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07.09.2007

Mani, le prophète oublié

Né en Orient, oublié par l'Occident, Mani appartient à ces prophètes jugés par l'Histoire et abandonnés dans celle-ci. Comme tous les mystiques qui l'ont précédés et ceux qui le suivirent, Mani a l'originalité de son histoire et la pertinence de son discours tombant souvent dans la légende et perdurant dans une interprétation partiale. Pendant fort longtemps, seul Saint Augustin traçait son portrait, faisant du "manichéisme" une hérésie supplémentaire. Fort heureusement pour ce prophète oublié dans le temps, il est intervenu des hommes pour rétablir sa mémoire et la vérité sur sa vie.

Plus qu'un prophète, on dit de Mani qu'il était peintre, philosophe et médecin. Né en 216 à Ctésiphon (Mésopotamie), ses origines le renvoie à la Parthie (région au Nord-Est du plateau iranien) de ses parents. Son père, Patteg, appartenait à la tribu guerrière des Hamadan. Quant à sa mère, Maryam, la légende veut qu'elle descende de la famille princière des Kamsaragan, proche de la dynastie Arsacide. Néanmoins, indoeuropéen dans un pays sémite, il parlait syriaque et cela depuis sa naissance.

Sa vie religieuse commence à ses quatre ans. Son père, adhérant à la foi des Elkhasaïtes (un syncrétisme gnostique des chrétiens primitifs), l'arracha à sa mère pour poursuivre son enseignement dans la communauté. Autant dire que ce déchirement provoqua en lui un traumatisme profond. Chaque mystique étant un révolutionnaire, il fallut attendre la puberté a Mani pour qu'il s'affirme en tant que tel. En effet, ce n'est qu'en 228 qu'il reçoit sa première révélation par l'ange At-Taum ("le jumeau") qui lui dit : "Sépare-toi de cette communauté car tu n'appartiens pas à ses adeptes... Toutefois, en raison de ton jeune âge, le temps n'est pas encore venu pour toi de te manifester." Douce révolution où la sagesse l'emporte sur l'imprudence, la certitude sur le temps.
L'ange lui confirmera sa mission à ses 24 ans. Alors excommunié de sa communauté d'origine, il entreprend avec son père et deux disciples de répandre son message en Inde dans les communautés chrétiennes, fondées par l'apôtre Thomas (considéré comme le jumeau de Jésus). En 242, de retour en Iran, il obtiendra de l'empereur sanasside Shapur Ier (241-272) le droit de répandre librement son enseignement dans tout l'Empire Perse. Cette protection royale permet au manichéisme d'atteindre l'esprit de ces contemporains. Mais l'opposition de plus en plus virulente du mazdéisme abrogera cet état de grâce rendu possible par le conversion d'Hormzid Ier (272-273 ; fils de Shapur) et le soutient du pouvoir. Le frère et successeur de ce dernier : Bahram Ier (273-276) condamnera à mort le prophète dans la ville de Gundishapur ; faisant de fait du mazdéisme la religion d'Etat.

Au-delà de sa vie mouvementé, fait de pérégrinations et d'épreuves, Mani laissera son emprunte dans l'humanité. Outre sa religion et sa spiritualité (que nous aborderons dans des études appropriées), Mani créa un style artistique. Il contribuera notamment à réformer l'écriture persane et ses disciples seront les premiers à traduire dans une langue indoeuropéenne les écrits du bouddhisme. Plus qu'un prophète oublié dans l'histoire, Mani fut le grand rassembleur des civilisations de l'antiquité tardive.

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