répondre aux concepts métaphysiques. En cela, il justifie un athéisme qui tend à définir la réalité par des principes scientistes. C'est toujours mieux pour un esprit dubitatif que cet imperceptible spirituel que l'on nomme Dieu. Le positivisme religieux force l'individu à rechercher le salue dans le progrès et dans la société. Le positivisme aura un poids conséquent sur la franc-maçonnerie française, notamment au sein du Grand Orient de France (GODF) "schismatique" de 1877. Au-delà du seul positivisme, il se développe avec la philosophie marxiste un athéisme matérialiste qui convaincra de nombreux frères. Le GADLU est relégué alors à l'histoire, devenant une nourriture spirituelle honteuse.
Toutefois, au déisme, au théisme et aux formes d'athéisme qui interprètent ou suppriment la notion de Grand Architecte de l'Univers, le mysticisme à la fin du XIXe siècle lui donnera une nouvelle dimension. Le GADLU devient en effet le "Grand Initié". Au-delà de son attribut de démiurge, du langage cosmologique de l'allégorie, il est la gnose suprême des francs-maçons ésotériques (pour qui je consacrerai évidemment une étude approfondie).
Mais il serait réducteur que d'apprécier le Grand Architecte de l'Univers qu'au sens de l'histoire des idées et dans sa seule signification philosophique.
On peut comprendre le GADLU dans un langage spirituel et symbolique. Symbole, il représente l'harmonie platonicienne qui allie l'Univers à l'Etre, la Matière à l'Esprit. L'invocation au "Grand Architecte de l'Univers" admet un ordre du monde qui dépasse la sphère de la loge pour s'apprécier dans l'être et l'agir initiatique. Ainsi le GADLU signifie l'aboutissement spirituel ou lorsque le microcosme (l'étant) se sublime dans le macrocosme (l'univers) et se révèle alors comme un Etre élevé.
De même qu'à cela, il y a un propos artistique dans le Grand Architecte de l'Univers. En effet, la Bible nous apprend que Dieu suggère les plans et la construction du Temple à Salomon. De ce fait, Hiram de Tyr aurait été conduit par cette chose étrange que les artistes nomment "inspiration" et qui les trouble depuis la nuit des temps. L'inspiration, est-ce peut-être cela qui permet à un homme de sortir de la technicité nécessaire pour apprécier l'inexplicable talent ?
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21:00 Publié dans Franc-maçonnerie, Symbolisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Symbolisme, Franc-maçonnerie, GADLU, Anderson, Dermott
22.04.2007
L'équerre
Après le compas, il est naturel de passer à l'équerre. Naturel car l'emblème maçonnique par excellence associe l'un et l'autre mais l'hégélien que je suis ne les assemblera pas encore lors de cette étude, ceci pour apprécier un symbole aussi simple qu'il est important sous bien des plans.Le terme équerre vient de l'ancien français esquire qui signifiait le "carré", lui-même provenant du latin exquadrare voulant dire "équarir" ou "tailler à l'angle droit". Ceci nous apprend que l'équerre s'assimile avant tout un outil pour bâtir mais, plus encore, pour bâtir droit. Si le compas trace des cercles, l'équerre précise en régularité le carré, le rectangle, le losange, la perpendiculaire ... Elle est l'outil du compagnon de métier, du maçon opératif par excellence.
Si le compas est le symbole de la création, l'équerre se maintient comme celui de la discipline tant il inspire une verticalité et une horizontalité. A cela, on comprend un ordre cosmogonique terrestre. J'irai plus loin en disant qu'il représente une idée du monde dans la mesure où, en chaque lieu, l'espace comprend une horizontale et une verticale, l'équerre détermine l'homme dans sa rectitude. Elle tend à le rendre droit. C'est l'instrument spirituel de l'ordre du monde qui fait de l'oeuvre un chef-d'oeuvre, de la pierre brute une pierre cubique. Utiliser l'équerre, c'est travailler sur ce Moi irrégulier et lui inspirer un agencement, une discipline, une morale.
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19.02.2007
Le compas
L'origine du compas reste légendaire au point que les Grecs l'attribuaient à Talaüs (neveu de Dédale). Ce n'est qu'au Moyen-âge où son usage se répand et que l'instrument se développe. Il existe en effet de multiples sortes de compas : le compas à pointe sèche, le compas de charnière, le compas d'épaisseur, le "maître à danser", le compas Libergier et, sans oublier, les compas de navigations (magnétique et gyroscopique). Le terme de compas ne désigne pas un instrument en soi mais un principe géométrique dont l'étymologie latine de compassare signifie "mesurer au pas".
La symbolique du compas se retrouve dans ce principe géométrique originel. Plus encore, le compas est au centre (sans jeu de mot) de la géométrie euclidienne. Il permet de tracer des cercles et de trouver les angles. Ainsi, le compas est l'outil de la mesure, des justes proportions, de l'évaluation. Pour un maçon opératif, il implique la prospective et l'étude de l'environnement. Le franc-maçon y verra naturellement son tenant symbolique et individuel. En mesurant les angles de son esprit, il essaye de les ajuster.
Le compas, s'il est un outil, est également un instrument. L'instrument d'architecture favorise la création, la constante évolution de l'esprit et sa réalisation inhérente. En traçant un cercle, on forme un microcosme appartenant dores et déjà à un macrocosme qu'est la terre. Au-delà de la réalité physique, la majorité des civilisations conçoivent le monde dans une sphère. Lorsque l'on relie le microcosme que forme l'instrument au macrocosme qu'il suppose, le concept de Grand Architecte de l'Univers affirme cette dimension cosmique. Il est le "circulaire" ou l'ordre du monde selon les cycles du temps (les saison) et l'espace (la terre). Par apologie - et dans une perspective cosmogonique -, c'est le cycle de la vie.
Par l'oeuvre et par nature, le symbole du compas tend à améliorer l'homme. Il rectifie ses angles (donc ses perspectives "profanes") et bâtit son esprit en-et-au-delà du monde. De fait, il achemine l'homme vers la transcendance mais lui impose également l'ouvrage terrestre. En prêtant serment, le profane met la pointe du compas contre son coeur. Il affirme symboliquement et matériellement ce défi singulier de la franc-maçonnerie. Le coeur étant la figure de l'émotion et de la fidélité, il impose à son esprit la maîtrise de ses passions et l'idéal de parfaire ses sentiments. Par fidélité, il engage sa conscience à respecter indéfiniment le secret maçonnique.
Evidemment, cette étude symbolique me pousse à parler de son association avec l'équerre mais ce sera là l'objet d'une étude.
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12.02.2007
Le pavé mosaïque

Des bijoux immobiles en loge, le pavé mosaïque est des plus intrigants. Sa présence dans le temple maçonnique s'expliquerait par son nom original : le pavé d'équerre qui supposerait ainsi la multiplication des angles droits et la duplicité du maçon par le blanc et le noir. A priori, le pavé mosaïque n'était pas rependu dans le monde sémitique et la déduction hasardeuse d'une référence "hiramique" serait sans fondement.
A première vue, il nous fait penser à un échiquier, les pions manquants. A vrai dire, on ne peut ignorer la philosophie de ce jeu multiséculaire. Dans les échecs, les pièces se déplacent selon un ordre convenu. Deux adversaires s'affrontent, l'un avec les blancs, l'autre avec les noirs. Il n'y a pas de victoire quantifiable aux échecs mais bien une interrogation quant à la maîtrise des pièces et la stratégie employée par les adversaires. Le "maître du jeu" sera celui qui intègrera parfaitement les déplacements présents, passés et futurs de ces pièces sur l'échiquier et qui dominera ceux de son adversaires. En d'autres termes, il transcende le jeu par l'anticipation et il en devient omniscient.
L'architecture impose également cette vision à long terme. Mais aussi, l'architecte se doit de maîtriser les éléments et maîtriser son art pour aspirer à la perfection.
Le pavé mosaïque en loge suppose également la recherche continuelle de la maîtrise. Or, le déplacement n'implique pas des pions et des pièces, mais bien de l'homme en lui-même. Il marche dans cette asymétrie : blanche, noire ; représentant la contradiction en chaque homme comme le symbole asiatique du Ying et du Yang. Le blanc est la lumière, le noir est son absence. Le blanc est l'unité des couleurs dans un spectre, le noir est leur non-manifestation. Le blanc est le ciel, le noir est la terre. Le blanc est le jour, le noir est la nuit. Le blanc est le positif, le noir est le négatif. Le blanc est l'Etre, le noir est le Néant.
En taillant sa pierre brute, l'apprenti - j'aurai tendance à dire l'homme - rencontrera toutes ses contradictions passant allègrement de la lumière à la nuit, de la nuit à la lumière, etc... A l'égal du "maître du jeu", il devra affronter les aspects contradictoires de sa personnalité afin de se sublimer dans un état supérieur.
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01.02.2007
Le chiffre trois
Trois est dans la civilisation occidentale un chiffre mystique. L'anthropologue George Dumézil (dans son livre La Religion romaine archaïque) portait la thèse de la tripartition des sociétés indo-européennes par les fonctions d'oratores, bellatores et laboratores (clercs, guerriers et travailleurs ; en somme les "états" de l'Ancien Régime) telle la compréhension du monde selon un ordre hiérarchique défini. Les triades divines ordonneraient ainsi le cosmos à l'instar de Jupiter, Junon et Minerve dans la mythologie ou par la trinité dans le catholicisme romain.
Au-delà de la réalité anthropologique, il demeure une vérité mathématique et physique. En effet, l'oeil n'est sensible qu'aux trois couleurs primaires (cyan, jaune et magenta) dont les synthèses soustractives et additives forment les couleurs dites secondaires. Mathématiquement, le chiffre trois est un "nombre premier" (ou entier naturel) ; c'est-à-dire qu'il n'accepte que deux diviseurs : 1 et lui-même.
L'école pythagoricienne en a déduit le symbolisme de l'homme et du fait créateur (car il est la somme du 1 : le divin, et du 2 : la femme). Son influence dans la numérologie occidentale fait de lui la base essentiel du principe de fécondité. Il est tout de même intéressant de noter que dans la Kabbale, il est relégué à la compréhension du monde (binah) et non à son principe fondateur qui prend source avec la première sefira (keter, la couronne) et s'achemine vers le dixième (malkout, le royaume). A vrai dire, les dix sefirot représentent des "émanations" du divin et donc une interprétation de Dieu mais non de l'homme.
Parenthèse faite, on constate également un rapport cosmologique entre le mythe fondateur et l'astronomie antique. En effet, dans toutes les traditions religieuses, on retrouve dans l'ordre du monde les allégories de la lune, du soleil et de l'étoile. Dans la religion babylonienne, Shamash (soleil), Ishtar (étoile) et Sin (lune) représentent les divinités "arbitres" du genre humain sur l'Apsu (les eaux saturés) qui soutient la terre alors que la triade Enki (eau), Anu (ciel), Enlil (vent) est fondatrice de cet ordre mais se ne montre plus "transcendante". On comprendra alors l'importance des luminaires dans la Genèse : la lune (luminaire de la nuit), soleil (luminaire du jour) et étoile (luminaire guidant l'homme dans la pénombre) ; temps du genre humain et ordonnateurs de celui-ci selon les saisons.
La proximité entre le monothéisme abrahamique et le polythéisme sémitique s'explique probablement par la proximité culturelle, certes. Mais on ne peut pas nier que l'astronomie - limitée à l'observation - ait pu induire les mêmes déductions.
Pour conclure, le chiffre trois a une importance symbolique des plus intéressantes. Il s'annonce autant comme le principe créateur, la multitude, comme l'ordre du monde. Certains voient dans le récit des patriarches la somme logique des trois grands monothéismes : judaïsme (par Isaac), islam (par Ismaël) et christianisme (par Esaü). Le chiffre trois déterminerait notre vie ? A la nuit et à la lumière, n'y a-t-il pas la pénombre. Un homme et une femme ne font-ils pas un enfant ? Les trois couleurs primaires forment-elles pas toutes les couleurs visibles ? Le dicton populaire : "jamais deux sans trois" serait donc une vérité intangible ? Nous aurons tout le loisir d'y revenir sur ce blog.
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