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01.02.2007
Le chiffre trois
Trois est dans la civilisation occidentale un chiffre mystique. L'anthropologue George Dumézil (dans son livre La Religion romaine archaïque) portait la thèse de la tripartition des sociétés indo-européennes par les fonctions d'oratores, bellatores et laboratores (clercs, guerriers et travailleurs ; en somme les "états" de l'Ancien Régime) telle la compréhension du monde selon un ordre hiérarchique défini. Les triades divines ordonneraient ainsi le cosmos à l'instar de Jupiter, Junon et Minerve dans la mythologie ou par la trinité dans le catholicisme romain.
Au-delà de la réalité anthropologique, il demeure une vérité mathématique et physique. En effet, l'oeil n'est sensible qu'aux trois couleurs primaires (cyan, jaune et magenta) dont les synthèses soustractives et additives forment les couleurs dites secondaires. Mathématiquement, le chiffre trois est un "nombre premier" (ou entier naturel) ; c'est-à-dire qu'il n'accepte que deux diviseurs : 1 et lui-même.
L'école pythagoricienne en a déduit le symbolisme de l'homme et du fait créateur (car il est la somme du 1 : le divin, et du 2 : la femme). Son influence dans la numérologie occidentale fait de lui la base essentiel du principe de fécondité. Il est tout de même intéressant de noter que dans la Kabbale, il est relégué à la compréhension du monde (binah) et non à son principe fondateur qui prend source avec la première sefira (keter, la couronne) et s'achemine vers le dixième (malkout, le royaume). A vrai dire, les dix sefirot représentent des "émanations" du divin et donc une interprétation de Dieu mais non de l'homme.
Parenthèse faite, on constate également un rapport cosmologique entre le mythe fondateur et l'astronomie antique. En effet, dans toutes les traditions religieuses, on retrouve dans l'ordre du monde les allégories de la lune, du soleil et de l'étoile. Dans la religion babylonienne, Shamash (soleil), Ishtar (étoile) et Sin (lune) représentent les divinités "arbitres" du genre humain sur l'Apsu (les eaux saturés) qui soutient la terre alors que la triade Enki (eau), Anu (ciel), Enlil (vent) est fondatrice de cet ordre mais se ne montre plus "transcendante". On comprendra alors l'importance des luminaires dans la Genèse : la lune (luminaire de la nuit), soleil (luminaire du jour) et étoile (luminaire guidant l'homme dans la pénombre) ; temps du genre humain et ordonnateurs de celui-ci selon les saisons.
La proximité entre le monothéisme abrahamique et le polythéisme sémitique s'explique probablement par la proximité culturelle, certes. Mais on ne peut pas nier que l'astronomie - limitée à l'observation - ait pu induire les mêmes déductions.
Pour conclure, le chiffre trois a une importance symbolique des plus intéressantes. Il s'annonce autant comme le principe créateur, la multitude, comme l'ordre du monde. Certains voient dans le récit des patriarches la somme logique des trois grands monothéismes : judaïsme (par Isaac), islam (par Ismaël) et christianisme (par Esaü). Le chiffre trois déterminerait notre vie ? A la nuit et à la lumière, n'y a-t-il pas la pénombre. Un homme et une femme ne font-ils pas un enfant ? Les trois couleurs primaires forment-elles pas toutes les couleurs visibles ? Le dicton populaire : "jamais deux sans trois" serait donc une vérité intangible ? Nous aurons tout le loisir d'y revenir sur ce blog.
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16:30 Publié dans Symbolisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Symbolisme, Trois, Chiffres, Dumézil






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