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21.06.2007

Le Rite Français

cd3b24d443ac0644cfa6b100c0f73c64.jpgApparaissant à la fin du XVIIIe siècle, les systèmes rituels ont constamment évolué dans l'histoire et évoluent encore à travers elle. Bien plus qu'un folklore, bien moins qu'un rite à la portée religieuse, le rite pratiqué en loge éveille l'esprit tant il est - ou il fut - une élaboration contextuelle des problématiques touchant la franc-maçonnerie à l'époque et d'une spiritualité qui habitât les frères en ces temps lointains. Le Rite Français serait là une curiosité hexagonale s'il n'était que l'engeance d'un gallicanisme maçonnique. Hors, ce que nous nommons avec habitude - et parfois avec la fierté du coq - Rite "Français" trouve plus juste substantif en Rite "Moderne".

N'en dérange le chauvinisme hexagonale, le Rite Français est intimement lié à l'implantation de la franc-maçonnerie dans notre pays par les Anglais dans les années 1720. En 1730, les trois premiers systèmes de grades dit "Modernes" sont publiés dans le livre de Samuel Prichard "Masonry Dissected" s'inspirant très largement des Constitutions d'Anderson et de la maçonnerie opérative écossaise. Ainsi, dans leurs bagages, les immigrants britanniques posent en France les bases de la maçonnerie dite des Modernes quoi que le terme soit encore quelque peu anachronique. Le rite transmis par les frères Anglais sera dès lors traduit en français et pratiqué dans la quasi-totalité des loges françaises. L'extraordinaire XVIIIe siècle donnera naissance à d'autres systèmes appelés "écossais" (pour lesquels je réaliserai une étude ultérieure) qui s'opposent au Rite Moderne. Si la franc-maçonnerie est universelle, elle demeure aujourd'hui encore - et fut bien plus à l'époque - une question d'interprétation. Sans plonger dans des questions complexes, cette rivalité sur la question des hauts grades et le besoin d'unifier les loges du royaume de France autour du Grand Orient de France motiveront l'obédience en 1785-86 à codifier le Rite Moderne devenant alors Rite Français. Toutefois les nuances apportées - donnant cette appellation d'origine contrôlée - proviennent plus des traductions hasardeuses de l'anglais au français et de quelques particularités spécifiquement françaises et donc ô combien anecdotiques.
Les siècles qui suivront vont effiler la corde jusqu'à rendre le rituel totalement neutre et laconique. Selon le contexte et la pensée du temps, le Rite Français sera déiste, agnostique, athée, voir même matérialiste. Il empruntera la philosophie des Lumières jusqu'au positivisme. Il fera l'éloge du roi, de l'Empire, de la République. Il faudra attendre le XXe siècle pour que cette tendance s'inverse et qu'un Rite Français Moderne Rétabli (devenant Rite Français Traditionnel) dépoussière la spiritualité inhérente à ce rite. Toutefois, ces multiples variantes héritées du passé ont la particularité de rendre le Rite Français particulièrement souple et nullement figé dans un droit canon ; tant par le le rituel basé sur les manuscrits de 1778,  le Régulateur du Maçon (1801), le rituel Aimable (1886), le rituel Groussier (1955), etc ...

Ainsi parlerai-je du seul Rite Français Traditionnel pour ne pas complexifier mon exposé dans les méandres du temps et des idéologies. Le Rite Français est avant tout - nous y faisions référence précédemment - le rite des Modernes. Au XVIIe siècle, deux systèmes s'opposent : le Rite du Mot Maçon (d'essence calviniste) et le Rite des Anciens Devoirs (d'essence anglicane). Ils divergent autour de questions théologiques telles que le serment sur la Bible ou la "cérémonie". Après plus d'un demi-siècle de guerres de  clochers, les deux rites archaïques seront synthétisés par l'oeuvre de James Anderson et de John Desaguliers. La synthèse concilie les églises respectives en conceptualisant Dieu. Le déisme d'alors n'en est pas moins basé sur la "mythologie" biblique ce qui enracine le Rite Français dans la tradition judéo-chrétienne. Mais qu'est-ce qui le distingue des autres rites ? A mon sens, il n'est pas doctrinal comme peut l'être le Rite Ecossais Rectifié (RER). C'est une alchimie, une alchimie émotionnelle qui ambitionne de porter la lumière et la fraternité dans les coeurs tout en interrogeant l'esprit aux mystères.

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18.06.2007

La corde à noeuds

69bde74c125349f3d331a2b2e8a61381.gifIl s'agit d'une corde sur laquelle sont formés des noeuds, souvent des noeuds de 8, également espacés. Ses extrémités peuvent parfois prendre la forme de houppes. Dans ce cas, on l'appellera "houppe dentelée".

En loge et sur le tapis de loge, on la retrouve consacrant un espace dans lequel prend place le rituel, et les symboles du premier grade. Cet espace sacré, ce temple (temenos), est fermé au Septentrion, à l'Orient et au Midi, et est ouvert en Occident pour former l'interface entre l'espace sacré intérieur, et le monde profane extérieur.

Ce symbole de la Maç:. a une longue vie puisqu'il est directement tiré de la maçonnerie opérative. Le livre "La Franc-Maçonnerie pour les Nuls" nous explique qu'il était d'abord un outil de mesure pour les apprentis qui ne savaient ni lire, ni écrire. Tous les apprentis disposant d'une telle corde pouvait donc tracer et mesurer sur la base d'une même mesure. L'association de cet outil à la géométrie pythagoricienne permettait, en outre, de construire un angle droit en remplacement de l'équerre. (13 noeuds, 3^2 + 4^2 = 5^2) De manière plus symbolique, la corde à noeuds permet donc de fixer le temple, de le construire, de lui donner corps.

La symbolique de la corde à noeuds semble avoir beaucoup évolué avec le temps. Plusieurs interprétations sont offertes, sur plusieurs niveaux.

fec204d0ba95b8fa3574786da7e233f2.jpgHistoriquement, on retrouve l'usage de cordes à noeuds dès l'antiquité, et dans les civilisations oubliées. Les incas, par exemple, utilisaient des assemblages de cordes à noeuds, appelés kippus, pour coder et conserver toute sorte de connaissances, des simples comptes qui font les bons amis, aux rituels et repérages astrologiques. Dans un certain sens, la corde à noeud était la représentation d'une structure, d'un principe supérieur (créateur ?), qui lie le monde physique au monde spirituel. Certains auteurs, nous dit Bertheaux, poussent l'étude jusqu'à y voir une représentation de certains Dieux, pour prendre alors une place très importante dans certains rituels de magie. Dans sa représentation Maç:. habituelle, on peut, par ailleurs, reconnaître le signe de l'infini dans l'entrelacement formant les noeuds sur la corde, ce qui offre des potentialités symboliques pour le coup infinies, dans de nombreux domaines.

Ce symbole est corrélatif d'un autre symbole, celui de la Chaîne d'Union fraternelle qui unit symboliquement tous les FF:. Mac:. régulièrement initiés. Les noeuds de la corde à noeuds représentent les maillons de cette chaîne, et prennent alors le nom de lacs d'amour. Dans cette représentation symbolique, qui est d'ailleurs souvent la première représentation proposée, chaque noeud a la même valeur, est au même niveau que les autres noeuds.

Dans une synthèse, on peut alors dire que la corde à noeuds représente la Maç:. dans son unité : puisqu'elle représente chacun des maillons de la Chaîne d'Union fraternelle, formant ainsi l'espace sacré, consacré, nécessaire à la construction de notre chantier, dans l'harmonie et la tolérance, ainsi que la représentation de notre prise de conscience, de notre appartenance au grand infini de la vie.

 

Merci à mon frère et ami E:. R:. pour cette étude. 

 

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14.06.2007

Le Frère de sang (E.Giacommetti et J.Ravenne)

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Le frère de sang (éditions Fleuve Noir) s'inscrit dans la lignée des deux autres thrillers maçonniques écris par le duo Eric Giacommetti et Jacques Ravenne : Le rituel de l'ombre et Conjuration de Casanova

Prévu pour le 14 juin dans toutes vos librairies, l'éditeur a eu la gentillesse de me transmettre le livre avant sa sortie pour que je vous livre mes impressions de lecture. Seront-elles peut-être un peu faussées car les polars n'appartiennent pas à mes lectures favorites et que je n'ai pas lu les précédents opus. Toutefois, j'ai été agréablement surpris. Le livre vous tient en haleine du début jusqu'à la fin. L'histoire s'enorgueillit d'un apport culturel et intelligent sans pour autant rompre avec le genre. En cela, Le frère de sang - profitant de la vague des thrillers ésotériques -  s'adresse autant aux profanes qu'aux francs-maçons. Ainsi, la trame narrative s'inscrit indubitablement dans le mystère teinté d'hémoglobine. Généralement les romans qui s'y essayent sont plutôt mauvais. Ce thriller est, quant à lui, relativement  bien ficelé et les transitions entre les péripéties criminelles du commissaire Marcas et de l'écrivain public Nicolas Flamel se renforcent de corrélations scénarisées au mieux. Je suspecte d'ailleurs les auteurs de penser à une adaptation au cinéma ce qui ne serait pas un mal en soi (surtout vis-à-vis des productions de " thrillers ésotériques" aux frontières des thèses les plus réductrices).

J'ai pourtant quelques réserves. Tout d'abord les descriptions sont un peu minimales à mon goût et le manque cruellement. Cruellement de tout,  vu sa banalité quasi-journalistique. Les auteurs s'essayent parfois - avec perte et fracas - à quelques brides de hauteur mais en retombent immédiatement. De plus, je crains qu'une trop forte contextualisation du récit ne survive pas au temps. Finalement, l'action est privilégiée sur l'intériorisation des personnages (ce qui est dommage dans un cadre tel que la franc-maçonnerie). Mais je pense ce que E.Giacometti et J.Ravenne n'ont pas la prétention d'écrire un livre spirituel dans la plus pure tradition littéraire.

Même si j'ai ces quelques réserves, elles n'entachent en rien le plaisir de la lecture et, pour toutes les raisons évoquées précédemment, ce thriller sera incontournable sur les plages et au rebord des piscines. Un très bon divertissement à coup sur, je vous convie à acquérir Le frère de sang.

Le site des auteurs : Polar franc-maçon

 

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11.06.2007

Comment devient-on franc-maçon ?

La question : "Comment entre-t-on en franc-maçon ?" m'a été plusieurs fois posée par des lecteurs du blog Jakin & Boaz. Une fois n'est pas coutume, je donnerai à mes réponses une version achevée. Elle se destine à ceux qui souhaitent intégrer l'Ordre avec bonne foi mais aussi dont le doute et le nombre des lectures poussent parfois à jeter l'éponge. Evidemment, la franc-maçonnerie n'est pas fraternité prosélyte et ne souffre d'ailleurs pas d'un manque de recrutement (du moins en Europe). N'interprétez pas ce petit guide comme la promotion d'une obédience plutôt qu'une autre, d'un rite plutôt qu'un autre, mais comme une invitation objective pour les profanes - s'apprêtant à franchir le cap - à s'interroger justement sur leurs motivations, leur démarche initiatique et leur éviter de jeter l'éponge par manque d'informations. C'est sur cette première étape que je commencerai.

Etape 1 : S'interroger

Je commencerai mon article par une généralité : on y entre lorsqu'une certaine maturité intervient ou un besoin l'exige. N'entendez pas par "maturé" un facteur élitiste qui réserverait la franc-maçonnerie aux vieux sages ou aux universitaires mais bien une "maturité" psychique. En cela, il faut avoir le recul suffisant pour ne pas comprendre ce qu'est la franc-maçonnerie et ce qu'elle vous apportera. On n'entre pas en franc-maçonnerie comme dans un club ou comme dans une association "ordinaire". Besoin maintenant car si la franc-maçonnerie est exigeante, il faut que vous ayez une aspiration à y entrer. La franc-maçonnerie vous coûtera du temps car l'assiduité et les déplacements sont nombreux et elle vous obligera à un travail d'introspection. De surcroît, la capitation (la "cotisation") n'est pas dérisoire. Ne voyez pas cela comme un rapport gagnant-gagnant (on ne gagne rien à être franc-maçon si ce n'est du travail supplémentaire) mais bien comme un sacrifice nécessaire pour atteindre autre chose. Quel est cet "autre chose"? C'est à vous de le définir selon vos attentes et vos implications.

Etape 2 : Quelle obédience ?

Une fois le stade du questionnement franchi, il faut savoir où vous mettez les pieds. Si malheureusement on ne choisit pas toujours ses frères et/ou ses soeurs, inévitablement vous devez avoir une certaine cohésion dans votre démarche sinon vous serez très vite déçu(e). Selon vos exigences, votre aspiration, votre engagement, votre genre, vous serez amenés à entrer dans une obédience. Sans stéréotyper les différentes obédiences, certaines constances m'amènent à dresser le tableau suivant. Evidemment, je ne peux pas vous parler de toutes les obédiences car, non seulement elles sont nombreuses en France, il faudrait aussi aborder celles à l'étranger. Je vous livre là qu'une mosaïque simplifiée avec quelques exemples :

  • Franc-maçonnerie "régulière" : réservée aux hommes, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle se destine plutôt aux théistes car le franc-maçon prête serment sur un volume de la Loi Sacrée et entendra dans le Grand Architecte de l'Univers (GADLU) une équivalence conceptuelle à Dieu. Sachez toutefois que la franc-maçonnerie régulière ne reconnaît pas officiellement les initiations pratiquées dans les autres franc-maçonneries.
    Exemples d'obédiences "régulières": Grande Loge Nationale Française (GLNF), Grande Loge Régulière de Belgique (GLRB), Grande Loge Suisse Alpina (GLSA), etc ...
  • Franc-maçonnerie "traditionnelle" : théoriquement masculine, elle aborde uniquement les thématiques spirituelles, philosophiques et symboliques. Elle n'impose pas une vision dogmatique des symboles mais certains frères athées ou matérialistes pourraient s'y sentir mal à l'aise quant à la référence au Grand Architecte de l'Univers et à la présence des Trois Grandes Lumières (Equerre, Compas, Volume de la Loi Sacrée) sur l'Autel des serments. La franc-maçonnerie traditionnelle reconnaît toutes les autres franc-maçonneries et entretient généralement avec elles des rapports fraternels.
    Exemples d'obédiences "traditionnelles" : Grande Loge de France (GLDF), Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra (GLTSO, en France et à l'étranger), Loge Nationale Française (LNF), Grande Loge de Belgique (GLB), etc ... 
    Il existe également une franc-maçonnerie traditionnelle féminine et/ou mixte :
    - Féminine exclusivement : Grande Loge Féminine de France (GLFF), etc...
    - Mixte : Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal (OITAR), etc...
  • Franc-maçonnerie "libérale" : elle aborde les thématiques politiques et sociales mais pas uniquement. Comme la franc-maçonnerie "traditionnelle", elle n'impose pas de vision dogmatique des symboles mais souvent le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée disparaissent des rites. La franc-maçonnerie "libérale" peut être :
    - Masculine exclusivement : Grand Orient de France
    (GODF), Grand Orient de Belgique (GOB), Grand Orient de Suisse (GOS), etc ...
    - Mixte : Fédération du Droit Humain (DH, en France et à l'étranger), Grande Loge Mixte Universelle (GLMU), etc ...

Il existe bien plus de franc-maçonneries que ces catégories et bien plus d'obédiences que celles citées en exemples (celles-ci ont d'ailleurs des spécificités - outre l'implantation géographique - qui pourraient faire l'objet de plusieurs articles) mais pour ne pas complexifier tout cela, restons sur ce schéma. A ce propos, il se peut que vous soyez convié à visiter des sites d'autres obédiences plus petites que celles-ci. La taille et le nombre des membres ne veulent pas dire que ces obédiences ne sont pas sérieuses. Toutefois méfiez-vous, il existe des soi-disantes obédiences et ordres se réclamant de la franc-maçonnerie mais qui n'ont strictement rien à voir avec celle-ci et qui peuvent aisément être considérées comme sectes. Un bon moyen de vérifier la réputation des obédiences est tout simplement de voir si celle-ci appartiennent aux organisations internationales maçonniques (comme le CLIPSAS) ou qu'elles sont reconnues par d'autres obédiences de notoriété nationale.

Etape 3 : Quel rite ?

Une fois l'obédience choisie, reste à prendre en cause le rite pratiqué au sein de la loge. C'est là plus une dimension de spiritualité, d'attirance, plutôt qu'autre chose. Certains rites comme le RER (Rite Ecossais Rectifié) sonnent très christiques sans pour autant être chrétiens. D'autres comme le RFT (Rite Français Traditionnel) ou le REAA (Rite Ecossais Ancien et Accepté) le sont beaucoup moins. Le MM (Memphis-Misraïm) est plutôt ésotérique. Ceci est très schématique et, évidemment, bien trop succinct pour en faire un tableau. Je vous conseille vivement de vous renseigner sur les rites pratiqués au sein de l'obédience et celui de la loge dans laquelle vous serez amenés à recevoir la lumière.

Etape 4 : Entrer en franc-maçonnerie

Il existe en fait deux moyens pour entrer en franc-maçonnerie :

  1. Vous connaissez un franc-maçon (ou une franc-maçonne) qui se révèle à vous et vous invite à le (la) rejoindre. Dans ce cas, n'hésitez pas à lui poser le plus large éventail de question : sur son obédience, sur le rite qu'il pratique, sur sa loge. Si vous rencontrez le moindre doute - ou que vous souhaitez entrer en maçonnerie mais pas là où il (elle) est - n'hésitez pas à décliner courtoisement l'invitation mais de demander qu'il (elle) vous mette en relation avec des frères et/ou des soeurs dans une structure qui conviendra plus à vos aspirations.
  2. Vous ne connaissez aucun franc-maçon (ou franc-maçonne) et dans ce cas vous n'avez qu'une possibilité : écrire à une obédience (voir à plusieurs obédiences, si plusieurs conviennent à vos aspirations) afin qu'elle vous mette en relation avec un frère (ou une soeur) qui acceptera de devenir votre parrain (ou marraine). Je ne peux pas vous donner des conseils pour votre lettre mis à part de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité quant à vos motivations. Mettez y toutes vos tripes, votre coeur aussi et un peu de votre esprit.

Une fois ces quatre étapes franchises, il vous faudra faire oeuvre patience, de persévérance et surtout garder intactes la ou les raisons qui vous amènent à entrer en franc-maçonnerie car bien d'autres épreuves vous attendent et cela pendant tout votre parcours maçonnique.

Des élements de réponses avec :

07.06.2007

L'antimaçonnisme

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Traiter de l'antimaçonnisme est à la fois aisé et complexe. Aisé car les documents anciens jusqu'aux pamphlets contemporains ne manquent pas. Tracer une histoire de l'antimaçonnisme de ses origines à aujourd'hui sur des sources objectives serait un travail relativement facile tant les ennemis de la franc-maçonnerie sont nombreux et la verve à l'encontre de l'Ordre prolifère depuis des siècles. Mais justement, la complexité s'appuie sur cette difficile synthèse que la somme des critiques et la diversité de celles-ci obligent de faire. En effet, il n'existe pas un antimaçonnisme mais de multiples antimaçonnismes dont les motivations d'hostilité ne s'expliquent pas toujours dans un manichéisme agréable au plan intellectuel. Alors plus qu'une histoire de l'antimaçonnisme avec ces divers visages, je vais tenter de comprendre ce qui conduit, parfois, des individus à haïr la franc-maçonnerie sans jamais ne l'avoir côtoyer de près ou de loin.

Dans ces Réflexions sur la question juive, Jean-Paul Sartre expliquait qu'un individu, lisse sous tous rapports, aimant son prochain, intégré dans la société, modéré, peut être antisémite. L'antisémitisme serait alors un sentiment, allant du peu à la virulence passionnelle des fanatiques de toutes doctrines. Fort de ce constat - et à bien des égards - l'antimaçonnisme et l'antisémitisme sont des schémas psychiques quasi-identiques et la similitude des attaques envers les uns et les autres accréditerait la thèse de Sartre. Pourtant, si ce rapprochement existe dans les faits, les différences s'accroissent dans le fond. Il n'est pas impensable d'imager l'existence des francs-maçons antisémites et de juifs démontrant une franche hostilité envers à la franc-maçonnerie. Mais qu'est-ce qui distingue ces deux sentiments de la haine ?
Probablement car cette spécificité identitaire de l'homme juif (qui s'accepte ainsi par sa culture, son inconscient collectif, sa religion, etc ... ) ne peut s'appliquer au franc-maçon. S'il existe bel et bien une identité maçonnique car toutes spiritualités reposent sur une compréhension du Moi envers l'autre, on ne saurait mettre sur le plan d'égalité le fait de se comprendre comme juif et celui qui veut que l'on soit maçon. Evidemment, il y a une part culturelle à la franc-maçonnerie. Il y a même un inconscient collectif dont je peux en parler personnellement sachant que j'appartiens à la quatrième génération de francs-maçons dans ma famille. Mais c'est sur le point de vue religieux que le judaïsme et la franc-maçonnerie connaissent réciproquement leurs limites En effet, la franc-maçonnerie est une démarche initiatique, intime, privée, au seul regard des initiés et dans l'individualisation effective de la spiritualité.  Si l'on peut se comporter en franc-maçon dans la défense d'une institution (que ce soit l'Ordre dans son universalité ou dans le parti de son obédience), on ne se posera jamais comme garant de la démarche initiatique. Bien sur, il existe des tensions entre une maçonnerie dite régulière et une maçonnerie dite libérale dont l'épicentre du conflit se porte sur la définition du symbole du Grand Architecte de l'Univers (ou GADLU). Mais je confirmerai mon propos en argumentant qu'il s'agit bien d'un dogme (du grec δόγμα, croyance établie par une institution), il ne définit pas la démarche initiatique. Admettons que l'on comprenne le GADLU comme Dieu, la démarche initiatique pose l'individu selon sa propre spiritualité et l'engage à se porter vers un au-delà indéfinissable par nature. D'où le pourquoi, la franc-maçonnerie repose sur une culture chrétienne mais n'est pas christique.
Ainsi l'antisémite verra le juif dans ce qu'il présume être les facteurs de l'identité juive : les rapports communautaires, l'attachement à Israël, l'appartenance à une ethnie, à une religion, etc ... Alors que l'antimaçon confinera son sentiment d'hostilité à la franc-maçonnerie et aux francs-maçons dans ce qu'il n'est pas : un membre de l'Ordre, un initié.

C'est sur cette base que repose la majorité des antimaçonnismes. On reproche aux frères et aux soeurs l'aspect occulte de l'Ordre et des rites pour que les personnes qui y sont extérieurs d'esprit ou de fait méconnaissent. Ces liens indécelables qui tissent la fraternité paraissent également suspects.  La perception du complot est évidente pour l'antimaçon tant que tout ce qui ne transparaît pas s'illustre dans l'étrangeté. Que dire de plus sinon qu'il y a un rapport des peurs endémiques à l'humanité envers l'inconnu ? L'antimaçonnisme - pour être doctrinal - est l'exacerbation de ces peurs sur une logique d'appartenance ou, plutôt, de non appartenance formant un sentiment, un sentiment dont l'histoire a prouvé qu'il pouvait être assassin.

 

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