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28.04.2007

Le Grand Architecte de l'Univers (GADLU)

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La référence au GADLU (ou Grand Architecte De L'Univers) fut largement polémique dans l'histoire mouvementée de la franc-maçonnerie. J'en avais fais une timide référence concernant le schisme de 1877 et il me fallait naturellement y revenir dans une étude consacré à ce thème si déterminant concernant la philosophie maçonnique et sa spiritualité.

04dc3a219712b387666957737654b949.pngL'expression du Grand Architecte de l'Univers proviendrait de la Renaissance. Usage des alchimistes (scientifiques de l'époque), des astronomes, des philosophes et artistes, le Grand Architecte serait une allégorie désignant le Dieu. Anderson dans ses Constitutions de 1723 en fera référence dans sa lecture toute personnelle de l'histoire : "Adam, notre premier ancêtre, crée à l'image de Dieu, le Grand Architecte de l'Univers, dut avoir les sciences libérales, particulièrement la géométrie, inscrites dans son coeur (...)". Le Grand Architecte de l'Univers est alors une notion déiste dont les sciences libérales -  et "particulièrement la géométrie" - relient la créature envers son Créateur. Il est le démiurge, l'architecte à l'origine du monde et l'ordonnateur de celui-ci.
La franc-maçonnerie définit alors sa spiritualité à l'égard du divin. Le Grand Architecte de l'Univers d'Anderson devient entièrement conceptuel tel qu'on put l'exprimer le Deus sive Natura de Spinoza ou le Dieu "Horloger" de Voltaire dans un domaine plus "académique". Et c'est bien cette conceptualisation qui crée l'opposition des Modernes et des Anciens.  Dermott, dans l'Ahiman Rezon, n'entendra pas cette notion comme une allégorie spiritualiste mais bien telle une métaphore théiste. Si pour les Modernes le Grand Architecte de l'Univers est peut-être Dieu. Pour les Anciens, Dieu peut être le Grand Architecte de l'Univers. Ce propos rhétorique engagera un véritable combat idéologique entre deux interprétations de la franc-maçonnerie. Si les Anciens soutenaient une franc-maçonnerie catholique, résolument religieuse, les Modernes exigent de l'Ordre la conciliation des esprits par un Grand Architecte de l'Univers adogmatique. L'histoire nous apprend que ces deux visions finiront par s'entendre en 1813.

Or cet acte d'union fut faussé par l'évolution de la pensée au cours du XIXe siècle.
La maçonnerie - qui a toujours vécu avec son temps - connaîtra des phases philosophiques qui l'éloigneront du déisme "originel" et de la réaction théiste. Le positivisme religieux d'Auguste Comte est une étape essentielle dans l'histoire des pensées car il est la première tentative afin de répondre aux concepts métaphysiques. En cela, il justifie un athéisme qui tend à définir la réalité par des principes scientistes. C'est toujours mieux pour un esprit dubitatif que cet imperceptible spirituel que l'on nomme Dieu. Le positivisme religieux force l'individu à rechercher le salue dans le progrès et dans la société. Le positivisme aura un poids conséquent sur la franc-maçonnerie française, notamment au sein du Grand Orient de France (GODF) "schismatique" de 1877. Au-delà du seul positivisme, il se développe avec la philosophie marxiste un athéisme matérialiste qui convaincra de nombreux frères. Le GADLU est relégué alors à l'histoire, devenant une nourriture spirituelle honteuse.
Toutefois, au déisme, au théisme et aux formes d'athéisme qui interprètent ou suppriment la notion de Grand Architecte de l'Univers, le mysticisme à la fin du XIXe siècle lui donnera une nouvelle dimension. Le GADLU devient en effet le "Grand Initié". Au-delà de son attribut de démiurge, du langage cosmologique de l'allégorie, il est la gnose suprême des francs-maçons ésotériques (pour qui je consacrerai évidemment une étude approfondie).

Mais il serait réducteur que d'apprécier le Grand Architecte de l'Univers qu'au sens de l'histoire des idées et dans sa seule signification philosophique.
On peut comprendre le GADLU dans un langage spirituel et symbolique. Symbole, il représente l'harmonie platonicienne qui allie l'Univers à l'Etre, la Matière à l'Esprit. L'invocation au "Grand Architecte de l'Univers" admet un ordre du monde qui dépasse la sphère de la loge pour s'apprécier dans l'être et l'agir initiatique. Ainsi le GADLU signifie l'aboutissement spirituel ou lorsque le microcosme (l'étant) se sublime dans le macrocosme (l'univers) et se révèle alors comme un Etre élevé.
De même qu'à cela, il y a un propos artistique dans le Grand Architecte de l'Univers. En effet, la Bible nous apprend que Dieu suggère les plans et la construction du Temple à Salomon. De ce fait, Hiram de Tyr aurait été conduit par cette chose étrange que les artistes nomment "inspiration" et qui les trouble depuis la nuit des temps. L'inspiration, est-ce peut-être cela qui permet à un homme de sortir de la technicité nécessaire pour apprécier l'inexplicable talent ?

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22.04.2007

L'équerre

f82869a832af2afd6cd3e838d5cb1fba.jpgAprès le compas, il est naturel de passer à l'équerre. Naturel car l'emblème maçonnique par excellence associe l'un et l'autre mais l'hégélien que je suis ne les assemblera pas encore lors de cette étude, ceci pour apprécier un symbole aussi simple qu'il est important sous bien des plans.

Le terme équerre vient de l'ancien français esquire qui signifiait le "carré", lui-même provenant du latin exquadrare voulant dire "équarir" ou "tailler à l'angle droit". Ceci nous apprend que l'équerre s'assimile avant tout un outil pour bâtir mais, plus encore, pour bâtir droit. Si le compas trace des cercles, l'équerre précise en régularité le carré, le rectangle, le losange, la perpendiculaire ... Elle est l'outil du compagnon de métier, du maçon opératif par excellence.

Si le compas est le symbole de la création, l'équerre se maintient comme celui de la discipline tant il inspire une verticalité et une horizontalité. A cela, on comprend un ordre cosmogonique terrestre. J'irai plus loin en disant qu'il représente une idée du monde dans la mesure où, en chaque lieu, l'espace comprend une horizontale et une verticale, l'équerre détermine l'homme dans sa rectitude. Elle tend à le rendre droit. C'est l'instrument spirituel de l'ordre du monde qui fait de l'oeuvre un chef-d'oeuvre, de la pierre brute une pierre cubique. Utiliser l'équerre, c'est travailler sur ce Moi irrégulier et lui inspirer un agencement, une discipline, une morale.

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12.04.2007

Le culte de Mithra

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Trop longtemps dans l'histoire, on a minoré l'importance du culte de Mithra et son apport dans la société occidentale. Certaines thèses avanceraient même qu'il inspira bien plus la franc-maçonnerie que le christianisme l'ait pu faire. Les mythes fondateurs sont ce qu'ils sont, ce culte reste néanmoins intéressant tant dans sa spiritualité que par sa concurrence historique avec le christianisme.

Le dieu Mithra est d'origine iranienne, voir même indienne car présent dans le védisme comme dieu de la lumière. Il est également une des figures mineures d'Ahura Mazda (les yazatas dans le zoroastrisme).  Son culte fut importé en occident par les soldats romains et des esclaves originaires d'Asie, étant certainement initiés à une forme hérétique du mazdéisme d'alors. On peut également supposé que le mithraïsme qui nous est décrit revient tout simplement à une pratique gréco-romaine "d'adoption" d'une déité  (comme il en fût pour Bacchus ou Iris) avec l'institution d'une école mystique qui tend à l'hénothéisme. Mais quittons ces hypothèses pour revenir à la réalité historique. En effet, selon Plutarque, le mithraïsme aurait été introduit en Italie au Ier siècle av. J.C et commence son expansion au sein de l'empire Romain. Très vite, cette religion devient concurrente du christianisme et deviendra religion officielle de l'empire en 274 dans sa forme latinisée et syncrétique du Sol Invictus pour devenir un siècle plus tard illégale avec l'institutionnalisation du christianisme en religion d'Etat.

Les mystères de Mithra n'ont pas grand chose à voir avec le christianisme au point de vue spirituel et mystique. 
Le mithraïsme se base essentiellement sur des symboles et interprétations du combat de Mithra contre le taureau primordial. Par celui-ci, il libéra les âmes dans le monde et engendra les cycles de la vie. Le symbole du corbeau,  messager du dieu soleil qui demande à Mithra de sacrifier le taureau, nous démontre que le mithraïsme est une forme hénothéisme oriental. Il s'appuie sur la conscience et la révélation des mystères de la vie qui font de Mithra un dieu de "lumière".
Plutôt que comparer le christianisme et le mithraïsme dans leurs spiritualités, il existe des similarités qui sont, elles, cultuelles. En effet, Mithra naît un 25 décembre (date du solstice), les cultes ont lieu le dimanche (jour du soleil), la représentation iconographie du "bon pasteur" est partagé par le christianisme et le mithraïsme. Plus inquiétant encore, l'eucharistie chrétienne avec le vin et le pain est pratiquée par les adeptes de Mithra. Tout indique, historiquement, que le mithraïsme influença le christianisme sur ces points.

L'aspect le plus intéressant du mithraïsme est certainement le caractère initiatique sur lequel le culte s'appuie. Les disciples se réunissaient dans des mithraea (cavités naturelles aménagées) où la pratique rituelle s'amorçait sur une initiation graduelle. Ainsi le nouvel initié se voyait octroyé le grade de corax et suivaient :

  • le nymphus,
  • le miles,
  • le leo,
  • le perses,
  • l'heliodromus ;
  • le pater.

Chaque degré était représenté par un masque distinctif et des symboles respectifs. A chaque passage d'un degré à un autre, une part de la gnose était révélée à l'initié qui subissait épreuves et voyages pour la mériter. Au premier degré, l'initié était baptisé par le sang d'un taureau, puis par l'eau pure et, enfin, enduit de miel. On pratiquait à des degrés divers les voyages du "chaud", du "froid", des jeûnes, etc... La liturgie était basée sur un rituel de forme et en langue grecque (déjà en usage dans la religion romaine) et empruntait autant des formules persanes qu'une vocalisation latine. On concluait évidemment le culte par des agapes frugales et fraternelles selon le terme même des initiés.

Il est probable que le mithraïsme aurait pu s'imposer comme la religion de l'antiquité et survivre à sa rivalité avec le christianisme. Pourtant, son tord fut l'association croissante de Mithra avec la quasi-totalité des panthéons nationaux. Egalement, son exclusivité masculine à l'initiation le desservit auprès des femmes et - plus encore - chez les épouses que le christianisme ne repoussaient pas.
Quoi qu'il en soit, le culte des mystères de Mithra pose à la société occidentale de nombreuses questions. Sur le christianisme d'abord, sur la spiritualité des sociétés païennes ensuite, sur une "mondialisation des religions" qui paraît véritable dès cette époque et, ensuite, sur ces écoles de mystères qui firent couler quantité d'encre dans les siècles qui nous précèdent.

Illustration :
Mithra sacrifiant le taureau (Musée du Louvre)

 

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07.04.2007

Politique et franc-maçonnerie (3) - le "schisme" de 1877

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Le "schisme" entre deux perspectives de la franc-maçonnerie intervient en 1877, date où le Grand Orient de France institua une nouvelle constitution dans laquelle la référence au Grand Architecte de l'Univers devient facultative et la croyance en un principe fondateur passe à la trappe. Dans les deux études précédentes, je m'interrogeai bien plus sur la coexistence du politique (au sens le plus large du terme) avec la démarche initiatique. Ici, et plus factuellement, sur les causes qui entraînèrent deux interprétations bien distinctes de l'Etre et de l'Agir maçonnique.

On ne pourrait comprendre la politisation du Grand Orient enfin assumé sans l'inscrire dans ce siècle tourmenté qu'est le XIXe et le passé révolutionnaire qui le précède.
Même si Barruel dans sa Mémoire pour servir à l'histoire du jacobinisme émet l'idée que les francs-maçons jouèrent un rôle central dans la Révolution française, l'histoire nous apprend que le Grand Orient de cette époque n'était pas si agissant que ça. Composé majoritairement d'aristocrates, l'ensemble des loges démissionnent de la vie publique, voir tombent en sommeil après les évènements de 1791. Ce ne sont que des maçons à titre individuel, ou dans des collectifs réduits, qui participent à la Révolution française. Toujours est-il que si la maçonnerie n'est pas une actrice de la Révolution comme on a voulu le prétendre, elle sera investie d'une culture révolutionnaire notable s'ouvrant à une déchristianisation, à un idéal de tolérance dont la personne de Chemin-Dupontès illustre bien les efforts entrepris.
C'est bien plus avec l'Empire que la franc-maçonnerie va être associé au pouvoir. Le Grand Orient et la quasi-totalitéa01927d461cec5787d79ca1d05952ee1.png des obédiences provinciales qui subsistent après la Révolution reprennent leurs travaux en 1796 sous le Directoire. En 1798, elles ne sont que trois en activité et il faudra encore attendre quelques années pour qu'elles se reconstituent entièrement. Après le coup d'Etat du 18 Brumaire, Bonaparte prend sous son aile la maçonnerie française selon un principe social et plus encore sociétaire. Pour lui, la franc-maçonnerie était un corps constitué à l'égal de la religion dont il fallait s'assurer qu'il marche au pas avec son gouvernement. Le Grand Orient et son obédience rivale : La Grande Loge Générale Ecossaise se disputent alors la primauté maçonnique. Bonaparte préfère mettre fin à ces hostilités qui profitent aux adversaires de son régime et les assujettit à un concordat. Le prince Joseph devient Grand Maître et le prince Louis Grand Maître adjoint. Tous les pontes de l'Empire sont placés dans la hiérarchie dont Cambacérès ou les maréchal d'Empire Ney, Kellermann et même Murat (pour ne citer qu'eux). Ce soutient à l'Ordre permet son expansion : la franc-maçonnerie comptera près de 1200 ateliers en 1814. Très mondaine, militaire, la population en loge se diversifie comptant de plus en plus de bourgeois, de fonctionnaires et de gens d'armes. Mais il ne faudrait pas voir en cette période un âge d'or sans ombre au tableau. A partir de 1810, les loges doivent être reconnu par l'Etat pour pouvoir se constituer. L'instrumentalisation de l'Ordre l'affaiblit et le politise à tels points qu'il est lié corps et âme au régime.
Avec la Restauration, la maçonnerie devient véritable le vivier des aspirations futures et passées. Il existe alors des loges "républicaines", "bonapartistes", "monarchistes" qui délaissent le rituel pour la chose publique. Inversement, certaines s'animent dans une optique de retrait du monde vers un ésotérisme qui n'était pas, alors, l'apanage de la franc-maçonnerie. Cette période incertaine entre 1814 et 1848 est le moment de toutes les divisions entre plusieurs interprétations de la maçonnerie qui se cherchent et les forces partisanes qui se constituent.

6a75c4714225a6bb0f71c5737b45c095.jpgSi 1789 n'est pas "la" révolution maçonnique, 1848 connaîtra après coup une adhésion contrastée mais plutôt positive. Il faut dire qu'un bon nombre de maçons (toujours à titre individuel) y participent. Le gouvernement provisoire compte d'ailleurs Adolphe Crémieux ou Victor Schoelcher. Plusieurs mesures entreprises par celui-ci furent discutées en loge et les valeurs maçonniques apparaissent au grand jour. Le gouvernement reçoit également des délégations du Grand Orient, ce dernier lui apportant son agrément plein et entier. Mais rien n'est unanime en maçonnerie et l'aille droite rompt progressivement.
Avec le Second Empire, la tutelle du pouvoir s'accroît sur l'Ordre. Le prince Murat est élu Grand Maître du Grand Orient de 1854 à 1861, grande maîtrise qu'il exerce avec un autoritarisme à son paroxysme. En 1862, c'est au tour du maréchal Magnan d'assurer cette position. Profane au moment de sa nomination par Napoléon III, il acquiert en un jour les 33 degrés du Rite Ecossais. Le néo-bonapartisme réaffirme néanmoins la maçonnerie dans le parti révolutionnaire. Le Convent de 1865 donne au Grand Orient sa devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Mais au sein de l'obédience, et envers ces progrès mitigés quant à un changement constitutionnel, le Suprême Conseil de France (garant de la Tradition) s'oppose aux loges progressistes.
Mais ce n'est qu'en 1870 et par la proclamation de la IIIe République que la franc-maçonnerie politisée se conçoit dans ancrage social en tant que telle une force progressiste. Il faut dire que les évènements de la Commune font sortir les idées politiques des loges à la rue. En effet, le 29 avril 1871, 6000 frères défilaient du Louvre jusqu'aux portes Maillot et Dauphine pour que cessent les effusions de sang. Léo Meillet remettra le drapeau de la Commune de Paris avec ce propos : "C'est le drapeau de la Commune de Paris que la Commune va confier aux francs-maçons. Il sera placé au- devant de vos bannières et devant les balles homicides de Versailles. Quand vous les rapporterez, ces bannières de la franc-maçonnerie, qu'elles reviennent déchirées ou intactes, le drapeau de la Commune n'aura pas faibli... Ce sera la preuve de leur union inséparable." Si Mac-Mahon réprima les dernières illusions des libertaires, socialistes et radicaux, perdurent-elles encore 6 ans plutard lorsque les monarchistes quittent progressivement le devant de la scène publique politique dans l'hexagone avec la victoire des républicains aux législatives.

Le schisme entre deux maçonneries est la poursuite d'un idéal forgé par les luttes internes et externes à l'Ordre. Externe car la franc-maçonnerie fut, bien malgré-elle, autant utilisée par le politique que réprimée dans ses fondements. Interne car la culture républicaine et radicale, qui gagna progressivement les consciences, créèrent des dissensions. C'est sur celles-ci que la maçonnerie traditionnelle fit entendre sa voix. En 1894, il favorisa la création d'une franc-maçonnerie respectueuse des Constitutions d'Anderson, tout en ayant à coeur la tolérance et l'ouverture qu'apportait l'histoire, et qui prit le nom de Grande Loge de France.
Depuis ce temps subsistent deux visions de la démarche initiatique sur lesquelles j'ai essayé, mes chers lecteurs, de vous donner une optique générale tant spirituelle, philosophique, qu'historique ; même si celle-ci reste bien en surface de la problématique et qu'elle fera, peut-être un jour, l'objet d'une publication bien plus détaillée.

Illlustrations :
Fig. 1 : Illustration - La franc-maçonnerie et la commune.
Fig. 2 : Portrait de Jean-Jacques Régis de Cambacérès par Eustache Maurin
Fig. 3: Portrait d'Adolphe Crémieux par Jean Lecomte du Nouy

 

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04.04.2007

Politique et franc-maçonnerie (2) - des maçons engagés

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Plutôt que de lister des francs-maçons engagés par ordre alphabétique ou par thématiques, je reviendrai - pour voir y avoir invité dans le premier volet de cette étude - sur le postulat que j'avais émis précédemment. Lorsque j'affirme que "l'idéal maçonnique est contextuel (même si perdurent en lui des valeurs dites universelles) et déterminé selon la culture propre à chaque individu", ceci est plus qu'une vaine affirmation, une croyance, mais le résultat d'une vaste interrogation sur ces maçons et maçonnes ayant milité au-delà et dans les loges.
Ainsi, questionnons-nous si l'idéal maçonnique est la cause d'un engagement ou la conséquence de la démarche initiatique ?

06b299ab17e7df682bc190238bc3d704.jpgLa devise : Liberté, Egalité, Fraternité - que nous connaissons bien en France pour être inscrite aux frontons des mairies françaises - fut intégrée à certaines batteries rituelles. Elle reprend ce que je nomme valeurs dites universelles.
Dans ses Constitutions, Anderson demandait que le maçon soit "libre et de bonnes moeurs". La liberté est aux balbutiements de la démarche initiatique. Mais cette liberté ne se définit pas que de manière formelle. S'il faut être libre de toutes tutelles quant à son propre individu, que dire de cette liberté spirituelle qui repousse les dogmes, les superstitions, l'esclavage de la pensée unique dont le XXe siècle nous en aura démontré toute l'horreur ? Plus conceptuellement, la liberté n'est pas qu'un droit de nos sociétés occidentales et démocratiques, c'est une raison d'être contre ce qui nous constitue et ce qui nous entoure. C'est un combat perpétuel entre nos chaînes et l'Esprit. A ce titre, la liberté fonde notre volonté d'Etre sur l'étant dans la perspective du Dasein (tel qu'il est exprimé par M. Heidegger dans son livre Sein und Zeint).
Egalité maintenant dans la mesure où le genre humain - quel que soit ses composantes culturelles, ethniques, religieuses, sexuelles - est un tout qui méconnaît une inégalité en soi. S'il existe des inégalités en fonctions par rapport à la situation originelle de chacun, la société - en corps constitué - doit résorber celles-ci. C'est la compréhension universelle de la concorde civique qui tenait autant à la cité romaine qu'elle s'inscrit dans des philosophies politiques dites "égalitaristes" telles que dans la conception de l'american way of life ou dans notre bonne vieille République. La franc-maçonnerie - en tant que société - reprend cette égalité en soi mais connaît, comme dans toutes sociétés, une inégalité en fonction.
La fraternité est au coeur de l'idéal maçonnique. Si la liberté s'entend individuellement et que l'égalité correspond à un universalisme, la fraternité tend à cimenter (ça tombe bien) la pierre à l'édifice. Si nous nous entendons comme des hommes libres car individus spirituels (et donc insaisissables, immatériels), égaux dans une société donnée et normée par la volonté collective, nous sommes frères car reliés par un au-delà : l'idéal maçonnique.

Or cet idéal demeure contextuel ; selon qu'il s'entend dans le profane ou dans le sacré. bf46f327690aa9767de56073478e571c.jpg
Pour bons nombres de maçons, la frontière entre profane et sacré est ténue, voir inexistante. Si la liberté a conduit un individu vers une démarche initiatique, l'égalité et la fraternité s'édifient comme les piliers du genre humain supportant ce toit spirituel, plus ou moins concret, dans l'au-delà. Pour ces maçons, la franc-maçonnerie n'est plus une société mais bien une proto-société aux balbutiements de l'Idéal. Plutôt que de parler de franc-maçonnerie "politique", c'est une maçonnerie révolutionnaire (au bon sens du terme). Il ressort de la démarche initiatique, une compréhension d'un Absolu qu'il faut apporter au plus grand nombre lorsque celui-ci saura l'entendre. D'où l'ingérence dans le débat public de francs-maçons qui estiment que le contexte est propice à la diffusion d'idées qui ne sont pas, à proprement parlé, maçonniques. C'est le cas du combat pour une laïcité orthodoxe que défend le Grand Orient sans que celle-ci n'appartienne à l'idéal, aux moeurs, à la compréhension même de la franc-maçonnerie. Si la franc-maçonnerie n'est pas religieuse et défend, de ce fait, un adogmatisme en loge. Le propos "laïcard" est totalement inexistant des textes et bien franco-français. Parmi les francs-maçons célèbres, Abd El Kader était certes défenseur de l'Algérie contre le colonisateur français mais n'était pas moins le représentant d'une école religieuse.

Pour conclure, je ne pense pas qu'il existe un idéal maçonnique qui oblige l'individu à s'engager dans la vie publique. Depuis la nuit des temps, les hommes se partagent selon leur compréhension du monde. Elle peut être interprétative ou littéraliste, spirituelle ou matérielle. Il existe des maçons qui sont venus en maçonneries par leurs engagements, d'autres qui en trouvent par leur démarche initiatique. C'est là toute la question entre l'Etre et l'Agir et, plus exactement, la marge de ces deux concepts contradictoires qui nous font homme.

Illustration :
fig. 1 : Portrait de Prouhdon, philosophe célèbre et franc-maçon. 
fig. 2 : Illustration de la devise de l'armée républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité ou la Mort"
fig. 3 : Portrait de l'émir Abd El Kader peint par Ange Tissier.

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