18.09.2007

Un homme nommé ... Judas

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Que sait-on finalement de l’un des apôtres les plus connus ?   

Son surnom d’Iscariote signifierait "homme de Qeriyyot", petite localité de Judée, dont il serait originaire.  Il pourrait également venir de "sicaire" (du latin sicarius : poignard), autre nom donné aux zélotes.  Il est intéressant de noter ici que de nombreux passage des évangiles font allusion aux armes que portent les Apôtres.

Seul parmi les Douze à ne pas être galiléen, c’est lui qui gérait la trésorerie du groupe.  Un de ses attributs est d’ailleurs une bourse, tant pour rappeler cette fonction que le prix de son méfait.

Le récit de sa trahison se trouve dans les quatre évangiles canoniques, mais la lecture n’en est pas nécessairement identique.  Mathieu (de Mt 26.14 à Mt 26.25) et Marc (de Mc 14.10 à Mc 14.21) sont on ne peut plus clairs sur la responsabilité pleine et entière de son acte. 

Il n’en va pas de même pour Luc et Jean, puisqu’ils décrivent Judas possédé : "Or Satan entra dans Judas, appelé Iscariote, qui était du nombre des Douze" (Lc 22.3) et "Après la bouchée, alors Satan vint en lui" (Jn 13.27).  Nous allons ici plus loin que le simple récit d’une trahison : c’est l’entame d’un drame dans lequel, à travers les hommes, s’affrontent les puissances invisibles. 

De la mort de Judas, nous avons deux versions.  La première, celle de Mathieu, est la plus connue : "Jetant alors les pièces dans le Sanctuaire, il se retira et s’en alla se pendre" (Mt 24.5).  En mettant fin à ses jours, Judas refuse le secours de la rédemption et se damne donc pour l’éternité.  La seconde version de sa mort, plus ambiguë, se trouve dans les Actes des Apôtres (Ac 1.18) : "Et voilà que, s’étant acquis un domaine avec le salaire de son forfait, cet homme est tombé la tête la première et s'est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues" ; voilà qui rappellerait plutôt le résultat d’un bon coup d’épée… 

Si Judas est considéré par certains auteurs comme un personnage essentiel de la Passion du Christ, d’autres, se basant sur les Evangiles de Luc et Jean estiment, quant à eux, qu’il ne fut qu’un instrument aux mains d’une force qui le dépassait.

L'Evangile de Judas 

Cet évangile se déroule sur les quelques semaines qui précèdent la trahison de Judas.  Il se termine d’ailleurs par celle-ci.  Donc, ni passion, ni crucifixion, ni résurrection.   

C’est un texte particulier pour deux raisons.  La première est qu’il nous montre un Jésus souriant, se moquant des craintes de ses disciples.  La seconde, est que dans ces pages, Judas est représenté comme le disciple préféré du Christ, celui qui connait sa véritable nature divine.  Il ne le trahit qu’à sa demande expresse. 

Il nous est connu depuis les débuts de la Chrétienté.  Saint Irénée, évêque de Lyon, le cite dans le premier livre de son Contre les hérésies (édition d’Antoine Beltrano): "D’autres encore disent que Caïn était issu de la Suprême Puissance, et qu’Esau, Coré, les gens de Sodome et tous leurs pareils étaient de la même race qu’elle : pour ce motif, bien qu’ils aient été en butte aux attaques du Démiurge, ils n’en ont subi aucun dommage, car Sophia s‘emparait de ce qui, en eux, lui appartenait en propre.  Tout cela, disent-ils, Judas le traître l’a exactement connu, et, parce qu’il a été le seul à posséder la connaissance de la vérité, il a accompli le « mystère » de la trahison : c’est ainsi que, par son entremise, ont été détruites toutes les choses terrestres et célestes.  Ils exhibent, dans ce sens, un écrit de leur fabrication, qu’ils appellent l’Evangile de Judas." 

Epiphane de Salamine cite cet évangile comme faisant partie des écritures des Caïnites, une secte gnostique. Celle-ci était un des nombreux mouvements dualistes pour lesquels le monde matériel est la création du Démiurge, un dieu mauvais, emprisonnant les âmes dans des prisons de chair et les forçant à se réincarner pour l’éternité.  Une croyance qui préfigure le manichéisme et le catharisme.

Les aventuriers de l'Evangile perdue  

Début 2006, le National Geographic Magazine lance à grand renfort de publicité : "les révélations de l’Evangile de Judas".

Ce document, datant du début du 4ème siècle, est une copie en copte d’un texte grec écrit aux alentours de l’an 150.  Il fait partie du Codex Tchacos, du nom de Frieda Tchacos-Nussberger, l’antiquaire suisse qui sauva ces quelques dizaines de pages d’une ruine certaine.

Ce codex rassemble quatre textes gnostiques : la Lettre de Pierre à Philippe, la Première Apocalypse de Jacques, l'Évangile de Judas et des fragments d'un texte provisoirement appelé le Livre de l'Allogène.  Les deux premiers documents sont déjà connus puisque des copies de ceux-ci faisaient partie des découvertes de Neg Hammadi, en 1945.

Le Codex Tchacos fut  vraisemblablement découvert au début des années 70 par un groupe de fellahs, dans une grotte du Djebel Qarrara, en Moyenne-Egypte. Conscients de l’intérêt des Occidentaux pour ce type de manuscrits, ils prennent contact avec un marchand d’antiquités copte égyptien.

002a9aa6e7a92b5268455b2a38e586e8.jpgEn 1982, celui-ci prend pour la première fois contact, par l’entremise d’un antiquaire grec, avec un petit groupes d’universitaires américains.  Lors de la seule et unique rencontre, dans un chambre d’hôtel en Suisse, en 1983, ceux-ci n’auront que le temps de voir que le codex, comportant deux manuscrit grecs et un copte, est encore en assez bon état. Malheureusement, le prix demandé, dix millions de dollars, est jugé trop élevé et la vente n’a pas lieu.

Conscient que la transaction ne pourrait se faire qu’aux Etats-Unis, le marchand égyptien se rend à New-York.  Sans succès.  Désireux de ne plus voyager avec le codex, il l’enferme dans le coffre d’une banque des environs de New-York.  Celui-ci y restera durant seize longues années, se détériorant peu à peu. 

Ce n’est qu’en 2000 que Frieda Tchacos-Nussberger réussit à acquérir le manuscrit pour une valeur d’environ trois cent mille dollars. 

Intervient alors un antiquaire de l’Ohio, qui propose à Frieda Tchacos-Nussberger de faire traduite le codex et de lancer cette traduction sur le marché par un grand show à l’américaine.  En fait, son but est de scinder le codex en plusieurs parties avant de les vendre aux plus offrants. Pour pouvoir séparer les pages de plus en plus fragiles, il n’eut de meilleure idée que de stocker le manuscrit dans un congélateur.  Lorsque sa propriétaire le récupère, le manuscrit prend de plus en plus les allures d’un puzzle. 

En 2001, elle confie le précieux manuscrit à une fondation suisse, Maecenas, qui, en collaboration avec la National Geographic Society, fait reconstituer et traduire ce texte. 

Début 2006, la NGS dévoile à grand renfort de publicité ce texte au grand public.  Cet évangile que l’on ne connaissait que par des mentions dans d’autres documents, rejoint à présent la liste de plus en plus longue des textes apocryphes.

Qu'en penser ? 

L’intérêt de l’Evangile de Judas est avant tout archéologique. Il nous éclaire sur les croyances d’un des nombreux groupes gnostiques des débuts du Christianisme. 

Va-t-il permettre de réhabiliter celui que l’on considère comme l’archétype du Traître ? C’est peu probable.  Les seuls évangiles à avoir de la valeur aux yeux de la chrétienté sont ceux du canon biblique.  Comment dès lors ce texte, récusé par deux Pères de l’Eglise, pourrait-il changer quoi que ce soit à la version qui perdure depuis près de vingt siècles ?

En conclusion 

Le battage médiatique, très américain, qui a été fait autour de cette histoire laisse un arrière-goût amer d’exagération. 

En écrivant ces lignes, j’ai sous les yeux le numéro de mai 2006 du National Géographic France titrant à la manière des tabloïds anglais : "Document exclusif. Jésus a-t-il été trahi ?" ou "Les révélations de l’Evangile de Judas".  De même, l’édition en poche de l’Evangile de Judas, de Kasser, Meyer et Wurst, porte, en capitales blanches sur fond rouge "LE MANUSCRIT AUTHENTIQUE". Comme si la NGS avait voulu surfer sur la vague "Da Vinci Code" en lançant des révélations fracassantes… qui ne le sont vraiment que pour quelques dizaines d’archéologues coptisants. 

Ceci étant dit, "L’Evangile de Judas" de Kasser, Meyer et Wurst est un véritable travail d’experts mis à la portée de Monsieur Tout-le-Monde. Quant à "L’Evangile perdu" de Krosney, c’est un récit digne d’un roman policier et l’auteur a réussi à donner une épaisseur romanesque à des personnages réels. 

A lire donc.

SDC

Lisez l'Evangile de Judas :

15.09.2007

La religion manichéenne

On emploie trop souvent le terme de "manichéisme" ou son substantif "manichéen" pour décrire une doctrine sans nuance, radicale, simpliste dans les schémas mentaux qu'elle suggère. Le langage courant accueille ce qui fut une grande religion asiatique dans les stéréotypes et simplifications qu'en fit saint Augustin. Il était nécessaire, au-delà du propos doctrinal colporté par le père de l'Eglise, de réaffirmer une certaine vérité sur le manichéisme.

La spiritualité manichéenne 

S'il est vrai que le manichéisme distingue le royaume de lumière (dirigé par Dieu) du royaume des ténèbres (dirigé par Satan), l'homme est au coeur du conflit qui oppose ces deux dimensions. L'esprit évolue dans la première d'entre elles mais le corps sombre dans les ténèbres. L'être humain est ainsi un antagonisme, constitué par les contradictions qui le forment. Pour Mani, seuls les êtres qui parviendront à se détacher entièrement de leur partie sombre - et donc matérielle - s'élèveront dans le royaume de lumière. Plus qu'un syncrétisme qui aurait assemblé des morceaux de christianisme, de mazdéisme et de bouddhisme, il s'agit là d'une véritable philosophie et spiritualité quoi que des substrats demeurent. Ainsi, Mani croyait à la résurrection et au karma voulant qu'un être n'ayant pas réaliser la séparation de son esprit lumineux et de son corps ténébreux soient appelés à renaître jusqu'à il y parvienne.

Spiritualité -  disais-je - qui s'entend comme une gnose. Des deux entités absolues dans la cosmogonie manichéenne, trois temps forment leur trame :

  • Initium ou "temps antérieur" qui est à la genèse du monde où lumière et ténèbres sont divisés dans l'absolu.
  • Medium ou "temps médian" où les ténèbres débordent sur la lumière et le mélange demeure instable. C'est le temps des origines de l'humanité jusqu'à présent.
  • Finis ou "temps final" où les hommes rejoignant le monde de lumière formeront une sorte de halo.

Il semble selon les textes retrouvés (Fragment de Pelliot n°6) qu'un individu souhaitant se convertir au manichéisme recevait cette connaissance primordial à son enseignement religieux.

Venait ensuite le récit de la genèse, essentiel pour saisir toutes les subtilités de la pensée manichéenne.

Selon Mani, au début du "temps médian" Dieu créa la "Mère des vivants" qui s'unie à "l'Homme primordial" afin de repousser les ténèbres. De cette union, naquirent cinq fils : l'eau, le vent, le feu, l'air et la lumière. Le feu fut avalé par les démons. Ainsi, la lumière se vit mêlée au royaume des ténèbres (mais nullement assimilée car les entités sont incompatibles). Suivent plusieurs "envoyés" qui tentèrent l'un après l'autre de faire ressurgir la lumière. Or, les deux premiers échouèrent. Et, finalement, le troisième fut le bon. Selon le mythe, il utilisa un stratagème pour attirer les démons afin de mieux les contraindre à la fuite : "[sur le soleil] sont exposés de belles jeunes filles et de beaux jeunes gens (…) dont les corps enflamment les passions des princes des ténèbres et les démons furent repoussés" (Saint Augustin, Faustum). De cette déroute, les semences démoniaques se répandirent sur la surface de la terre ; ayant cette part de lumière que les ténèbres eurent engloutis. Or, il demeurait un couple de démons. Le "troisième envoyé" concentra alors la lumière éparse dans les végétaux pour la transmettre à leur progéniture. Le couple engendra ainsi Adam et Eve, nos parents, qui gardent eux la concupiscence et la forme animal de leurs origines démoniaques.

Ce récit démontre la portée démontre l'influence probante du mazdéisme comme son profond ancrage dans un gnosticisme chrétien. Mazdéisme car l'on retrouve cette dualité quant à la lumière qui est à la fois absolue et feu. Christianisme car Mani se base nécessairement sur le personnage de Jésus.

Jésus est entendu dans cette dualité qui fait l'homme. Sur la croix, le manichéisme interprète cet évènement de manière symbolique. Il est l'homme dont la nature - d'essence démoniaque - retient l'élévation, emprisonne la lumière innée en chacun. Au delà du symbolique, Jésus se voit être "l'éveilleur" de l'humanité dans le "temps médian". Autrement dit : l'esprit transcendant qui - revenant de manière cyclique - enseigna la vérité à Adam et la dispense aux hommes depuis toujours au travers de ses émanations. Le Jésus "historique" est alors un maître gnostique de la plus haute importence. Au "temps final", il guidera cette humanité qui aspire à rejoindre le royaume de lumière.
Le messianisme, aux fondements du judaïsme et du christianisme, est alors conservé.

Les pratiques manichéennes

Le manichéisme, s'il fut novateur dans sa philosophie et originale quant à sa spiritualité, n'en demeure pas moins une religion. A côté d'un enseignement gnostique, spiritualiste, qui divise les croyants en deux catégories : élus et auditeurs, une église s'édifia. Les élus formaient la classe sacerdotale dont douze maîtres et un chef dirigeaient la vie religieuse. Ils nommaient les évêques de l'église manichéenne et ordonnaient les prêtres de celle-ci. Syncrétique toujours, les lieux de culte du manichéisme s'ouvraient sur un autel où la Bible, les Avestas et autres écrits sacrés côtoyaient ceux de Mani.

Les élus sont les véritables acteurs du manichéisme. Ils estiment qu'en suivant la règle du prophète, ils s'élèveront dans le royaume lumière sans se réincarner. Trois "sceaux" d'interdits les obligent à une discipline stricte :

  • Le "sceau de la bouche" recouvre ce qui est de la parole et de l'alimentation (végétarienne, nécessairement).
  • Le "sceau des mains" oblige les élus à ne pas travailler la terre, à tenir des armes, à répandre le sang, etc...
  • Le "sceau du sein" demande aux élus d'être chastes et célibataires.

Avec ces "sceaux" d'interdits, des pratiques religieuses étaient demandées. L'étude des textes manichéens jouent un rôle important mais elle ne fait que s'aditionner aux sept prières quotidiennes, aux jeûnes et aux privations. 

Quant aux auditeurs, des règles leur étaient imposées dont : ne pas mentir, ne pas voler, ne pas tuer, verser l'aumône ... l'idolâtrie et le recours à la magie sont aussi proscris. S'ajoutent évidemment des pratiques cultuelles. Parmi celles-ci, il y avait quatre prières quotidiennes dont la liturgie était composée de psaumes et de rites extremement simples et positifs. Des moments clés rythmaient la vie de l'auditeur dont la confession le lundi, pour laquelle le croyait jeûnait la veille, et la fête de Bêma (nouvel an manichéen).

Conclusion

Il suffit d'observer la longueur des deux parties de notre article pour en déduire que le manichéisme est davantage une philosophie spiritualiste qu'une religion codifiée, forte de ses rites et rituels, de ses dogmes, de son institution, des temps de sa vie cultuelle. Il va sans dire que les sources sont souvent partielles, voir partiales et qu'elles ne favorisent pas une étude approfondie de la vie religieuse en tant que telle. L'histoire ne nous permet pas d'apprécier cette religion qui n'aura vécu que deux siècles. Ce que les spécialistes nomment parfois le néo-manichéisme est d'autant plus renseigner que demeure profondément ancrée dans le christianisme une perspective - ou plutôt une influence - manichéenne. En cela, le christianisme primitif (jusqu'aux pères de l'Eglise) a gardé certains points de vue manichéens. Saint Augustin, grand pourfendeur du manichéisme, fut lui-même un de ses adeptes.
Ainsi, le manichéisme est essentiel afin de comprendre la nature même du christianisme et une partie importante de la pensée occidentale.

Pour poursuivre l'étude :

17.07.2007

Les druzes

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Toutes les religions du livre ont invariablement étaient dissociées dans leur histoire entre une tendance littéraliste et une tendance gnostique. Si certaines d'entre elles - comme le judaïsme - ont assimilé la gnose après des siècles de tension. D'autres - à l'instar du catholicisme - l'ont rejetée. Que dire de la démarche initiatique qui, d'une manière ou d'une autre, s'est vue vulgarisée par l'institution ou annihilée par le temps et la répression.  N'en déplaise aux mécanismes mentaux et à la logique implacable des adeptes de la chronologie, l'histoire ne se répète pas car l'on ne serait réduire l'homme à des exceptions et à des généralités. Toutefois, demeure une singularité historique et anthropologique au Proche-Orient, dans ce pays fragmenté et sans frontière où vivent les Druzes.

1. Qui sont les Druzes ?

Les Druzes apparaissent dans l'Histoire au XIe siècle comme une population adhérant à une hétérodoxie de l'ismaélisme. Or, il serait bien réducteur de leur attribuer un certificat de naissance à cette époque. A vrai dire, on ignore encore d'où ils viennent et comment une communauté visiblement homogène adopta unanimement la même foi. Toutes les théories ont été émises au propos de cette population. Certains voudraient qu'ils soient descendants de croisés, qu'ils appartiennent à une ethnie de l'antiquité lointaine. On a même murmuré qu'il s'agissait de juifs islamisés réfutant l'orthodoxie et pratiquant leur culte en secret. Les fantasmes se sont déchaînés et se perpétuent encore. Si une étude génétique récente (2004) ferait d'eux un peuple indo-européen passivement assimilé par l'histoire, il est certain que les migrations  et les mélanges de populations caucasiens, turco-mongoles et indo-européenne depuis la nuit des temps complexifient la preuve par l'ADN. Socialement, une certitude existe : lorsque l'on parle des Druzes, on fait référence à une communauté montagnarde. Ceci expliquerait peut-être cela.

2. La religion des Druzes

f6e8ae223464dc39da176a144c56c37e.pngOn parle de Duruz en arabe par référence à Muhammad bin Ismael Nashtakin ad-Darazi, prêcheur ismaélien d'origine turc et fondateur de ce mouvement. Malheureusement - et quoi que le personnage d'ad-Darazi nous soit connu -, nous ne possédons que peu des sources fiables sur les Druzes tant leur religion se réserve à une partie infime d'initiés (les ouqal). A lire le Livre des témoignages et des mystères de l'Unité, le Coran serait alors bicéphale : exotérique d'un côté et ésotérique de l'autre. La sharia'h est une simple question d'interprétation dans cette logique et seul un nombre restreint serait à même de comprendre la religion. C'est pourquoi reste-t-elle secrète et profondément initiatique.

Tout comme les chiites, les Druzes croient qu'il existe un imam caché et cet imam ne serait autre que le calife fatimide al-Hakim (985-1021)  qui viendra de l'au-delà les guider. Qu'importe évidemment son enveloppe terrestre, il fut d'Adam jusqu'à Mohammed l'esprit de Dieu qui, au jour du jugement dernier, triera les croyants de la masse des impies. L'essentiel de la spiritualité des Druzes s'appuyant sur la métempsychose et les multiples émanations de Dieu, elle lui donne une teinte panthéiste (quoi que ce serait simplifier ce qui ne l'est pas). De cette philosophie, ils réprouvent la sharia'h même si leurs propres lois peuvent être profondément ostracistes. Toute la souplesse de leur foi consiste en une large acceptation de ce qu'est un prophète considérant Pythagore ou même Akhenaton comme des messagers de la sagesse divine - ou Dieu lui-même qui donne la sagesse, un djahhal (ignorant) ne peut  de tout façon pas savoir. L'emblème de cette communauté, l'étoile d'Orient à cinq couleurs, représente justement les cinq émanations du divin : le vert pour l'intelligence, le rouge pour l'âme, le jaune pour le mot, son précédent est bleu et quant au blanc, il est l'immanence.

Quant à l'initiation druze en elle-même, seul un ouqal sait en quoi elle consiste exactement. On a dit les chevaliers francs initiés au "grand mystère" et que la franc-maçonnerie - en syncrétisme des traditions initiatiques d'orient et d'occident - aurait certaines ressemblances mais je ne m'aventurerai pas plus loin que la rumeur. Il s'avère néanmoins qu'il y ait une hiérarchie dans l'approche au sacré. Trois ordres émailleraient la vie d'un Druze. Selon le premier ordre, il devrait suivre la sharia'h (version druze, évidemment) par laquelle l'homme s'adresse à Dieu. Dans un deuxième temps, le croyant est amené à comprendre les voix prophétiques (donc la Vérité). Dans le troisième et dernier temps, il reçoit la gnose afin d'entreprendre sa quête visant à comprendre l'unité avec l'Unique.

Conclusion

La religion des Druzes est probablement la meilleure synthèse entre le platonisme (et une certaine forme de gnosticisme) avec l'islam. Loin d'être figée dans le temps, elle a été influencée par le soufisme et un bon nombre de philosophies qui lui sont étrangères à l'origine. Si les Druzes ont tendance à se replier sur eux-mêmes, ceci prouve qu'une certaine forme de tolérance envers l'étranger illustre cette communauté dans un Proche-Orient à feu et à sang.

Quant aux similarités avec la franc-maçonnerie, s'il existe une séparation très nette entre profane et sacré, des influences similaires et probablement un fragment de spiritualité partagé, je ne saurai affirmer si l'un est au balbutiement de l'autre comme le suggère la légende levantine.

Illustrations :
Fig 1. Un initié ou ouqal en tenue traditionnelle.
Fig 2. L'étoile druze.

Pour poursuivre l'étude :

15.05.2007

Peut-on être musulman et franc-maçon ?

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Suite à un dossier (déjà ancien) sur l'Express, je m'interrogerai dans cette étude si l'on peut être musulman et franc-maçon ? La franc-maçonnerie, depuis le 15 juillet 1978, a été officiellement condamnée par l'ICJ (Islamic International College) faisant des musulmans francs-maçons des apostats. Si j'ai décidé de placer cet article sous forme de question, et dans la rubrique religion, c'est essentiellement dans l'optique de la foi musulmane et de cette double appartenance qui concernent de nombreux frères et soeurs en France et à l'étranger.

La franc-maçonnerie souffre de son passé en terre musulmane.

Implantée par les occidentaux dès 1738 en Turquie (Izmir), elle sera dans sa première décennie presque exclusivement réservée aux chrétiens (et plus minoritairement aux juifs). Il en va de même en Egypte où elle débarque en 1798 avec les armées napoléoniennes et même le colon britannique en Inde - quoi que l'Ordre existait depuis 1728 dans le sous-continent - n'initiera le premier indien qu'en 1775. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que les colonisateurs ou occidentaux vivant en exil consentent à initier les autochtones. Dans l'Empire ottoman, les lois libérales de 1865 favoriseront l'expansion de la maçonnerie. Le sultan le sultan Mehmed Mourad V sera d'ailleurs reçu comme un bon nombre d'intellectuels, militaires et politiciens occidentalisés. Des loges se netterront à parler turc et des frères francophones de toutes confessions se réunissent dans la loge l'Union d'Orient créer par Louis Amiable. Mais l'arrivée au diwan de Abdoulhamid II (1876 à 1909) freinera cet élan pourtant si prometteur.
696c2faa761052efdddc1103b5899310.jpgOn aurait pu penser, naïvement, que la franc-maçonnerie française si active au XIXe siècle, si politisée, aurait favorisé l'échange culturel dans l'empire colonial. On aurait pu le penser mais il s'avère qu'en Algérie, Maroc et Tunisie, les musulmans sont rares dans les ateliers. L'initiation de l'émir Abd-El-Kader en 1864 sera une exception à la ségrégation en vigueur. D'ailleurs, il ne sera pas initié en Algérie (là où était son combat) mais bien en Egypte, à Alexandrie. D'autres élites auront les clés du temple mais dans cette singularité qui ne permet pas d'affirmer que la maçonnerie s'ouvrit au monde musulman et encore moins à sa société. Egypte, disais-je, dont la pratique maçonnique souffre du même apartheid que l'époque imposa entre occidentaux et autochtones.
Evidemment, dans certaines régions comme l'Iran, la franc-maçonnerie aura son âge d'or au XXe siècle. Jusqu'en 1979, elle se porte plutôt bien dans ce pays.  Il faut dire que les élites occidentalisées sont nombreuses, le poids des ayatollah se réduit et, par des circonstances historique, elle n'est pas assimilée comme "chrétienne" ou "occidentale". Des confréries, que l'on nommerait aujourd'hui "paramaçonniques", font le pont entre la spiritualité "traditionnelle" et l'Ordre. C'est le cas de la Anjouman-i oukhouwwat qui mêle soufisme aux rites maçonniques. Son fondateur Zahir al-Davla sera aux balbutiements de la "refondation" (il s'avère que quelques loges militaires furent implantés dans l'Empire Perse au XIXe siècle) et rejoindra avec plusieurs de ses disciples le Réveil de l'Iran (loge fondée en 1907 par une patente du GODF). En Turquie, la franc-maçonnerie est porteuse de valeurs. Avec la victoire des Jeunes-turcs en 1909, l'Empire les loges en sommeil rouvrent dans l'Empire ottoman. Mais aussi, et comme en Iran, la Turquie va adapté la franc-maçonnerie à la mystique soufiste et à la culture nationale en créant par exemple un "rite turc" comme il existe un "rite français".
Ainsi le XXe siècle est le temps de la consolidation au Makrech, mais de la mort annoncée de l'Ordre au Maghreb. Réaction envers le colonisateur ? C'est le cas au Maroc où la maçonnerie connut son sommeil pour renaître de ses cendres en 1961, arabisée mais désormais fière de sa proximité avec l'occident. La franc-maçonnerie est aussi victime du panarabisme. Nasser l'interdit en 1962 et que dire des autres dictatures où l'appartenance à l'Ordre vaut la peine de mort... Même la franc-maçonnerie a une visibilité en Turquie, au Liban, au Maroc, en Afrique subsaharienne et dans le sous-continent indien, les francs-maçons Jordaniens et Syriens doivent se cacher. L'Ordre est bien minoritaire dans ce monde musulman pour souffrir de l'obscurantisme des régimes en place mais également  de l'antimaçonnisme virulent de certaines autorités musulmanes qu'elles soient sunnites ou chiites.

Mais loin de la pression sociale, politique et religieuse de ces pays, nombreux musulmans en occident rejoignent  nos loges donnant raison à l'Histoire et aux ponts qui ont été jetés entre deux traditions bien différentes dans la nature (la franc-maçonnerie n'étant pas une religion) mais si similaires dans le fond.

Alors peut-on être musulman et franc-maçon ?

La franc-maçonnerie, par son histoire et ses influences, est largement basée sur une mystique judéo-chrétienne et s'inscrit dans un système symbolique très indo-européen.
A première vue, des musulmans pourraient se sentir assez mal à l'aise avec ses références ; mais à première vued4d7c9c12bc402668efe66f36b390e9e.jpg seulement. La franc-maçonnerie n'impose pas une spiritualité mais développe des outils symboliques pour y accéder et pour y répondre. Ainsi, les outils peuvent faire l'objet d'un rapprochement avec l'islam. Le Temple a une signification symbolique équivalente avec la Ka'aba. Tout comme lui, elle est construit par l'homme (Abraham et son fils Ismaël en l'occurrence) et Dieu s'incarne dans cette édification dont il est lui-même architecte (la Pierre Noire a l'angle oriental de la Ka'aba aurait été donnée par l'ange Gabriel à Abraham). Mais aussi sel, lune, soleil, pavé mosaïque, voûte étoilée et bien d'autres se retrouvent ainsi tant dans l'Ordre qu'ils prennent tout leur sens en islam.
Quant aux références à la maçonnerie opérative, la civilisation islamique a prouvé par l'histoire la haute technicité de ses corps de métiers et son attachement à l'architecture. Apprentis, compagnons et maîtres maçons appartiennent encore aux sociétés musulmanes et cela bien avant l'avènement de cette religion. Egalement, l'islam synthétisa à sa doctrine une myriade de traditions issues du paganisme et des religions antérieures : mazdéisme, judaïsme et christianisme. De ce fait, cette religion n'est pas étrangères aux valeurs de l'autre - quelqu'il soit - et connaît des proximités spirituels avec tous les monothéismes. La franc-maçonnerie n'est pas une question de religion (en cela elle n'est pas christique, sauf rares exceptions) mais bien l'interrogation et l'interprétation du croyant envers sa propre foi.   
A l'instar des oulémas, le Vatican a condamné et condamne encore la franc-maçonnerie. Elle place les catholiques - selon le droit canon - en position de péché grave. Le judaïsme, sans avoir "légiféré" sur la franc-maçonnerie, tient cette pratique pour de l'avoda zara (l'idolâtrie). Bien des frères protestants et orthodoxes se sentent en difficultés face à leurs églises réciproques et l'antimaçonnisme qui, parfois, y a la peau dure. Etre musulman et franc-maçon demande - comme être juif et franc-maçon ou catholique et franc-maçon - deux ouvertures : celles du croyant et celle de l'homme d'esprit. L'un et l'autre ne sont pas incompatibles surtout car la franc-maçonnerie repose - je l'ai dis ci-dessus - sur un bon nombre de symboles qui existent en islam ou s'adaptent aisément à la foi musulmane. De plus, il n'y a théoriquement pas de clergé en islam et les propos des uns ou des autres n'équivalent pas formellement au Coran dont aucune sourate ne condamne les pratiques maçonniques, bien au contraire. Car elle s'attache au Livre quelqu'il soit par gnose, à la fraternité entre tous les hommes, à la paix en tous contextes et à cette guerre intérieure que mène l'homme pour repousser ses passions et son ignorance, la franc-maçonnerie est une institution aussi musulmane que certains la voient chrétienne ou d'essence hébraïque.

Je conclurai mon étude en forme de plaidoyer en m'adressant à vous, mes lecteurs, quelque soit votre confession et vos croyances. J'ai un rêve secret. Je rêve qu'il existerait un lieu où les religions abrahamiques pourraient s'enrichir l'une de l'autre et vivre en parfaite harmonie. J'aime à croire que ce lieu habite mon atelier et bien d'autres. Or, ils perdurent des barrières mentales, des barrières qu'une loge dite "de saint Jean" ou un grade de "chevalier rose-croix" érigent encore. Il m'a fallu - autant que non-chrétien - une ouverture d'esprit pour accepter ce propos ou une surdité à la hauteur de celui-ci. Mais je crois qu'il serait peut-être de réconcilier, au moins dans nos loges, tous les maçonnes et les maçons en créant un rite qui abolisse l'enceinte qui rend parfois ce temple, auquel nous aspirons toutes et tous, inaccessible pour bien des gens. 

Illustrations :
Fig.1 Un frère égyptien en décors
Fig.2 Portrait d'Abd-El-Kader
Fig.3 La Ka'aba

Pour poursuivre l'étude :

12.04.2007

Le culte de Mithra

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Trop longtemps dans l'histoire, on a minoré l'importance du culte de Mithra et son apport dans la société occidentale. Certaines thèses avanceraient même qu'il inspira bien plus la franc-maçonnerie que le christianisme l'ait pu faire. Les mythes fondateurs sont ce qu'ils sont, ce culte reste néanmoins intéressant tant dans sa spiritualité que par sa concurrence historique avec le christianisme.

Le dieu Mithra est d'origine iranienne, voir même indienne car présent dans le védisme comme dieu de la lumière. Il est également une des figures mineures d'Ahura Mazda (les yazatas dans le zoroastrisme).  Son culte fut importé en occident par les soldats romains et des esclaves originaires d'Asie, étant certainement initiés à une forme hérétique du mazdéisme d'alors. On peut également supposé que le mithraïsme qui nous est décrit revient tout simplement à une pratique gréco-romaine "d'adoption" d'une déité  (comme il en fût pour Bacchus ou Iris) avec l'institution d'une école mystique qui tend à l'hénothéisme. Mais quittons ces hypothèses pour revenir à la réalité historique. En effet, selon Plutarque, le mithraïsme aurait été introduit en Italie au Ier siècle av. J.C et commence son expansion au sein de l'empire Romain. Très vite, cette religion devient concurrente du christianisme et deviendra religion officielle de l'empire en 274 dans sa forme latinisée et syncrétique du Sol Invictus pour devenir un siècle plus tard illégale avec l'institutionnalisation du christianisme en religion d'Etat.

Les mystères de Mithra n'ont pas grand chose à voir avec le christianisme au point de vue spirituel et mystique. 
Le mithraïsme se base essentiellement sur des symboles et interprétations du combat de Mithra contre le taureau primordial. Par celui-ci, il libéra les âmes dans le monde et engendra les cycles de la vie. Le symbole du corbeau,  messager du dieu soleil qui demande à Mithra de sacrifier le taureau, nous démontre que le mithraïsme est une forme hénothéisme oriental. Il s'appuie sur la conscience et la révélation des mystères de la vie qui font de Mithra un dieu de "lumière".
Plutôt que comparer le christianisme et le mithraïsme dans leurs spiritualités, il existe des similarités qui sont, elles, cultuelles. En effet, Mithra naît un 25 décembre (date du solstice), les cultes ont lieu le dimanche (jour du soleil), la représentation iconographie du "bon pasteur" est partagé par le christianisme et le mithraïsme. Plus inquiétant encore, l'eucharistie chrétienne avec le vin et le pain est pratiquée par les adeptes de Mithra. Tout indique, historiquement, que le mithraïsme influença le christianisme sur ces points.

L'aspect le plus intéressant du mithraïsme est certainement le caractère initiatique sur lequel le culte s'appuie. Les disciples se réunissaient dans des mithraea (cavités naturelles aménagées) où la pratique rituelle s'amorçait sur une initiation graduelle. Ainsi le nouvel initié se voyait octroyé le grade de corax et suivaient :

  • le nymphus,
  • le miles,
  • le leo,
  • le perses,
  • l'heliodromus ;
  • le pater.

Chaque degré était représenté par un masque distinctif et des symboles respectifs. A chaque passage d'un degré à un autre, une part de la gnose était révélée à l'initié qui subissait épreuves et voyages pour la mériter. Au premier degré, l'initié était baptisé par le sang d'un taureau, puis par l'eau pure et, enfin, enduit de miel. On pratiquait à des degrés divers les voyages du "chaud", du "froid", des jeûnes, etc... La liturgie était basée sur un rituel de forme et en langue grecque (déjà en usage dans la religion romaine) et empruntait autant des formules persanes qu'une vocalisation latine. On concluait évidemment le culte par des agapes frugales et fraternelles selon le terme même des initiés.

Il est probable que le mithraïsme aurait pu s'imposer comme la religion de l'antiquité et survivre à sa rivalité avec le christianisme. Pourtant, son tord fut l'association croissante de Mithra avec la quasi-totalité des panthéons nationaux. Egalement, son exclusivité masculine à l'initiation le desservit auprès des femmes et - plus encore - chez les épouses que le christianisme ne repoussaient pas.
Quoi qu'il en soit, le culte des mystères de Mithra pose à la société occidentale de nombreuses questions. Sur le christianisme d'abord, sur la spiritualité des sociétés païennes ensuite, sur une "mondialisation des religions" qui paraît véritable dès cette époque et, ensuite, sur ces écoles de mystères qui firent couler quantité d'encre dans les siècles qui nous précèdent.

Illustration :
Mithra sacrifiant le taureau (Musée du Louvre)

 

Pour poursuivre l'étude :

04.03.2007

René Guénon et l'islam

 

 

Voici un bon reportage sur René Guénon, sa spiritualité islamique et son apport dans celle-ci. Dommage que le documentaire ne fait pas référence à son engagement maçonnique (du moins, ce n'est pas explicite) qui n'était en rien délié, à mon humble avis, de cet aspect de sa vie. Reportage intéressant - disais-je - car il illustre le parcours d'un homme hors du commun et surtout nous parle d'un islam spirituel et élevé qui manque cruellement dans le manichéisme ambiant.

A voir et à revoir.

14.02.2007

La plus vieille religion au monde

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La découverte en 1994 d'un site en Anatolie a permis de remettre en cause la majorité des théories historiques avancées sur la naissance de la civilisation et l'histoire des religions en générale. On estimait alors que l'homme, devenant sédentaire par l'agriculture, érigea d'abord des villes et ensuite des lieux de culte à ses dieux. Or, à la lumière de cette découverte et des fouilles qui se poursuivent encore, il paraîtrait que ce fut l'inverse.
A l'occasion d'une exposition au Badisches Landesmusuem de Karlsruhe, il s'imposait que je parle - à la hauteur de mes connaissances - sur ces découvertes qui pourront vous donner d'autres sources de recherches.

df5cae2a29c8d2b0ff97e51d62c3443a.jpgDans une montagne en Turquie, dénommée la "montagne du nombrile" (Göbekli Tepe), ce site du paléolithique a été érigé quelques 7.000 ans avant les pyramides. Il se présente en forme plurisphérique dont les piliers (cf. image ci-dessus) tracent les cercles qui le composent. Sur ces piliers - qui font environ 7 mètres de haut - sont représentés parfois des animaux. Ces mégalithes, véritables frontières, entourent une gigantesque nécropole et des niches pour les idoles. On y a découvert la plus vieille statut du monde et certainement les plus vieux objets rituels d'une beauté et d'un raffinement extraordinaire pour l'époque.

Les piliers et l'architecture des lieux me font dire qu'il existait des maçons et tailleurs de pierre avant même les civilisations du "fleuve" et l'édification des grandes cités sumériennes et élamites. Mon allemand n'étant que médiocre, j'attends la traduction du livre de l'archéologue Klaus Schmidt : "Sie bauten die ersten Tempel" pour développer quelque peu ce dossier avant d'en tirer d'autres conclusions.

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