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09.02.2007

Le feu, source de la révélation

"Un messager de l'Eternel lui apparut au milieu d'un buisson.
Il remarqua que le buisson était en feu et, cependant, il ne se consumait point"
(La Bible, Ex. III-2)

b3fddc955bfc4b3d9bbdf7fccd7aaf00.jpgDans toutes les civilisations, le feu s'entoure de mystères. Dichotomique, il est la lumière et la chaleur de la vie mais, aussi, se maintient-il dans ces flammes infernales qui réduisent à l'état de cendres cités, demeures, animaux et êtres humains. Il n'est pas étonnant que depuis 400.000 ans environ, le feu fascine ceux qui le maîtrisent et terrifient ceux qu'il brûle irrémédiablement.

Les religions antiques reprenaient cette duplicité du feu. Il était, à Rome, le foyer destiné aux ancêtres, l'identité même de l'individu jusqu'à celle de la cité par les sacrifices publics où la fumée des holocaustes nourrissait les dieux. Le sacré rendait alors pure ce que le profane considérait comme terrifiant. Vulcain et Mars représentaient la guerre, l'un par les armes, l'autre par le sang, conduisant l'imaginaire occidentale à faire du feu un élément perturbateur, à l'assimiler au chaos.
Pourtant, la culture orientale fit des dieux, en rapport avec cet élément, des déités positives. Shamash, dieu du soleil, est également le dieu de la justice. Ishtar, l'étoile, est la déesse de l'amour. Quant à Sin, la lune, il est le dieu des rois. La guerre, la mort et la maladie pèsent sur les épaules du dieu Nergal et de son épouse la déesse Ereshkigal associés à la nuit. Dans l'Egypte antique, Amon-Ré englobe Amon, dieu des eaux primordiales, avec Ré, le dieu solaire. Par l'alliance de l'eau et du feu, il domine le panthéon égyptien. Dans la civilisation chamito-sémitique, cette association des deux éléments : eau et le feu élève l'ordre du commun (l'eau qui féconde et le feu qui nourrit) au plus rang dans les mythologies du croissant fertile.

C'est dans ce cadre civilisationnel que naissent les monothéismes abrahamiques et zoroastriens. Le feu joue alors un rôle symbolique primordial dans ces deux religions car il est l'intercesseur de la révélation divine et l'objet de la volonté du Dieu tutélaire.
La Bible regorge d'exemples où la transcendance divine et sa volonté se matérialisent par cet élément. De mémoire, on se souvient de l'épisode de Sodom et Gomorrhe où la Justice divine s'abat par le soufre et les flammes sur les cités pécheresses (Gen. XIX-24). Dieu, en tant que Créateur et Arbitre du monde, souligne son jugement forcément positif par cet élément. D'ailleurs, dans la mystique juive, la vie des hommes s'écrit en lettres de feu. Mais outre cet aspect que j'appellerai "factuel", le feu céleste émane du ciel jusqu'à la terre pour donner à Moïse sa première révélation (Ex. III-2). Elle sera complétée lorsque celui-ci gravit le Sinaï, devenant une montagne fumante (Ex. XIX-18). Quand c'est l'homme qui s'élève au plan céleste, Dieu apparaît semblable à brasier de lumière (Isaïe I-27). Le feu, la lumière ? Nous y voilà ! L'idée du monde, qui transparaît dans les Ecritures, divise celui-ci en quatre ordres : il y a le ciel, la terre, la lumière et les ténèbres. Si la lumière habite l'élevé, les ténèbres s'illustrent dans la basse dimension (Gen. I-2) : la terre et les eaux saturées. L'eau engendre donc la vie lorsqu'elle est ascendante mais répand la mort dans l'abyme ; d'où l'aspect traumatique du Déluge. Par la lumière, par le feu, Dieu est la justice, la toute-puissance, l'omniprésence, la transcendance, l'élevé. Par l'eau, il est l'existence ; donc la vie et la mort.   
Pour en revenir sur le rôle d'intercesseur qu'est le feu, le récit de Zarathoustra (ou Zoroastre) est bien plus explicite que la Bible. Pour reprendre le livre de Jean Varenne : Zarathushtra et son interprétation des Avestas, le prophète attendait lorsque le Vôhû Manah (l'Esprit de Dieu) se manifesta à lui sous la forme d'un ange de toute lumière et lui inspira sa révélation dans le brasier.

Il est intéressant de constater que deux civilisations : les Hébreux et les Perses mentionnent le feu comme l'élément de la révélation mystique. Pourtant les uns sont sémites et les autres indo-européens. Le cadre du croissant fertile que je vous détaillais précédemment serait-il la seule origine de cette similarité ? D'après moi, pas seulement. Le feu a cette originalité d'être à la fois suscité par les cieux (la foudre) et par la terre alors que l'eau, si elle provient des cieux dans la forme de précipitations, ne peut être suscitée par l'homme avec des éléments terrestres. Egalement, le feu étincelle dans le ciel (les astres) et s'incarne sur la terre (par le foyer). Finalement, n'y a-t-il pas meilleur symbole qu'une flamme qui s'élève dans le ciel pour figurer l'esprit ? En faisant provenir cette flamme du ciel à la terre, la puissance céleste transmet l'Un à l'universel.

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Commentaires

Deutéronome 4.24
"Car l'Éternel, ton Dieu, est un feu dévorant, un Dieu jaloux"

Concernant le feu; il faut lire le livre d A.D Grad, "La Kabbale du feu".

Annick de Souzenelle a par ailleurs intitulé son dernier livre "l'alliance du feu" que je n'ai pas encore eu le temps de lire mais dont l'orignie du titre est très probablement la permutation des lettres du premier mot de la Bible : Berishit (Au commencement, devenant Berith Esh, l'alliance du feu).

Cordialement

Ecrit par : jeje | 03.01.2008

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