03.01.2008
La spiritualité maçonnique

Je différencie deux formes de spiritualités maçonniques : la franc-maçonnerie occultiste et la franc-maçonnerie philosophique. Evidemment, ces "catégories" contiennent plusieurs branches mais - comme je l'ai écris précédemment - mon propos ne se veut qu'introductif.
15:15 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, Franc-maçonnerie, Philosophie, Initiation
02.11.2007
Quel avenir pour la franc-maçonnerie aux USA ?

Mais au-delà de l'Histoire, c'est bel et bien l'avenir qui est compromis pour l'Ordre. Si Boston ne cessera probablement jamais d'être ce qu'elle est, on peut s'interroger sur la franc-maçonnerie américaine tant dans son devenir que dans son identité.
Des exemples étayent cette triste réalité. A cite souvent à ce titre le site internet de la Grande Loge du Massachusetts : Ask A Freemason conçut sur le même modèle que ses homologues catholiques, israélites, protestants, musulmans etc... Plus anecdotique peut-être, souvenez-vous de ce sponsor automobile curieux : le Scottish Rite (correspondant au Rite Ecossais Ancien & Accepté) sur un nascar.

Père fondateur de la nation, Georges Washington est le premier des 14 présidents ayant été francs-maçons. Des symboles américains jusqu'à la Constitution du pays, une nette influence de la franc-maçonnerie s'y fait ressentir. Un certain déisme étatique, une doctrine libérale, le rapport à la patrie jusque dans son expression dans les mythes et la culture populaire américaine qui, dans une interprétation très anglo-saxonne de l'Ordre, demeurent au centre des valeurs traditionnelles. D'où son succès chez les WASP (white american anglo-saxon protestants) proches de l'électorat républicain. Nul ne s'étonnera que Homer Simpson (représentant de la bofitude américaine) se voit initier dans la société des "tailleurs de pierre" au cours de cet épisode d'anthologie : Homer le Grand.
A force d'être entendue comme une force conservatrice, la franc-maçonnerie a été rejetée par les élites intellectuelles du pays et la classe moyenne. Ségrégationniste durant de la ségrégation, patriotique à l'extrême quand cette valeur s'effondra dans l'opinion populaire, communautariste alors que le communautarisme était décriée par une élite bien pensante, la vieille confrérie fut en décalage avec les générations ou absente de ses combats. Reprise par la subculture, décriée par les pontes de la théorie du complot, dogmatique à son paroxysme, la franc-maçonnerie américaine ne pèse plus lourd dans le débat d'opinion et encore moins sur les consciences.
15:50 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Franc-maçonnerie américaine, Réflexion
11.06.2007
Comment devient-on franc-maçon ?
La question : "Comment entre-t-on en franc-maçon ?" m'a été plusieurs fois posée par des lecteurs du blog Jakin & Boaz. Une fois n'est pas coutume, je donnerai à mes réponses une version achevée. Elle se destine à ceux qui souhaitent intégrer l'Ordre avec bonne foi mais aussi dont le doute et le nombre des lectures poussent parfois à jeter l'éponge. Evidemment, la franc-maçonnerie n'est pas fraternité prosélyte et ne souffre d'ailleurs pas d'un manque de recrutement (du moins en Europe). N'interprétez pas ce petit guide comme la promotion d'une obédience plutôt qu'une autre, d'un rite plutôt qu'un autre, mais comme une invitation objective pour les profanes - s'apprêtant à franchir le cap - à s'interroger justement sur leurs motivations, leur démarche initiatique et leur éviter de jeter l'éponge par manque d'informations. C'est sur cette première étape que je commencerai.
Etape 1 : S'interroger
Je commencerai mon article par une généralité : on y entre lorsqu'une certaine maturité intervient ou un besoin l'exige. N'entendez pas par "maturé" un facteur élitiste qui réserverait la franc-maçonnerie aux vieux sages ou aux universitaires mais bien une "maturité" psychique. En cela, il faut avoir le recul suffisant pour ne pas comprendre ce qu'est la franc-maçonnerie et ce qu'elle vous apportera. On n'entre pas en franc-maçonnerie comme dans un club ou comme dans une association "ordinaire". Besoin maintenant car si la franc-maçonnerie est exigeante, il faut que vous ayez une aspiration à y entrer. La franc-maçonnerie vous coûtera du temps car l'assiduité et les déplacements sont nombreux et elle vous obligera à un travail d'introspection. De surcroît, la capitation (la "cotisation") n'est pas dérisoire. Ne voyez pas cela comme un rapport gagnant-gagnant (on ne gagne rien à être franc-maçon si ce n'est du travail supplémentaire) mais bien comme un sacrifice nécessaire pour atteindre autre chose. Quel est cet "autre chose"? C'est à vous de le définir selon vos attentes et vos implications.
Etape 2 : Quelle obédience ?
Une fois le stade du questionnement franchi, il faut savoir où vous mettez les pieds. Si malheureusement on ne choisit pas toujours ses frères et/ou ses soeurs, inévitablement vous devez avoir une certaine cohésion dans votre démarche sinon vous serez très vite déçu(e). Selon vos exigences, votre aspiration, votre engagement, votre genre, vous serez amenés à entrer dans une obédience. Sans stéréotyper les différentes obédiences, certaines constances m'amènent à dresser le tableau suivant. Evidemment, je ne peux pas vous parler de toutes les obédiences car, non seulement elles sont nombreuses en France, il faudrait aussi aborder celles à l'étranger. Je vous livre là qu'une mosaïque simplifiée avec quelques exemples :
- Franc-maçonnerie "régulière" : réservée aux hommes, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle se destine plutôt aux théistes car le franc-maçon prête serment sur un volume de la Loi Sacrée et entendra dans le Grand Architecte de l'Univers (GADLU) une équivalence conceptuelle à Dieu. Sachez toutefois que la franc-maçonnerie régulière ne reconnaît pas officiellement les initiations pratiquées dans les autres franc-maçonneries.
Exemples d'obédiences "régulières": Grande Loge Nationale Française (GLNF), Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB), Grande Loge Suisse Alpina (GLSA), etc ... - Franc-maçonnerie "traditionnelle" : théoriquement masculine, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle n'impose pas une vision dogmatique des symboles mais certains frères athées ou matérialistes pourraient s'y sentir mal à l'aise quant à la référence au Grand Architecte de l'Univers et à la présence des Trois Grandes Lumières (Equerre, Compas, Volume de la Loi Sacrée) sur l'Autel des serments. La franc-maçonnerie traditionnelle reconnaît toutes les autres franc-maçonneries et entretient généralement avec elles des rapports fraternels.
Exemples d'obédiences "traditionnelles" : Grande Loge de France (GLDF), Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO, en France et à l'étranger), Loge Nationale Française (LNF), Grande Loge de Belgique (GLB), etc ...
Il existe également une franc-maçonnerie traditionnelle féminine et/ou mixte :
- Féminine exclusivement : Grande Loge Féminine de France (GLFF), etc...
- Mixte : Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (OITAR), etc... - Franc-maçonnerie "libérale" : elle aborde les thématiques politiques et sociales mais pas uniquement. Comme la franc-maçonnerie "traditionnelle", elle n'impose pas de vision dogmatique des symboles mais souvent le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée disparaissent des rites. La franc-maçonnerie "libérale" peut être :
- Masculine exclusivement : Grand Orient de France (GODF), Grand Orient de Belgique (GOB), Grand Orient de Suisse (GOS), etc ...
- Mixte : Fédération du Droit Humain (DH, en France et à l'étranger), Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), etc ...
Il existe bien plus de franc-maçonneries que ces catégories et bien plus d'obédiences que celles citées en exemples (celles-ci ont d'ailleurs des spécificités - outre l'implantation géographique - qui pourraient faire l'objet de plusieurs articles) mais pour ne pas complexifier tout cela, restons sur ce schéma. A ce propos, il se peut que vous soyez convié à visiter des sites d'autres obédiences plus petites que celles-ci. La taille et le nombre des membres ne veulent pas dire que ces obédiences ne sont pas sérieuses. Toutefois méfiez-vous, il existe des soi-disantes obédiences et ordres se réclamant de la franc-maçonnerie mais qui n'ont strictement rien à voir avec celle-ci et qui peuvent aisément être considérées comme sectes. Un bon moyen de vérifier la réputation des obédiences est tout simplement de voir si celle-ci appartiennent aux organisations internationales maçonniques (comme le CLIPSAS) ou qu'elles sont reconnues par d'autres obédiences de notoriété nationale.
Etape 3 : Quel rite ?
Une fois l'obédience choisie, reste à prendre en cause le rite pratiqué au sein de la loge. C'est là plus une dimension de spiritualité, d'attirance, plutôt qu'autre chose. Certains rites comme le RER (Rite Ecossais Rectifié) sonnent très christiques sans pour autant être chrétiens. D'autres comme le RFT (Rite Français Traditionnel) ou le REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté) le sont beaucoup moins. Le MM (Memphis-Misraïm) est plutôt ésotérique. Ceci est très schématique et, évidemment, bien trop succinct pour en faire un tableau. Je vous conseille vivement de vous renseigner sur les rites pratiqués au sein de l'obédience et celui de la loge dans laquelle vous serez amenés à recevoir la lumière.
Etape 4 : Entrer en franc-maçonnerie
Il existe en fait deux moyens pour entrer en franc-maçonnerie :
- Vous connaissez un franc-maçon (ou une franc-maçonne) qui se révèle à vous et vous invite à le (la) rejoindre. Dans ce cas, n'hésitez pas à lui poser le plus large éventail de question : sur son obédience, sur le rite qu'il pratique, sur sa loge. Si vous rencontrez le moindre doute - ou que vous souhaitez entrer en maçonnerie mais pas là où il (elle) est - n'hésitez pas à décliner courtoisement l'invitation mais de demander qu'il (elle) vous mette en relation avec des frères et/ou des soeurs dans une structure qui conviendra plus à vos aspirations.
- Vous ne connaissez aucun franc-maçon (ou franc-maçonne) et dans ce cas vous n'avez qu'une possibilité : écrire à une obédience (voir à plusieurs obédiences, si plusieurs conviennent à vos aspirations) afin qu'elle vous mette en relation avec un frère (ou une soeur) qui acceptera de devenir votre parrain (ou marraine). Je ne peux pas vous donner des conseils pour votre lettre mis à part de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité quant à vos motivations. Mettez y toutes vos tripes, votre coeur aussi et un peu de votre esprit.
Une fois ces quatre étapes franchises, il vous faudra faire oeuvre patience, de persévérance et surtout garder intactes la ou les raisons qui vous amènent à entrer en franc-maçonnerie car bien d'autres épreuves vous attendent et cela pendant tout votre parcours maçonnique.
Des élements de réponses avec :
08:10 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Initiation, Obédiences, Guide
07.06.2007
L'antimaçonnisme
Traiter de l'antimaçonnisme est à la fois aisé et complexe. Aisé car les documents anciens jusqu'aux pamphlets contemporains ne manquent pas. Tracer une histoire de l'antimaçonnisme de ses origines à aujourd'hui sur des sources objectives serait un travail relativement facile tant les ennemis de la franc-maçonnerie sont nombreux et la verve à l'encontre de l'Ordre prolifère depuis des siècles. Mais justement, la complexité s'appuie sur cette difficile synthèse que la somme des critiques et la diversité de celles-ci obligent de faire. En effet, il n'existe pas un antimaçonnisme mais de multiples antimaçonnismes dont les motivations d'hostilité ne s'expliquent pas toujours dans un manichéisme agréable au plan intellectuel. Alors plus qu'une histoire de l'antimaçonnisme avec ces divers visages, je vais tenter de comprendre ce qui conduit, parfois, des individus à haïr la franc-maçonnerie sans jamais ne l'avoir côtoyer de près ou de loin.
Dans ces Réflexions sur la question juive, Jean-Paul Sartre expliquait qu'un individu, lisse sous tous rapports, aimant son prochain, intégré dans la société, modéré, peut être antisémite. L'antisémitisme serait alors un sentiment, allant du peu à la virulence passionnelle des fanatiques de toutes doctrines. Fort de ce constat - et à bien des égards - l'antimaçonnisme et l'antisémitisme sont des schémas psychiques quasi-identiques et la similitude des attaques envers les uns et les autres accréditerait la thèse de Sartre. Pourtant, si ce rapprochement existe dans les faits, les différences s'accroissent dans le fond. Il n'est pas impensable d'imager l'existence des francs-maçons antisémites et de juifs démontrant une franche hostilité envers à la franc-maçonnerie. Mais qu'est-ce qui distingue ces deux sentiments de la haine ?
Probablement car cette spécificité identitaire de l'homme juif (qui s'accepte ainsi par sa culture, son inconscient collectif, sa religion, etc ... ) ne peut s'appliquer au franc-maçon. S'il existe bel et bien une identité maçonnique car toutes spiritualités reposent sur une compréhension du Moi envers l'autre, on ne saurait mettre sur le plan d'égalité le fait de se comprendre comme juif et celui qui veut que l'on soit maçon. Evidemment, il y a une part culturelle à la franc-maçonnerie. Il y a même un inconscient collectif dont je peux en parler personnellement sachant que j'appartiens à la quatrième génération de francs-maçons dans ma famille. Mais c'est sur le point de vue religieux que le judaïsme et la franc-maçonnerie connaissent réciproquement leurs limites En effet, la franc-maçonnerie est une démarche initiatique, intime, privée, au seul regard des initiés et dans l'individualisation effective de la spiritualité. Si l'on peut se comporter en franc-maçon dans la défense d'une institution (que ce soit l'Ordre dans son universalité ou dans le parti de son obédience), on ne se posera jamais comme garant de la démarche initiatique. Bien sur, il existe des tensions entre une maçonnerie dite régulière et une maçonnerie dite libérale dont l'épicentre du conflit se porte sur la définition du symbole du Grand Architecte de l'Univers (ou GADLU). Mais je confirmerai mon propos en argumentant qu'il s'agit bien d'un dogme (du grec δόγμα, croyance établie par une institution), il ne définit pas la démarche initiatique. Admettons que l'on comprenne le GADLU comme Dieu, la démarche initiatique pose l'individu selon sa propre spiritualité et l'engage à se porter vers un au-delà indéfinissable par nature. D'où le pourquoi, la franc-maçonnerie repose sur une culture chrétienne mais n'est pas christique.
Ainsi l'antisémite verra le juif dans ce qu'il présume être les facteurs de l'identité juive : les rapports communautaires, l'attachement à Israël, l'appartenance à une ethnie, à une religion, etc ... Alors que l'antimaçon confinera son sentiment d'hostilité à la franc-maçonnerie et aux francs-maçons dans ce qu'il n'est pas : un membre de l'Ordre, un initié.
C'est sur cette base que repose la majorité des antimaçonnismes. On reproche aux frères et aux soeurs l'aspect occulte de l'Ordre et des rites pour que les personnes qui y sont extérieurs d'esprit ou de fait méconnaissent. Ces liens indécelables qui tissent la fraternité paraissent également suspects. La perception du complot est évidente pour l'antimaçon tant que tout ce qui ne transparaît pas s'illustre dans l'étrangeté. Que dire de plus sinon qu'il y a un rapport des peurs endémiques à l'humanité envers l'inconnu ? L'antimaçonnisme - pour être doctrinal - est l'exacerbation de ces peurs sur une logique d'appartenance ou, plutôt, de non appartenance formant un sentiment, un sentiment dont l'histoire a prouvé qu'il pouvait être assassin.
Pour poursuivre l'étude :
12:15 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Antimaçonnisme, Sartre
15.05.2007
Peut-on être musulman et franc-maçon ?
Suite à un dossier (déjà ancien) sur l'Express, je m'interrogerai dans cette étude si l'on peut être musulman et franc-maçon ? La franc-maçonnerie, depuis le 15 juillet 1978, a été officiellement condamnée par l'ICJ (Islamic International College) faisant des musulmans francs-maçons des apostats. Si j'ai décidé de placer cet article sous forme de question, et dans la rubrique religion, c'est essentiellement dans l'optique de la foi musulmane et de cette double appartenance qui concernent de nombreux frères et soeurs en France et à l'étranger.
La franc-maçonnerie souffre de son passé en terre musulmane.
Implantée par les occidentaux dès 1738 en Turquie (Izmir), elle sera dans sa première décennie presque exclusivement réservée aux chrétiens (et plus minoritairement aux juifs). Il en va de même en Egypte où elle débarque en 1798 avec les armées napoléoniennes et même le colon britannique en Inde - quoi que l'Ordre existait depuis 1728 dans le sous-continent - n'initiera le premier indien qu'en 1775. Il faudra attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que les colonisateurs ou occidentaux vivant en exil consentent à initier les autochtones. Dans l'Empire ottoman, les lois libérales de 1865 favoriseront l'expansion de la maçonnerie. Le sultan le sultan Mehmed Mourad V sera d'ailleurs reçu comme un bon nombre d'intellectuels, militaires et politiciens occidentalisés. Des loges se netterront à parler turc et des frères francophones de toutes confessions se réunissent dans la loge l'Union d'Orient créer par Louis Amiable. Mais l'arrivée au diwan de Abdoulhamid II (1876 à 1909) freinera cet élan pourtant si prometteur.
On aurait pu penser, naïvement, que la franc-maçonnerie française si active au XIXe siècle, si politisée, aurait favorisé l'échange culturel dans l'empire colonial. On aurait pu le penser mais il s'avère qu'en Algérie, Maroc et Tunisie, les musulmans sont rares dans les ateliers. L'initiation de l'émir Abd-El-Kader en 1864 sera une exception à la ségrégation en vigueur. D'ailleurs, il ne sera pas initié en Algérie (là où était son combat) mais bien en Egypte, à Alexandrie. D'autres élites auront les clés du temple mais dans cette singularité qui ne permet pas d'affirmer que la maçonnerie s'ouvrit au monde musulman et encore moins à sa société. Egypte, disais-je, dont la pratique maçonnique souffre du même apartheid que l'époque imposa entre occidentaux et autochtones.
Evidemment, dans certaines régions comme l'Iran, la franc-maçonnerie aura son âge d'or au XXe siècle. Jusqu'en 1979, elle se porte plutôt bien dans ce pays. Il faut dire que les élites occidentalisées sont nombreuses, le poids des ayatollah se réduit et, par des circonstances historique, elle n'est pas assimilée comme "chrétienne" ou "occidentale". Des confréries, que l'on nommerait aujourd'hui "paramaçonniques", font le pont entre la spiritualité "traditionnelle" et l'Ordre. C'est le cas de la Anjouman-i oukhouwwat qui mêle soufisme aux rites maçonniques. Son fondateur Zahir al-Davla sera aux balbutiements de la "refondation" (il s'avère que quelques loges militaires furent implantés dans l'Empire Perse au XIXe siècle) et rejoindra avec plusieurs de ses disciples le Réveil de l'Iran (loge fondée en 1907 par une patente du GODF). En Turquie, la franc-maçonnerie est porteuse de valeurs. Avec la victoire des Jeunes-turcs en 1909, l'Empire les loges en sommeil rouvrent dans l'Empire ottoman. Mais aussi, et comme en Iran, la Turquie va adapté la franc-maçonnerie à la mystique soufiste et à la culture nationale en créant par exemple un "rite turc" comme il existe un "rite français".
Ainsi le XXe siècle est le temps de la consolidation au Makrech, mais de la mort annoncée de l'Ordre au Maghreb. Réaction envers le colonisateur ? C'est le cas au Maroc où la maçonnerie connut son sommeil pour renaître de ses cendres en 1961, arabisée mais désormais fière de sa proximité avec l'occident. La franc-maçonnerie est aussi victime du panarabisme. Nasser l'interdit en 1962 et que dire des autres dictatures où l'appartenance à l'Ordre vaut la peine de mort... Même la franc-maçonnerie a une visibilité en Turquie, au Liban, au Maroc, en Afrique subsaharienne et dans le sous-continent indien, les francs-maçons Jordaniens et Syriens doivent se cacher. L'Ordre est bien minoritaire dans ce monde musulman pour souffrir de l'obscurantisme des régimes en place mais également de l'antimaçonnisme virulent de certaines autorités musulmanes qu'elles soient sunnites ou chiites.
Mais loin de la pression sociale, politique et religieuse de ces pays, nombreux musulmans en occident rejoignent nos loges donnant raison à l'Histoire et aux ponts qui ont été jetés entre deux traditions bien différentes dans la nature (la franc-maçonnerie n'étant pas une religion) mais si similaires dans le fond.
Alors peut-on être musulman et franc-maçon ?
La franc-maçonnerie, par son histoire et ses influences, est largement basée sur une mystique judéo-chrétienne et s'inscrit dans un système symbolique très indo-européen.
A première vue, des musulmans pourraient se sentir assez mal à l'aise avec ses références ; mais à première vue
seulement. La franc-maçonnerie n'impose pas une spiritualité mais développe des outils symboliques pour y accéder et pour y répondre. Ainsi, les outils peuvent faire l'objet d'un rapprochement avec l'islam. Le Temple a une signification symbolique équivalente avec la Ka'aba. Tout comme lui, elle est construit par l'homme (Abraham et son fils Ismaël en l'occurrence) et Dieu s'incarne dans cette édification dont il est lui-même architecte (la Pierre Noire a l'angle oriental de la Ka'aba aurait été donnée par l'ange Gabriel à Abraham). Mais aussi sel, lune, soleil, pavé mosaïque, voûte étoilée et bien d'autres se retrouvent ainsi tant dans l'Ordre qu'ils prennent tout leur sens en islam.
Quant aux références à la maçonnerie opérative, la civilisation islamique a prouvé par l'histoire la haute technicité de ses corps de métiers et son attachement à l'architecture. Apprentis, compagnons et maîtres maçons appartiennent encore aux sociétés musulmanes et cela bien avant l'avènement de cette religion. Egalement, l'islam synthétisa à sa doctrine une myriade de traditions issues du paganisme et des religions antérieures : mazdéisme, judaïsme et christianisme. De ce fait, cette religion n'est pas étrangères aux valeurs de l'autre - quelqu'il soit - et connaît des proximités spirituels avec tous les monothéismes. La franc-maçonnerie n'est pas une question de religion (en cela elle n'est pas christique, sauf rares exceptions) mais bien l'interrogation et l'interprétation du croyant envers sa propre foi.
A l'instar des oulémas, le Vatican a condamné et condamne encore la franc-maçonnerie. Elle place les catholiques - selon le droit canon - en position de péché grave. Le judaïsme, sans avoir "légiféré" sur la franc-maçonnerie, tient cette pratique pour de l'avoda zara (l'idolâtrie). Bien des frères protestants et orthodoxes se sentent en difficultés face à leurs églises réciproques et l'antimaçonnisme qui, parfois, y a la peau dure. Etre musulman et franc-maçon demande - comme être juif et franc-maçon ou catholique et franc-maçon - deux ouvertures : celles du croyant et celle de l'homme d'esprit. L'un et l'autre ne sont pas incompatibles surtout car la franc-maçonnerie repose - je l'ai dis ci-dessus - sur un bon nombre de symboles qui existent en islam ou s'adaptent aisément à la foi musulmane. De plus, il n'y a théoriquement pas de clergé en islam et les propos des uns ou des autres n'équivalent pas formellement au Coran dont aucune sourate ne condamne les pratiques maçonniques, bien au contraire. Car elle s'attache au Livre quelqu'il soit par gnose, à la fraternité entre tous les hommes, à la paix en tous contextes et à cette guerre intérieure que mène l'homme pour repousser ses passions et son ignorance, la franc-maçonnerie est une institution aussi musulmane que certains la voient chrétienne ou d'essence hébraïque.
Je conclurai mon étude en forme de plaidoyer en m'adressant à vous, mes lecteurs, quelque soit votre confession et vos croyances. J'ai un rêve secret. Je rêve qu'il existerait un lieu où les religions abrahamiques pourraient s'enrichir l'une de l'autre et vivre en parfaite harmonie. J'aime à croire que ce lieu habite mon atelier et bien d'autres. Or, ils perdurent des barrières mentales, des barrières qu'une loge dite "de saint Jean" ou un grade de "chevalier rose-croix" érigent encore. Il m'a fallu - autant que non-chrétien - une ouverture d'esprit pour accepter ce propos ou une surdité à la hauteur de celui-ci. Mais je crois qu'il serait peut-être de réconcilier, au moins dans nos loges, tous les maçonnes et les maçons en créant un rite qui abolisse l'enceinte qui rend parfois ce temple, auquel nous aspirons toutes et tous, inaccessible pour bien des gens.
Illustrations :
Fig.1 Un frère égyptien en décors
Fig.2 Portrait d'Abd-El-Kader
Fig.3 La Ka'aba
Pour poursuivre l'étude :
10:55 Publié dans Franc-maçonnerie, Religions | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Religions, Franc-maçonnerie, Islam, Aimable, Abd-El-Kader
05.05.2007
Framasonismo kaj esperanto

Créé par le docteur Louis-Lazare Zamenhof (1859-1917) en 1887, l'espéranto s'est doucement imposé en un peu plus d'un siècle. Langue construite, on estime ses locuteurs entre 2 à 3 millions répartis dans le monde. La facilité de sa grammaire aidant, son vocabulaire reposant largement sur les langues indo-européennes et une musique certaine quant à prononciation font de l'espéranto une langue relativement facile à apprendre. Mais notre article s'intitulant Framasonismo kaj esperanto (ou Franc-maçonnerie et espéranto), nous nous attarderons sur les liens entre notre vieille confrérie et cette langue nouvelle pétrie d'idéaux.
Zamenhof construisit cette langue dans l'idée qu'elle soit une internacia lingvo (langue internationale). Non qu'elle devienne hégémonique comme l'est l'anglais à présent, l'allemand en Europe Centrale, le russe en Europe de l'Est ou le français dans des temps plus reculés, mais qu'elle unisse l'humanité par un moyen de compréhension neutre et universaliste que peut être l'espéranto. Zamenhof pensait ainsi qu'elle formerait un lien fraternel entre les hommes et éviterait ainsi les guerres dues à l'incompréhension des nations et des cultures tout en maintenant celles-ci. Un bel idéal qui conquit nombreux francs-maçons au début du XXe siècle et qui en séduit encore aujourd'hui.
Il est vrai que l'idéal maçonnique et de l'idéal espérantiste se rapproche même si les deux empruntent deux voies bien distinctes.
Toujours est-il que des maçons de toutes obédiences essayèrent d'accroître cette proximité de l'un et l'autre. Dès lors, le Congrès Mondial espérantiste de Boulogne-sur-Mer de 1905 donna naissance à l'association Esperanto Masona. La loge Les Vrais Experts (GODF) fut la première a adressé en 1906 le voeu "d'initier" les frères à l'espéranto. De même qu'en 1913, l'atelier dénommé Esperanto naquit au sein de la Grande Loge de France. Celui-ci s'engagea à travailler exclusivement dans cet idiome et il semblerait qu'il fonctionne encore à l'heure actuelle. Dans la même année l'association Esperanto Masona devient la Universala Framasona Ligo suite au congrès de Berne. Exclusivement masculine, la ligue s'ouvrit aux soeurs en 1992
Une question qui préoccupe encore les francs-maçons et espérantistes reste en suspens : Zamenhof est-il franc-
maçon ? A vrai dire, personne ne le sait vraiment. Bien qu'il semble apparaître sur la liste des francs-maçons célèbres de la Grande Loge Nationale de Pologne, nul n'a trouvé une trace concrète de son activité maçonnique supposée.
Evidemment, rapproché franc-maçonnerie et espéranto est chose aisée. Francs-maçons et espérantistes s'animent d'un idéal universel, fraternel, au-delà des particularismes, des religions, des ethnies, etc... Ils constituent chacun une forme de communauté avec une culture propre à chacune d'entre elles. Pourtant, les liens entre l'un et l'autre ne sont pas à généraliser. La majorité des francs-maçons ne parlent pas un mot d'esperanto et les espérantistes n'appartiennent pas tous à nos loges. Des presque 300 ans de la franc-maçonnerie, le dernier siècle est à peine marqué par l'espéranto. Toutefois, en espérantiste et en franc-maçon, il me fallait bien en parler un peu.
Illustrations :
Fig 1.Portrait de Louis-Lazare Zamenhof
Fig 2.Affiche du centenaire de l'espéranto
Fig 3.Drapeau espérantiste
Pour apprendre l'espéranto :
20:45 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Esperanto, Zamenhof
28.04.2007
Le Grand Architecte de l'Univers (GADLU)

La référence au GADLU (ou Grand Architecte De L'Univers) fut largement polémique dans l'histoire mouvementée de la franc-maçonnerie. J'en avais fais une timide référence concernant le schisme de 1877 et il me fallait naturellement y revenir dans une étude consacré à ce thème si déterminant concernant la philosophie maçonnique et sa spiritualité.
L'expression du Grand Architecte de l'Univers proviendrait de la Renaissance. Usage des alchimistes (scientifiques de l'époque), des astronomes, des philosophes et artistes, le Grand Architecte serait une allégorie désignant le Dieu. Anderson dans ses Constitutions de 1723 en fera référence dans sa lecture toute personnelle de l'histoire : "Adam, notre premier ancêtre, crée à l'image de Dieu, le Grand Architecte de l'Univers, dut avoir les sciences libérales, particulièrement la géométrie, inscrites dans son coeur (...)". Le Grand Architecte de l'Univers est alors une notion déiste dont les sciences libérales - et "particulièrement la géométrie" - relient la créature envers son Créateur. Il est le démiurge, l'architecte à l'origine du monde et l'ordonnateur de celui-ci.
La franc-maçonnerie définit alors sa spiritualité à l'égard du divin. Le Grand Architecte de l'Univers d'Anderson devient entièrement conceptuel tel qu'on put l'exprimer le Deus sive Natura de Spinoza ou le Dieu "Horloger" de Voltaire dans un domaine plus "académique". Et c'est bien cette conceptualisation qui crée l'opposition des Modernes et des Anciens. Dermott, dans l'Ahiman Rezon, n'entendra pas cette notion comme une allégorie spiritualiste mais bien telle une métaphore théiste. Si pour les Modernes le Grand Architecte de l'Univers est peut-être Dieu. Pour les Anciens, Dieu peut être le Grand Architecte de l'Univers. Ce propos rhétorique engagera un véritable combat idéologique entre deux interprétations de la franc-maçonnerie. Si les Anciens soutenaient une franc-maçonnerie catholique, résolument religieuse, les Modernes exigent de l'Ordre la conciliation des esprits par un Grand Architecte de l'Univers adogmatique. L'histoire nous apprend que ces deux visions finiront par s'entendre en 1813.
Or cet acte d'union fut faussé par l'évolution de la pensée au cours du XIXe siècle.
La maçonnerie - qui a toujours vécu avec son temps - connaîtra des phases philosophiques qui l'éloigneront du déisme "originel" et de la réaction théiste. Le positivisme religieux d'Auguste Comte est une étape essentielle dans l'histoire des pensées car il est la première tentative afin de répondre aux concepts métaphysiques. En cela, il justifie un athéisme qui tend à définir la réalité par des principes scientistes. C'est toujours mieux pour un esprit dubitatif que cet imperceptible spirituel que l'on nomme Dieu. Le positivisme religieux force l'individu à rechercher le salue dans le progrès et dans la société. Le positivisme aura un poids conséquent sur la franc-maçonnerie française, notamment au sein du Grand Orient de France (GODF) "schismatique" de 1877. Au-delà du seul positivisme, il se développe avec la philosophie marxiste un athéisme matérialiste qui convaincra de nombreux frères. Le GADLU est relégué alors à l'histoire, devenant une nourriture spirituelle honteuse.
Toutefois, au déisme, au théisme et aux formes d'athéisme qui interprètent ou suppriment la notion de Grand Architecte de l'Univers, le mysticisme à la fin du XIXe siècle lui donnera une nouvelle dimension. Le GADLU devient en effet le "Grand Initié". Au-delà de son attribut de démiurge, du langage cosmologique de l'allégorie, il est la gnose suprême des francs-maçons ésotériques (pour qui je consacrerai évidemment une étude approfondie).
Mais il serait réducteur que d'apprécier le Grand Architecte de l'Univers qu'au sens de l'histoire des idées et dans sa seule signification philosophique.
On peut comprendre le GADLU dans un langage spirituel et symbolique. Symbole, il représente l'harmonie platonicienne qui allie l'Univers à l'Etre, la Matière à l'Esprit. L'invocation au "Grand Architecte de l'Univers" admet un ordre du monde qui dépasse la sphère de la loge pour s'apprécier dans l'être et l'agir initiatique. Ainsi le GADLU signifie l'aboutissement spirituel ou lorsque le microcosme (l'étant) se sublime dans le macrocosme (l'univers) et se révèle alors comme un Etre élevé.
De même qu'à cela, il y a un propos artistique dans le Grand Architecte de l'Univers. En effet, la Bible nous apprend que Dieu suggère les plans et la construction du Temple à Salomon. De ce fait, Hiram de Tyr aurait été conduit par cette chose étrange que les artistes nomment "inspiration" et qui les trouble depuis la nuit des temps. L'inspiration, est-ce peut-être cela qui permet à un homme de sortir de la technicité nécessaire pour apprécier l'inexplicable talent ?
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07.04.2007
Politique et franc-maçonnerie (3) - le "schisme" de 1877

Le "schisme" entre deux perspectives de la franc-maçonnerie intervient en 1877, date où le Grand Orient de France institua une nouvelle constitution dans laquelle la référence au Grand Architecte de l'Univers devient facultative et la croyance en un principe fondateur passe à la trappe. Dans les deux études précédentes, je m'interrogeai bien plus sur la coexistence du politique (au sens le plus large du terme) avec la démarche initiatique. Ici, et plus factuellement, sur les causes qui entraînèrent deux interprétations bien distinctes de l'Etre et de l'Agir maçonnique.
On ne pourrait comprendre la politisation du Grand Orient enfin assumé sans l'inscrire dans ce siècle tourmenté qu'est le XIXe et le passé révolutionnaire qui le précède.
Même si Barruel dans sa Mémoire pour servir à l'histoire du jacobinisme émet l'idée que les francs-maçons jouèrent un rôle central dans la Révolution française, l'histoire nous apprend que le Grand Orient de cette époque n'était pas si agissant que ça. Composé majoritairement d'aristocrates, l'ensemble des loges démissionnent de la vie publique, voir tombent en sommeil après les évènements de 1791. Ce ne sont que des maçons à titre individuel, ou dans des collectifs réduits, qui participent à la Révolution française. Toujours est-il que si la maçonnerie n'est pas une actrice de la Révolution comme on a voulu le prétendre, elle sera investie d'une culture révolutionnaire notable s'ouvrant à une déchristianisation, à un idéal de tolérance dont la personne de Chemin-Dupontès illustre bien les efforts entrepris.
C'est bien plus avec l'Empire que la franc-maçonnerie va être associé au pouvoir. Le Grand Orient et la quasi-totalité
des obédiences provinciales qui subsistent après la Révolution reprennent leurs travaux en 1796 sous le Directoire. En 1798, elles ne sont que trois en activité et il faudra encore attendre quelques années pour qu'elles se reconstituent entièrement. Après le coup d'Etat du 18 Brumaire, Bonaparte prend sous son aile la maçonnerie française selon un principe social et plus encore sociétaire. Pour lui, la franc-maçonnerie était un corps constitué à l'égal de la religion dont il fallait s'assurer qu'il marche au pas avec son gouvernement. Le Grand Orient et son obédience rivale : La Grande Loge Générale Ecossaise se disputent alors la primauté maçonnique. Bonaparte préfère mettre fin à ces hostilités qui profitent aux adversaires de son régime et les assujettit à un concordat. Le prince Joseph devient Grand Maître et le prince Louis Grand Maître adjoint. Tous les pontes de l'Empire sont placés dans la hiérarchie dont Cambacérès ou les maréchal d'Empire Ney, Kellermann et même Murat (pour ne citer qu'eux). Ce soutient à l'Ordre permet son expansion : la franc-maçonnerie comptera près de 1200 ateliers en 1814. Très mondaine, militaire, la population en loge se diversifie comptant de plus en plus de bourgeois, de fonctionnaires et de gens d'armes. Mais il ne faudrait pas voir en cette période un âge d'or sans ombre au tableau. A partir de 1810, les loges doivent être reconnu par l'Etat pour pouvoir se constituer. L'instrumentalisation de l'Ordre l'affaiblit et le politise à tels points qu'il est lié corps et âme au régime.
Avec la Restauration, la maçonnerie devient véritable le vivier des aspirations futures et passées. Il existe alors des loges "républicaines", "bonapartistes", "monarchistes" qui délaissent le rituel pour la chose publique. Inversement, certaines s'animent dans une optique de retrait du monde vers un ésotérisme qui n'était pas, alors, l'apanage de la franc-maçonnerie. Cette période incertaine entre 1814 et 1848 est le moment de toutes les divisions entre plusieurs interprétations de la maçonnerie qui se cherchent et les forces partisanes qui se constituent.
Si 1789 n'est pas "la" révolution maçonnique, 1848 connaîtra après coup une adhésion contrastée mais plutôt positive. Il faut dire qu'un bon nombre de maçons (toujours à titre individuel) y participent. Le gouvernement provisoire compte d'ailleurs Adolphe Crémieux ou Victor Schoelcher. Plusieurs mesures entreprises par celui-ci furent discutées en loge et les valeurs maçonniques apparaissent au grand jour. Le gouvernement reçoit également des délégations du Grand Orient, ce dernier lui apportant son agrément plein et entier. Mais rien n'est unanime en maçonnerie et l'aille droite rompt progressivement.
Avec le Second Empire, la tutelle du pouvoir s'accroît sur l'Ordre. Le prince Murat est élu Grand Maître du Grand Orient de 1854 à 1861, grande maîtrise qu'il exerce avec un autoritarisme à son paroxysme. En 1862, c'est au tour du maréchal Magnan d'assurer cette position. Profane au moment de sa nomination par Napoléon III, il acquiert en un jour les 33 degrés du Rite Ecossais. Le néo-bonapartisme réaffirme néanmoins la maçonnerie dans le parti révolutionnaire. Le Convent de 1865 donne au Grand Orient sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Mais au sein de l'obédience, et envers ces progrès mitigés quant à un changement constitutionnel, le Suprême Conseil de France (garant de la Tradition) s'oppose aux loges progressistes.
Mais ce n'est qu'en 1870 et par la proclamation de la IIIe République que la franc-maçonnerie politisée se conçoit dans ancrage social en tant que telle une force progressiste. Il faut dire que les évènements de la Commune font sortir les idées politiques des loges à la rue. En effet, le 29 avril 1871, 6000 frères défilaient du Louvre jusqu'aux portes Maillot et Dauphine pour que cessent les effusions de sang. Léo Meillet remettra le drapeau de la Commune de Paris avec ce propos : "C'est le drapeau de la Commune de Paris que la Commune va confier aux francs-maçons. Il sera placé au- devant de vos bannières et devant les balles homicides de Versailles. Quand vous les rapporterez, ces bannières de la franc-maçonnerie, qu'elles reviennent déchirées ou intactes, le drapeau de la Commune n'aura pas faibli... Ce sera la preuve de leur union inséparable." Si Mac-Mahon réprima les dernières illusions des libertaires, socialistes et radicaux, perdurent-elles encore 6 ans plutard lorsque les monarchistes quittent progressivement le devant de la scène publique politique dans l'hexagone avec la victoire des républicains aux législatives.
Depuis ce temps subsistent deux visions de la démarche initiatique sur lesquelles j'ai essayé, mes chers lecteurs, de vous donner une optique générale tant spirituelle, philosophique, qu'historique ; même si celle-ci reste bien en surface de la problématique et qu'elle fera, peut-être un jour, l'objet d'une publication bien plus détaillée.
Illlustrations :
Fig. 1 : Illustration - La franc-maçonnerie et la commune.
Fig. 2 : Portrait de Jean-Jacques Régis de Cambacérès par Eustache Maurin
Fig. 3: Portrait d'Adolphe Crémieux par Jean Lecomte du Nouy
Pour poursuivre l'étude :
12:10 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Politique, Histoire, Empire, Commune
04.04.2007
Politique et franc-maçonnerie (2) - des maçons engagés
Plutôt que de lister des francs-maçons engagés par ordre alphabétique ou par thématiques, je reviendrai - pour voir y avoir invité dans le premier volet de cette étude - sur le postulat que j'avais émis précédemment. Lorsque j'affirme que "l'idéal maçonnique est contextuel (même si perdurent en lui des valeurs dites universelles) et déterminé selon la culture propre à chaque individu", ceci est plus qu'une vaine affirmation, une croyance, mais le résultat d'une vaste interrogation sur ces maçons et maçonnes ayant milité au-delà et dans les loges.
Ainsi, questionnons-nous si l'idéal maçonnique est la cause d'un engagement ou la conséquence de la démarche initiatique ?
La devise : Liberté, Egalité, Fraternité - que nous connaissons bien en France pour être inscrite aux frontons des mairies françaises - fut intégrée à certaines batteries rituelles. Elle reprend ce que je nomme valeurs dites universelles.
Dans ses Constitutions, Anderson demandait que le maçon soit "libre et de bonnes moeurs". La liberté est aux balbutiements de la démarche initiatique. Mais cette liberté ne se définit pas que de manière formelle. S'il faut être libre de toutes tutelles quant à son propre individu, que dire de cette liberté spirituelle qui repousse les dogmes, les superstitions, l'esclavage de la pensée unique dont le XXe siècle nous en aura démontré toute l'horreur ? Plus conceptuellement, la liberté n'est pas qu'un droit de nos sociétés occidentales et démocratiques, c'est une raison d'être contre ce qui nous constitue et ce qui nous entoure. C'est un combat perpétuel entre nos chaînes et l'Esprit. A ce titre, la liberté fonde notre volonté d'Etre sur l'étant dans la perspective du Dasein (tel qu'il est exprimé par M. Heidegger dans son livre Sein und Zeint).
Egalité maintenant dans la mesure où le genre humain - quel que soit ses composantes culturelles, ethniques, religieuses, sexuelles - est un tout qui méconnaît une inégalité en soi. S'il existe des inégalités en fonctions par rapport à la situation originelle de chacun, la société - en corps constitué - doit résorber celles-ci. C'est la compréhension universelle de la concorde civique qui tenait autant à la cité romaine qu'elle s'inscrit dans des philosophies politiques dites "égalitaristes" telles que dans la conception de l'american way of life ou dans notre bonne vieille République. La franc-maçonnerie - en tant que société - reprend cette égalité en soi mais connaît, comme dans toutes sociétés, une inégalité en fonction.
La fraternité est au coeur de l'idéal maçonnique. Si la liberté s'entend individuellement et que l'égalité correspond à un universalisme, la fraternité tend à cimenter (ça tombe bien) la pierre à l'édifice. Si nous nous entendons comme des hommes libres car individus spirituels (et donc insaisissables, immatériels), égaux dans une société donnée et normée par la volonté collective, nous sommes frères car reliés par un au-delà : l'idéal maçonnique.
Or cet idéal demeure contextuel ; selon qu'il s'entend dans le profane ou dans le sacré. 
Pour bons nombres de maçons, la frontière entre profane et sacré est ténue, voir inexistante. Si la liberté a conduit un individu vers une démarche initiatique, l'égalité et la fraternité s'édifient comme les piliers du genre humain supportant ce toit spirituel, plus ou moins concret, dans l'au-delà. Pour ces maçons, la franc-maçonnerie n'est plus une société mais bien une proto-société aux balbutiements de l'Idéal. Plutôt que de parler de franc-maçonnerie "politique", c'est une maçonnerie révolutionnaire (au bon sens du terme). Il ressort de la démarche initiatique, une compréhension d'un Absolu qu'il faut apporter au plus grand nombre lorsque celui-ci saura l'entendre. D'où l'ingérence dans le débat public de francs-maçons qui estiment que le contexte est propice à la diffusion d'idées qui ne sont pas, à proprement parlé, maçonniques. C'est le cas du combat pour une laïcité orthodoxe que défend le Grand Orient sans que celle-ci n'appartienne à l'idéal, aux moeurs, à la compréhension même de la franc-maçonnerie. Si la franc-maçonnerie n'est pas religieuse et défend, de ce fait, un adogmatisme en loge. Le propos "laïcard" est totalement inexistant des textes et bien franco-français. Parmi les francs-maçons célèbres, Abd El Kader était certes défenseur de l'Algérie contre le colonisateur français mais n'était pas moins le représentant d'une école religieuse.
Pour conclure, je ne pense pas qu'il existe un idéal maçonnique qui oblige l'individu à s'engager dans la vie publique. Depuis la nuit des temps, les hommes se partagent selon leur compréhension du monde. Elle peut être interprétative ou littéraliste, spirituelle ou matérielle. Il existe des maçons qui sont venus en maçonneries par leurs engagements, d'autres qui en trouvent par leur démarche initiatique. C'est là toute la question entre l'Etre et l'Agir et, plus exactement, la marge de ces deux concepts contradictoires qui nous font homme.
Illustration :
fig. 1 : Portrait de Prouhdon, philosophe célèbre et franc-maçon.
fig. 2 : Illustration de la devise de l'armée républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort"
fig. 3 : Portrait de l'émir Abd El Kader peint par Ange Tissier.
Partenariat :
16:10 Publié dans Franc-maçonnerie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Franc-maçonnerie, Politique, Heidegger
27.03.2007
Politique et franc-maçonnerie (1)

Anderson écrivait dans ses Constitutions de 1723 : "(...) nous sommes résolument contre toute politique comme n'ayant jamais contribué et ne pouvant jamais contribuer au Bien-Être de la Loge." Franc-maçonnerie et politique seraient-elles incompatibles par nature, par essence ? Dans un précédant article, j'évoquai les principes de la régularité qui condamnent ce propos politique en loge. Mais à la veille d'échéances électorales, je m'interroge sur l'agir maçonnique dans la chose publique (et cela après une lettre envoyée par le Grand Maître du GODF aux différents candidats à la présidentielle ; cf. l'article de Jiri Pragman).
Nier l'influence de la franc-maçonnerie sur la vie publique serait aussi faux que de lui prétendre la marche du monde. Je consacrerai à cette vaste et polémique thématique trois études. Dans ce premier volet, je réfléchirai selon une problématique "philosophique" à savoir : la démarche initiatique peut-elle, doit-elle s'incarner dans le monde profane ?
Si l'on estime qu'une démarche initiatique est la quête de l'Etre vers un Absolu, je conçois mal qu'un champ politique puisse se rattacher à ces concepts bien abstraits. En quoi une société initiatique, mue par des traditions, fondée sur un langage spéculatif, pourrait s'immiscer dans la cité ? C'est justement car la démarche initiatique ne se définie pas qu'en l'Etre, mais s'apprécie également au travers de l'Agir, qu'un faible tison d'incertitude demeure en chacun. Agir en franc-maçon s'est se retrouver dans des vertus, dans un rapport avec la fraternité et, donc, au cosmos. Dans les Principes de la philosophie du droit, Hegel nous apprend que de la volonté libre naît la morale subjective. Pour être une volonté particulière de l'Agir, le politique est une tentation infantile de l'Etre initié car elle ne donne pas lieu à une identité - qui définirait cet Etre envers le profane et dans le sacré - mais à un idéal.
Si l'identité maçonnique se codifie par des symboles, signes, paroles, attouchements et au travers d'une spiritualité, qu'est-ce que cet "idéal maçonnique" ? Vaste question à laquelle ma modeste réflexion n'apportera qu'une réponse incomplète, j'en ai crainte. A ce sujet, il ressort des Constitutions plusieurs pistes dont la liberté, l'égalité, la fraternité et la paix. Cependant, on ne peut enlever le "poids" de Dieu dans les textes : " (...) il [le maçon] ne sera jamais un stupide athée, ni un libertin irréligieux". Serait-ce alors une simple morale chrétienne édulcorée ? Le reflet du siècle des Lumières ? Celui de l'humanisme enfin triomphant ? Il me faudrait y revenir dans une prochaine étude mais, pour l'instant, je maintiens le postulat que l'idéal maçonnique est contextuel (même si perdurent en lui des valeurs dites universelles) et déterminé selon la culture propre à chaque individu.
Louer l'idéal plutôt que l'identité convient à l'ordre des partis. S'il existe, par exemple, une identité républicaine formée par une dialectique, une symbolique, une culture et même un inconscient collectif, le pragmatisme fait qu'elle est reléguée au second plan. Lorsque la maçonnerie se politise à son paroxysme, c'est toute la démarche initiatique qui en est contrariée. Au sein du Grand Orient, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le Rite Français a perdu ainsi toute sa consistance spirituelle. En certaines loges, les planches traitaient bien rarement des questions symboliques pour que l'on discute essentiellement de problématiques liées au "profane" et s'enquérir, bien sur, d'élire le Vénérable.
Mais y'a-t-il des vertus qui échappent au monde profane ? Certes non.
Le tout n'est pas "l'Etre initié" mais bien cet "Absolu" que l'on ne saurait définir. Certains conçoivent que le Grand Architecte de l'Univers est le principe créateur, Dieu peut-être et l'Absolu, probablement. Adogmatisé, conceptualisé, un certain nombre de maçons y voit l'allégorie d'un universalisme qui méconnaît la séparation entre la sphère profane et la sphère sacrée. Le politique, du grec polis dans le sens du "peuple organisé dans la cité", s'intègre à cette optique où la quête individuelle rapproche le microcosme concret du macrocosme abstrait. C'est pourquoi je disais que l'idéal n'est qu'une tentation infantile car il n'existe aucune spiritualité qui peut être politique auquel cas, elle sera vouée inévitablement à l'échec (comme il en fut de toutes les théocraties dans l'Histoire).
C'est pourquoi, je pense qu'il ne faille confondre la démarche initiatique avec l'engagement politique, même si celui-ci est louable. Car il se conjugue forcément au pluriel et néglige l'introspection, quel est son rapport spirituel ? Je n'entends pas en cela qu'un franc-maçon doit se dégager des phénomènes de sociétés, vivre dans sa bulle, bien au-delà du monde et n'avoir de préoccupations que les activités de sa loge. Evidemment, vouloir créer un monde meilleur est consubstantiel au fameux idéal maçonnique qu'il fut américain, français ou russe. Cependant, le monde meilleur de la franc-maçonnerie se construit d'abord en soi, si le maçon le veut bien.
Je conclurai ma réflexion sur une note plus actuelle. J'appartiens à une maçonnerie traditionnelle comme bon nombre d'entre vous le savent déjà ou l'auront deviné. Si je reconnais la légitimité et la liberté de toutes les maçonneries, réduire la mienne en prônant une attitude politique m'est détestable. Si l'esprit des Constitutions peut s'avérer bien dogmatique, les communiqués d'une certaine obédience n'offrent pas d'interprétations possibles ou le soupçon d'un doute. Je n'exprime là que mon avis et je vous prie d'en faire de même car, francs-maçons, nous sommes avant tout des gens qui savent écouter avant de dire.
Illustration :Georges Washington en décors
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