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06.02.2007
Le rite dans la franc-maçonnerie
Le rite, du latin ritus, désigne le mode d'action d'une célébration. Dans son sens grec (nomos), il est l'inclinaison traditionnelle à l'ordre. De ce fait, le rite est un processus distinguant l'ordre du chaos. Pour Max Weber, la pratique rituelle assure de fait la cohésion sociale.
Dans la religion romaine, le sacrifice s'effectuait selon un rite préalablement défini, constitué de gestes précis et dans un environnement explicitement sacré. Le rite avait cette signification de maintenir l'ordre du monde et d'obtenir ainsi les faveurs des dieux.
Au-delà de son aspect opératif, les rites se cristallisent dans un cadre spirituel ; cela au sens qu'ils suggèrent une discipline du corps et de l'esprit. Dans l'islam, les cinq prières ajoutent à la matérialisation symbolique du temps (cinq moment de la journée) et de l'espace (l'orientation vers La Mecque) un sens mystique, philosophique qui suppose l'adhésion au dogme mais aussi - et surtout - une élévation vers la sainteté.
Plus encore, le rite s'efforce d'être émotionnel pour s'acheminer vers cet état supérieur. Que se soit par des exhortations, des chants, de la musique, des danses, des parfums ou une cérémonie solennelle (avec toute la gravité qu'elle peut avoir), il tend à effacer cet être extérieur pour plonger l'individu dans son Moi intime. J'aurai même tendance à dire : dans son Moi spirituel.
On pourrait définir le rite en franc-maçonnerie comme essentiellement émotionnel. En effet, le craft (métier) du franc-maçon annonce un travail sur lui-même par le biais du symbolisme de la loge. Le maçon travaille ainsi sur sa pierre brute, repoussant ses passions pour bâtir son temple personnel.
Mais comprendre le rite maçonnique dans ce seul aspect est fort réducteur. En effet, la franc-maçonnerie a cela de syncrétique qu'elle prend naissance dans le monothéisme et que l'influence de l'hermétisme fonde une bonne partie de sa spiritualité. Si l'on en croit Emile Meyerson dans Identité et Réalité l'alchimie tend à influer la volonté divine (donc le cosmos selon une vision théologique) par la pratique et l'établissement d'un principe de légalité. En cela, le rite maçonnique préserve l'ordre sur le chaos en établissant des lois (ou plutôt des règles).
De surcroît, la pratique rituelle s'apparente comme l'acte consistant à séparer le profane de la lumière. Dans les trois grands monothéismes du livre, la rhétorique veut que le mal sombre dans les ténèbres et que le bien s'élève à la lumière. Loin d'être manichéen, c'est la sublimation qui transparaît dans ce propos. Par sa sémantique, le rite maçonnique est explicitement philosophique. Evidemment, le dogmatisme s'est sécularisé mais un maçon comprendra, dans sa loge et par le rite qu'il pratique, que ce vecteur est présent.
Je conclurai mon propos en reprenant la thèse de Max Weber. Au-delà de ces dimensions émotionnelles, spirituelles et "ordonnatrices", le rite maçonnique accroît cette fraternité au coeur des valeurs de la société initiatique. On ne pourrait se sentir "frère" ou "soeur" d'un ou d'une inconnu(e) si la pratique rituelle ne matérialisait cet au-delà. Evidemment, la fraternité - comme le rite - se limite par les volontés. Le rite n'apporte rien, reste vain, si on y adhère pas et si l'esprit se complaît à sa superficialité. La fraternité est avant tout le désir des individus à vivre celle-ci. A l'inverse de la religion, le rite maçonnique ne prétend pas apporter le cadre nécessaire à l'éden, à la béatitude, au paradis ou que sais-je. Il est une discipline, il est un Art pour se parfaire.
Pour poursuivre l'étude :
20:10 Publié dans Franc-maçonnerie, Rites et rituels | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rite, Franc-maçonnerie, Meyerson, Weber






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